Effeuille mes rêves

Coup de pioche

J’ai un mal fou à revenir écrire ici.

Tout est vide dans ma tête. Mais pas en bien. Cependant, je tiens tout de même à noter ce qui s’est passé depuis la dernière fois, parce que j’ai relu mon dernier écrit et si un de mes proches le découvre un jour, il risque de flipper.

Après l’incident Sonny, j’ai été dévastée. Pas uniquement à cause d’elle, non, j’avais une sorte de désespoir latent profond en moi qui me faisait déjà souffrir et qui est brutalemment remonté à la surface à ce moment-là.
Je suis allée voir ma psy. Je n’avais plus la force de faire bonne figure à l’école, devant mes proches, ou même devant elle - quand elle m’a demandé "comment allez-vous aujourd’hui ?" je n’ai pas pu rester polie et dire "pas trop mal" comme d’habitude avant d’enchaîner sur mes soucis. J’ai tout balancé. Et peu à peu, j’ai vu ses yeux s’écarquiller d’horreur. Elle est venue tout près de moi et m’a dit que j’avais plongé trop loin dans la dépression. Elle m’a parlé et tout ce qu’elle m’a dit a résonné vrai en moi. J’ai hoché la tête sans arrêter de pleurer. Je ne me rendais même plus compte que je pleurais. Elle m’a dit qu’il allait falloir être forte, et voir un psychiatre. Que j’étais malade et qu’elle allait m’aider, assistée de ce monsieur, à me soigner.

Elle a pris rendez-vous immédiatemment.
Prévenu le psychiatre que j’étais une "jeune patiente en dépression sévère à tendances suicidaires". Le rendez-vous a été fixé au surlendemain (et ma psy a insisté parce que l’autre voulait attendre le lundi d’après) et elle est revenue vers moi.
Elle a été choquée que je ne semble pas être consciente de mon état. J’avais pourtant mal, si mal… j’ai encore cette souffrance au quotidien, malgré les médicaments qui ne font pas encore effet. Ma psy a su dire les mots qu’il faut pour m’accrocher encore un peu à la vie.
Elle m’a fait comprendre qu’à partir de maintenant, c’était de ma survie qu’il s’agissait. Je ne peux pas retranscrire 8 mois de psychanalyse en un écrit, mais avec le peu de recul que j’ai, je m’aperçois déjà que c’est vrai que si quelqu’un m’avait dit la moitié de ce que je lui ai dit à elle.......................................................... ! J’aurais complètement explosé d’angoisse.

Donc deux jours après : psychiatre.
Ma mère avait insisté pour m’accompagner jusqu’à la salle d’attente. Moi, sur le coup, je m’en fichais. Et puis quand j’ai vu l’ambiance de la clinique psychiatrique… j’ai commencé à me rendre compte que glups, j’étais dans une clinique psychiatrique parce que j’avais mal moi aussi.
Les autres patients me faisaient peur parce que je sentais leur souffrance, palpable dans la pièce, et que j’avais de la compassion pour eux. Trop de compassion, puisque je vivais la même chose.
Le psychiatre était très en retard, tout comme l’un de ses collègues, et cela affectait beaucoup les autres qui le cherchaient de partout.
Finalement, le mien m’a reçue. Il s’est posé sur son siège comme une pêche, a attrapé une feuille vierge parmi tout le bordel de paperasse qu’était son bureau, et il m’a demandé "alors, qu’est-ce qui se passe ?".

Au début, j’ai rien dit.

J’essayais d’imaginer comment résumer des années de souffrance, des mois de psychanalyse, en quelques mots que visiblement il daignait m’accorder. Quelques mots, quelques minutes. Impossible. J’ai quand même maladroitement tenté d’expliquer ma situation.
Ma psy m’avait parlé d’une potentielle hospitalisation, si les symptômes suicidaires ne passaient pas. Vu ce que j’avais vu depuis la salle d’attente, je n’y tenais vraiment pas, alors j’ai été très brève à ce sujet. En plus, le psychiatre n’arrêtait pas de sourire à ce que je disais - comment voulez-vous parler des douleurs qui vous déchirent le plus de l’intérieur devant un type qui rigole presque ? !

Finalement la séance s’est finie. Très vite, mais bon, j’ai bien compris que je n’étais pas la seule.
Il m’a donné des médocs et quinze jours d’arrêt pour l’école. Je sais pas si ça suffira, honnêtement… surtout qu’il m’a dit que les cachets mettraient au moins 10 jours à agir. Là, ça fait 7 jours que j’en prends et je ne me sens en rien différente.

Je fais des cauchemars.
J’ai des attaques d’angoisse paralysantes.
J’ai plus envie de me lever le matin.

'Fin bref. C’est la grosse m*rde en ce moment dans ma tête et dans mon corps.

En plus, il m’a demandé de l’appeler tous les deux jours environ. Quand je le fais, il est 21h30, il est une fois sur deux encore en consultation donc pas le temps, et il me dit "ah, rien a changé ? bon ben tout va bien alors ! vous m’avez l’air plus tonique que la dernière fois, ne changez rien aux doses, on ne change rien !".

Raccrochage désespéré à tous les coups.

Mais bon, j’ai quand même espoir de guérir. Un jour. Malgré tout… ça, présent en moi actuellement.

Ma famille se mobilise pour m’aérer la tête.
Quelques personnes à l’école se sont manifestées pour s’inquiéter pour moi. J’en ai été très touchée, je m’y attendais pas. Comme toute confuse je savais pas quoi leur répondre, j’ai demandé conseil à ma mère, et elle m’a dit de leur dire la vérité.
Elle s’est chargée d’appeler la directrice de mon école, parce que moi je savais que je n’y arriverais pas.

Et voilà. La seule qui n’est pas eu courant, c’est Sonny.
J’ai rêvé cette nuit qu’elle venait ici, nous rendre visite, et qu’en apprenant mon état elle se mettait dans une colère noire parce que je ne lui avais rien dit. Même le sommeil n’a pas réussi à atténuer la souffrance que j’ai ressenti à cette scène virtuelle. Mais je refuse de lui en parler. Sonny a bien trop de soucis. Hier encore, elle m’a envoyé un sms pour me dire à quel point elle était triste. Pas la peine que j’en rajoute avec mes trucs.

Je ne sais pas si je réécrirai ici… je n’ai plus de force pour faire grand-chose. Même plus pour m’angoisser pour mes examens - dans les trois semaines qui arrivent, j’en ai deux moyens importants et un très très important, mais je reste indifférente. Je n’arrive plus à bosser, du tout. Le troisième, c’est sûr que je vais le rater, mais tant pis. Je n’abandonne pas mes études pour autant mais j’essaie de prendre soin de moi pour de vrai, parce que j’essaie de survivre encore un peu.