Effeuille mes rêves

Achevez-moi

J’me sens nuuuuuuuuulle ce soir.

Nullissime. Un sous-caca.

Je ne sais même pas comment décrire ça. J’ai de gros influx cérébraux qui scandent "je suis nulle ! je suis nulle !" dans ma tête et qui prennent toute la place.
Un sentiment de "jesuisnullité" qui envahit ma conscience. Je ne suis qu’une idée : je suis nulle. Pas de rationnel, pas d’arguments, pas de confrontation réaliste aux faits. Je suis nulle. C’est une sentence, un décret, un dogme.

Juste petite anecdote """marrante""" (pour moi du moins) : aujourd’hui, j’étais avec une patiente et pendant que je regardais son dossier elle m’a dit : "Ah oui c’est ce que m’a dit votre collègue à qui j’ai eu affaire la dernière fois, il s’appelait... ? Jean-Quelquechose...".

Je lis le nom sur le dossier.

*La pièce s’assombrit* *Grosse voix* "IL S’APPELAIT JARETH".

Des yeux ronds et une bouche bée me fixent.

" Oh euh, oui. Hum. Il s’appelle Jareth. *Voix innocente* C’est ce qu’il y a écrit dans le dossier".

Ok c’est pas drôle mais j’ai juste besoin d’écrire.

Ce soir je me sens merdique. J’ai eu la bonne idée de noyer mon chagrin dans le McDo…

Je me sens trop présomptueuse de m’être dit qu’un jour je pourrais être quelqu’un, ou être quelqu’un pour quelqu’un d’autre. Je vais finir vieille avant l’âge, décrépie, fondue, non pas vieille comme le-processus-naturel-qui-donne-de-l’âge-en-même-temps-que-l’expérience-de-la-vie mais vieille comme les méchantes sorcières dans les contes : parce que la noirceur de mon cœur aura transpiré sur mon extérieur.

Mon cœur transpiiiiiiiire. PIRE.

Je ne suis personne. Ça m’énerve. ÇA M’ÉNERVE. J’ai essayé d’être quelqu’un, j’ai essayé d’être moi, et ça n’a pas marché ! Qu’est-ce que je dois faire maintenant ?

Je haiiiis ces écrits où je râle et peste comme une [insérez l’adjectif péjoratif bien senti au choix]. Ce sont eux qui font naître en moi une honte suprême quand j’imagine ce journal découvert par l’un de mes proches. Brrrrr je détesterais ça.
Mais bon, j’ai mes règles, c’est un phénomène hormonal dont il a été scientifiquement prouvé l’impact sur les émotions et l’humeur. J’ai le droit.

À quoi bon être heureuse si je ne me sens pas la légitimité d’exister ?

Je ne peux pas m’en empêcher quand je vois des gens autour de moi. Je me dis : "Ok, alors regarde bien cette personne et vas-y dis-moi : pourquoi tu aurais plus de raisons que lui/elle d’atteindre tes rêves ? Pourquoi toi tu trouverais l’amour alors que des tas de filles biens, qui elles se bougent pour le chercher, pendant des années, qui ont la joie de vivre, l’intelligence, l’humour, la grâce (tout ce que tu n’as pas) et tout, galèrent ?".

Je sais que c’est pas drôle à lire ce genre d’écrit. Je devrais le mettre en privé - je le répète : j’ai honte. Mais bon, c’est mon journal après tout… Je suis honnête.

Oui, j’y pense. Plutôt souvent, à mon infini regret.
Non, je n’assume pas totalement. J’essaie. Parce que je suis en train de me dire que je n’ai pas le choix, que la vie essaie de m’apprendre un truc, que tant que je ne lâcherai pas prise rien ne se passera, mais je n’y arrive pas. C’est une leçon que je ne me vois pas apprendre un jour. Et ça m’obsède et me possède.

Et puis pourquoi mériterais-je l’amour aussi ?

Je n’ai pas l’impression d’être réelle.

Pourquoi quelqu’un de bien s’arrêterait de courir exprès pour moi ?
Pourquoi ne devrais-je pas passer ma vie avec un blaireau qui regardera mes fesses de travers, d’un air blasé, en sirotant sa bière et en rêvant à ses maîtresses qu’il rejoindra en cachette d’ici quelques heures ?

Je me sens coincée alors que je devrais me sentir libre. LIBRE. Je n’aime en général pas lire des témoignages sur le célibat, comme je n’aime pas lire des témoignages sur la vie ou les problèmes de couple. Et du coup, je n’aime pas en parler en ce qui me concerne. Mais j’ai faibli plusieurs fois dans ce journal sur ce sujet.

C’est mon talon d’Achille.

Allez, petit écrit, va et vogue sur le flot du Net ; et paaaaars. Loin.
Comme une bouteille à la mer.
Comme un gargouillis de vomi étranglé (hummm).
Comme un petit oiseau qui ne vole pas.
Comme un ouuuuuragan ; qui passait sur moi...
Comme un mauvais film qui se jette dans une piscine.
Comme un rire machiavélique perdu dans le vent.
Comme une cigarette aquatique.
Comme un scoubidou. Qui chante.
Comme un kangourou athlétique.
Comme un shampooing aux œufs.

Pars, petit écrit, va trouver quelqu’un à qui murmurer mes secrets. Mes inepties. Mes rêves irréalisables. Ma mauvaise personnalité cachée. Ma digestion de McDo qui va me faire prendre dix kilos.
Pars, et sois heureux. Ne te retourne pas. Je n’en vaux pas la peine. Je ne te manquerai pas. Tu as Internet qui s’ouvre à toi. Un autre monde, avec des gens meilleurs.

Pars…