Effeuille mes rêves

Émersion

J’ai reçu trois textos en me réveillant, ce matin : deux de mes camarades de cours, et un de Sonny.

Sonny a raté sa première partie de concours...
Je suis encore sous le choc. J’étais tellement persuadée qu’elle allait cartonner ! Ça me semblait une évidence. J’en ai même rêvé ! Elle est trop déçue pour me donner des détails, mais elle m’a clairement dit "je ne serai pas médecin".
Bon sang, c’est tellement injuste ! ! Elle a les capacités pour y arriver, très largement, seulement il lui est arrivé tellement de tuiles pendant ces deux dernières années que ça lui a coûté son concours… ça lui a coûté son avenir, comme elle doit sûrement se le dire maintenant.

Je ne sais pas ce qu’elle va faire.
Je ne sais pas ce que je pourrai lui dire quand elle sera à nouveau apte à se confier à quelqu’un.
L’ancienne Aloha aurait été sumergée par un sentiment de tristesse tel qu’il l’aurait abattue pour la journée… mais là, j’essaie au maximum de me détacher de tout ça. Pas par indifférence envers Sonny, mais parce que je me sens encore très fragile, et je vais vraiment me faire mal si je commence à déprimer pour elle.

Mais c’est plus facile à dire qu’à faire, parce qu’en l’imaginant toute triste, toute désespérée, dans son appart', roulée en boule dans son lit avec d’horribles pensées dénigrantes dans la tête...
J’ai l’impression d’avoir un clone de moi quelque part dans le monde qui souffre.

Qu’est-ce que je pourrais faire ?

Ma binôme m’a prévenu qu’elle serait en retard mais présente au cours de ce matin.
Et mon autre amie m’a demandé si je viendrais en cours cet après-midi. Je suis étonnée et touchée qu’elles s’intéressent à moi comme ça. Un peu sceptique, aussi, une voix au fond de moi me dit qu’elles ne le font que pour avoir bonne conscience et que je ne suis pas quelqu’un d’intéressant. Mais une autre voix lui dit de la fermer.
J’ai ce sentiment de culpabilité du bon élève que je tente de repousser en même temps que j’essaie de repousser les images de Sonny malheureuse de me tête. Ça commence à me mettre pas mal de pression. Quand j’étais gamine, j’ai été élevée avec l’obligation de devoir aller à l’école même quand j’étais malade ; alors les "petits chagrins passagers", j’vous détaille même pas comment ils étaient vus.
Je suis désolée et légèrement atterrée de devoir écrire ça pour me plaindre encore, mais je me sens malade. Dans la tête. Malade dans le sens de cassée.
Je peux vivre encore, je peux sourire. Je peux plaisanter, mais il y a quelque chose dans le mécanisme de ma personnalité qui s’est pété.

J’essaie de réparer doucement et à mon rythme.
Mais y’a pas grand-monde autour de moi qui donne légitimité à ce sentiment. Alors je culpabilise, je me dis que j’essaie de me rendre importante aux yeux des autres alors que je ne le suis pas…

J’vais aller accrocher la pomme de pin mutante à ma fenêtre, pour les oiseaux.