Effeuille mes rêves

Amis ?

Il ne me semble pas avoir déjà parlé d’amitié sur ce journal ?

Faut dire que j’évite le sujet. Même dans la vraie vie. Je le contourne, je me bouche le nez quand il passe à côté de moi, je me contorsionne/contusionne pour ne pas avoir à l’effleurer…
Je ne suis juste pas douée pour ça. Du tout. Pas dans le sens où je ne donne rien aux gens - au contraire, je donne tout ce que je peux donner en général - mais dans le sens où je ne donne pas de moi. De mon temps, oui, de mon énergie, beaucoup, des sourires, des attentions en pagaille ; mais de mon âme, quasiment jamais.

Je suis plus à l’aise avec des amis imaginaires. Tout aussi pitoyable que cela puisse être, c’est la vérité. J’ai fractionné mes pensées de manière à leur donner plusieurs timbres de voix différents. Et j’interagis avec ; parfois c’est plus simple. Plus fluide.

Je ne suis pas en train de dire qu’il y a plusieurs personnes dans ma tête, hein !

Quoi que à un moment j’ai eu peur de ça, avec ce que le psychiatre me disait sur la schizophrénie… Mais non, ce n’est pas ça du tout.

Bref, tout ça pour dire qu’en amitié je suis nulle. Je fuis. Toujours.

Quand j’étais au lycée, j’avais carrément un "ami imaginaire" typique. En fait, je collais des photos du Joker (version Heath Ledger) partout sur mes cahiers, trieurs, etc, et les gens étaient tellement cois de me voir idéaliser un démon pareil (je parle du personnage bien sûr, pas de l’acteur)... qu’ils me foutaient la paix.
Sans savoir pourquoi, je trouvais qu’il m’apaisait. Bon, on est d’accord, c’est avant tout un psychopathe barré.

Mais j’en rêvais, souvent, je rêvais qu’il était réel et qu’il me protégeait de ma vraie vie. Je le voyais autrement. C’est dur l’adolescence : cette histoire est la preuve qu’on peut se créer tout seul des illusions, très facilement, et vivaces...
Pas que pendant l’adolescence, remarque. Mais je n’ai jamais eu d’obsession aussi forte depuis… au point d’en rêver très souvent je veux dire (oui parce que des obsessions ce journal en est rempli...). La dépression, sûrement. C’est un des principes même de la maladie, de ne plus avoir envie de rien. Donc ne plus avoir de rêves doit être une conséquence.

C’était pas un ami imaginaire vrai, évidemment, c’était plus une barrière. Quelque chose du genre. Une barrière derrière laquelle me réfugier. Je ne pouvais pas me protéger de plusieurs trucs, alors je l’envoyais lui me protéger. Je déléguais.

C’était comme une oasis dans ma tête. J’ai encore un poster de lui, chez mon père. Je ne veux pas m’en séparer, il représente quelque chose de fort même si je n’arrive pas à déterminer quoi précisément.
Et même si je ne fais plus de rêve de dingue avec lui en vedette depuis longtemps, j’aurais bien besoin de quelqu’un pour chasser mes cauchemars incessants, qui reviennent chaque nuit sans exception. Probablement pour ça que je le garde, quelque part.