Effeuille mes rêves

Arrogance

Je reviens sur tout ce que j’ai dit dans mes derniers écrits.

Si je suis ainsi, si la vie a tourné ainsi… c’est qu’il y a sûrement une raison. Une bonne raison, je veux dire. Pas de cruauté aléatoire.

Même si certains points sont douloureux, avec le recul tout cela a du sens :

J’ai conscience que l’un de mes gros points faibles est l’arrogance. Des sept péchés capitaux (ou de la liste des autres plus gros défauts qui soient, c’est pareil), c’est peut-être celui qui est le plus "dangereux" pour moi dans le sens où c’est celui vers lequel je pourrais basculer et dans lequel je pourrais m’auto-entretenir sans m’en rendre compte.
Je ne suis pas sûre de pouvoir expliquer ce qui me fait dire ça. C’est comme une sensation de déjà-vu, mais qui signifierait quelque chose.

Et si mes difficultés actuelles étaient là pour me préserver de ça ?

Parce que j’essaie d’imaginer la situation si les choses avaient été différentes. Pour mes petits kilos en trop par exemple. Je suis au-delà des formes rondes et harmonieuses, mais en dessous de l’obésité. Si j’avais eu un super corps jeune et beau d’adolescente bien dans sa peau, est-ce que j’aurais pris le temps de comprendre ce que l’on ressentait quand on se sent vraiment mal ? Est-ce que je ne me serais pas pavanée, pleine d’assurance et d’insouciance, dans le collège ou hors de chez moi puisque je n’aurais eu aucune raison de me cacher ?
Est-ce que mon aisance physique m’aurait préservée de l’effondrement moral ?
Si je m’étais sentie confiante en ce que je dégageais, n’en aurais-je pas joué un peu ? Avec un bon contrôle de mon image, aurais-je plus profité de la vie ? Aurais-je su comment aborder les gens ? Et qu’aurais-je fait de cette "capacité" ?

Aurais-je choisi la fuite en avant plutôt que le recueillement et l’introspection ? Et au final : peut-être aurais-je gâché ces années à courir après quelque chose de superflu, complètement aveugle, puisque je n’aurais pas pris la voie de la réflexion. Et là, oui, on aurait pu parler de mouton.

On ne naît pas gentil ou méchant. On débarque sur la planète en tant que bébé inoffensif, on grandit là où on a atterri, et un jour - très très tôt - alors qu’on vient juste d’apprendre à parler et à marcher, on se retrouve entouré de portes. Seul. Il n’y a que ça, des portes. On en choisit une. "Pas le choix, il faut choisir". Parfois plus ou moins au hasard.

Mais il faudra quoi qu’il en soit vivre avec les conséquences ensuite. Quelles qu’elles soient, pas moyen d’y échapper.

Sauf que le hasard peut nous conduire vers la mauvaise porte.

Et ensuite, il y a encore un choix à faire. Toujours plus de portes. Énormément au début, absolument tout est possible, et puis en devenant plus vieux on se rend compte qu’on a choisi certaines portes qui se ressemblaient un peu, puis beaucoup, et plus le temps passe et moins il y a de portes différentes - en nombre et en aspect - à disposition. On a fait sa vie.

M’aurait-on déviée de la mauvaise porte, alors ?

M’aurait-on retenue alors qu’avec un bel élan j’allais choisir une porte où l’arrogance allait me bouffer et me faire perdre la moitié de ma vie ?
Retenue pour être mieux dirigée vers… ailleurs.

Tout aurait pu être différent. Mais pas forcément en bien.

Avec l’arrogance comme talon d’Achille, aurais-je eu la niaque de protéger mon frère contre les brimades que je ne comprenais que trop bien ? Serait-on aussi proches aujourd’hui ? Et toutes les autres personnes que j’ai rencontré.... Même celles qui m’ont faite souffrir mais que j’aidais quand même : aurais-je rencontré des personnes aussi authentiques si je n’avais pas été complètement honnête avec moi-même ?

J’ai toujours trouvé dommage que ma grand-mère ait ce grand regret qui l’a rongée toute sa vie : on lui a pris l’opportunité de faire du cinéma dans sa jeunesse. Elle aurait pu devenir une grande star, on ne sait pas. Mais son père l’en a empêchée.
À chaque fois qu’elle me raconte cette histoire, je ne peux m’abstenir de me dire que peut-être la célébrité l’aurait abîmée. Qu’il y a une raison pour que ça se soit passé ainsi. Elle est tellement gentille, ma grand-mère, qui sait ce qu’on aurait pu lui faire.
Lui aurait-on apporté des souffrances inimaginables à l’heure actuelle ? Ou un malheur inextricable qu’elle aurait eu dans la peau toute sa vie. Suffit de rencontrer la mauvaise personne et tout bascule...
Elle n’aurait jamais rencontré mon Papy. Elle n’aurait peut-être pas eu cette famille qui l’aime sincèrement, quoi qu’elle fasse. Elle n’aurait peut-être pas eu de gens vrais autour d’elle.

Je n’avais jamais réalisé avant ce jour que moi aussi je devenais comme ma grand-mère. À croire qu’on m’avait volé quelque chose de fondamental, toute une vie.
À ne pas comprendre que peut-être, on m’a éloignée d’un chemin extrêmement pénible et mauvais. Et que c’est là où j’en suis aujourd’hui, aussi dur que ça puisse être parfois, que je vais réaliser au mieux mon potentiel. Même si je ne suis pas fière de mon corps et de l’image que je renvoie. Même si je passe mon temps à me déprécier intellectuellement.

Je ne serais jamais totalement à l’abri de l’arrogance, si cela est vraiment mon péché. Je peux encore basculer si je ne fais pas attention, si je crois que puisque j’ai compris ça tout va couler de source à partir de maintenant.

Faut que je fasse super gaffe aux portes que je vais rencontrer. Et peut-être que je verrais enfin que j’ai à disposition des choix qui me conduiront exactement là où je veux et ai toujours voulu être.