Effeuille mes rêves

Chasse d'eau

J’ai l’impression que quelqu’un vient de tirer la chasse dans ma tête. C’est fou comme ça soulage !

Je reviens de chez la psy… et elle m’a faite pleurer.
Bon, déjà je suis arrivée pas très en forme. On peut s’en douter vu mes derniers écrits. Je lui ai expliqué mon méga coup de barre en philo, ma fuite, mon intention de dormir demain matin (j’ai le corps et les nerfs à vif) et donc de sécher… et elle m’a écouté. On ne le répète jamais assez que parler fait du bien, surtout que parfois il faut parler plusieurs fois des problèmes qui nous ont dérangé pour que ça aille mieux.

Je lui ai encore parlé du collège.
Ça peut avoir l’air bête, dit comme ça, le collège c’est vachement loin quand même ! Et puis on ne m’a pas tabassée ou agressée physiquement non plus, que j’lui ai dit. Je lui ai raconté ce que m’avaient fait celles que j’aimais comme des soeurs, à l’époque, la façon dont elles m’ont rabaissée, humiliée, et critiquée sans arrêt pendant toutes ces années. "Mais vous avez été maltraitée, Aloha", m’a affirmé ma psy. "Vous ne vous rendez pas compte de cela ?".

Heu, alors franchement, au début : non. J’me disais que c’est moi qui avais exagéré. Que je n’avais pas bien expliqué ce qui s’était passé. Alors j’ai recommencé du début, en prenant soin de ne lui dire que la stricte vérité.
"C’est exactement ce que je dis : vous avez verbalement été maltraitée. Vous étiez vulnérable à cette époque, et ces filles vous ont sauté dessus comme… vous voyez les hyènes dans "Le Roi Lion" ? Bah pareiiiiil ! Elles vous ont griffée (regardez votre bras !), malmenée, abîmée… Vous dites qu’elles étaient jeunes et n’en avaient sûrement pas conscience… J’ai envie de vous dire que oui, peut-être, mais ce n’est pas une raison. Même si la période du collège est dure pour tout le monde, personne n’est obligé de faire ça à quelqu’un d’autre".

Et j’ai réfléchi, et j’ai compris que c’était vrai.

Et j’ai également pigé que j’avais été toute seule pendant toute cette période.
Personne ne m’avait défendue, alors que je défendais moi tous ceux qui semblaient en avoir besoin. Même ces deux filles ; une fois où elles avaient eu des problèmes avec une autre personne, j’étais malgré tout restée avec elles à les soutenir.

"Ce n’est pas de la faiblesse", a confirmé ma psy (ce dont je ne doutais absolument pas). "C’est un truc de beau qu’il y a en vous ; c’est l’expression de certaines de vos valeurs."
Mes valeurs… L’amour. J’aimais tellement ces filles que j’avais une foi aveugle en elles. Et je les ai laissées me piétiner comme une vulgaire… bon, on s’comprend !
Mais je me suis dit que ensuite, quand je me suis éloignée d’elles, j’aurais pu devenir quelqu’un de mauvais. J’aurais pu accumuler ma rancoeur et la déverser sur tous ceux qui passaient près de moi - comme ces caricatures de brutes épaisses qu’on voit dans les films. Or je n’ai pas fait ça. J’ai eu la force de ne pas avoir ce type de comportement (plus ou moins nuancé), de continuer à prendre soin des autres.

J’arrive pas à y croire. Je suis épuisée. J’avais essayé de parler de tout ça à quelqu’un à l’époque, à Sonny. Mais Sonny ne me croyait pas. Elle était tellement heureuse avec toutes ses supers amies et ses projets magnifiques qu’elle refusait de voir à quel point j’avais mal.
En dénigrant ma douleur, elle a contribué à me persuader que les gens du collège avaient raison.
Bon, ce n’est pas de sa faute à elle, hein ! Pas de la faute à Sonny. Mais…

Ce n’est pas de la mienne non plus.
J’veux dire, merde ! Je suis pas folle ! ! J’ai pas inventé tout ça, une autre personne vient de me dire que ce qu’elles m’ont fait n’était pas correct !
J’me suis pas fait des films pendant tout ce temps…

Je suis en train de pleurer. Les larmes coulent à flot sans interruption depuis mon retour. Et ça me fait un bien fou de savoir que, quelque part dans les alentours, il y a une personne qui connaît chacun des faits qui m’ont le plus marquée, et surtout qui les reconnaît comme tels !

Je suis pas une merde… Oh, mais je suis tellement fatiguée !

Je vais aller me reposer. Et dormir jusqu’à demain après-midi. La psy m’a demandé avec une sollicitude qui m’a beaucoup émue ce que j’allais faire une fois rentrée ; j’ai répondu avec une grimace qu’il fallait que je travaille un peu, quand même.
Elle m’a quasiment interdit de le faire. Ça aussi ça m’a fait du bien ! Je sais que je travaille trop… je me mets tellement de pression que ma tête va exploser. Mais je n’arrive pas à m’arrêter, alors il faut que quelqu’un m’aide à le faire de temps en temps.

Béni soit le jour où j’ai rencontré cette femme !