Effeuille mes rêves

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C’est tellement déchirant de la voir dans cet état.

Errer dans l’appart' à angoisser. Aucun de mes mots ne peut l’atteindre. Même mon parcours ne peut la soulager.

Tous les psychiatres de la ville sont débordés. Elle peine à avoir un rendez-vous. Et notre médecin généraliste… Il ne comprend pas, je crois. Il a vu que ça devenait grave, mais il n’a aucune idée de dont elle a besoin on dirait.

Et moi je ne suis qu’une piètre fille. Un secours extrêmement pauvre. Mon allégresse est fluctuante et j’étouffe dans mes cauchemars nocturnes et mes irraisons diurnes.
Pour chaque sourire que je donne à la vie parce qu’elle m’envoie des projets qui me motivent à exister, mon école tire sur la laisse qu’ils m’ont créée. La laisse qui m’étrangle à chaque pas de plus que je fais vers l’avenir. Il reste trois mois mais ils ne lâchent rien. C’est incroyable. Insensé. Douloureux.

J’ai à plusieurs fois lorgné la mort quand j’étais au fond du puits visqueux de la maladie.

Elle ne me gênait plus, alors. Aujourd’hui elle vient reprendre son dû. Elle me susurre qu’elle pourrait surgir avant que je ne goûte la liberté. M’entravant à jamais, pour avoir osé l’appeler quelques années plus tôt.

Pas la peine de décrire à quel point j’ai le moral en bas du bas. Je me dis quand même que ça ira, mais si je me contente des faits : aujourd’hui et demain je vais cravacher pour le mémoire et les révisions (et je n’aurai probablement pas le temps de tout faire), jeudi et vendredi immersions professionnelles, un week-end où je dois courir après toutes les obligations quotidiennes… et on recommence tout. Tu as eu des vacances, après tout, de quoi tu te plains ? ! Oui, bon. Des vacances où mes problèmes de santé et ceux de ma famille entière me sont retombés dessus. Des vacances où les cauchemars se font plus violent, plus sombres. Des vacances où les bouffées d’air que j’espérais se sont révélées viciées. Des vacances où je n’ai pas pu accomplir le moindre projet personnel. Où je n’ai même pas eu le temps de lire.

Mais enfin ça va aller.