Effeuille mes rêves

Au fil des ans

Si j’avais pu m’envoyer une leçon dans le passé, ç’aurait été celle-là :

Tes pensées ne façonnent pas le monde. Elles te façonnent toi. Ton monde intérieur. C’est cela qui t’a longtemps échappé : tu créées ton monde intérieur (et non le monde de la réalité), ce qui te créé TOI. Tu es seulement responsable de ce que tu deviens et de ce que envoies comme impact sur le monde réel. Tu ne décides ni du-dit monde réel ou des évènements qu’il t’envoie.

Cette société dont tout le monde parle avec mépris… C’est quelque chose qui nous dépasse tous. Oui, elle a été faite et est perpétuée par les humains. Nous sommes humains. Mais nous devons la subir maintenant. Suite à des choix qui ne sont pas les nôtres. Elle n’a pas de visage, elle ne correspond pas à nos dirigeants, elle n’est pas tangible.

Elle ne peut donc être combattue avec le physique seulement.

Mais elle existe et est le fardeau que l’on doit porter. Même si nous sommes ses créateurs.

La dépression, je me bats encore mais à deux mois de la fin de mon calvaire je me dis que je m’en suis sortie en réfléchissant. Je ne savais faire que ça (et ça ne veut pas dire que je le fais bien ; seulement que je le fais). Alors j’ai continué sur cette lancée. J’ai tout noté, j’ai fait des schémas, je me suis créé mes propres perceptions (les personnages de "Vice-Versa" pour mieux prendre conscience de mes réactions, par exemple). Cela a donné un bazar pas possible donc jour après jour j’ai trié, raturé, reformulé, dessiné, cherché, et je devais recommencer chaque semaine presque du début.

Mais je me sens plus stable aujourd’hui. Je sais d’où je viens. Je sais qui je suis.

J’y reviendrai un peu plus loin.

Maman va moyen. Rien de plus à dire pour le moment car je ne peux rien faire. Moi et mon frère l’entourons de notre mieux, mais on l’a toujours fait alors que peut-on faire de plus ? Je vérifie secrètement ses médicaments, ses rendez-vous, son quotidien. Je ne suis pas médecin mais je suis la seule de la famille à avoir fait des études qui me permettent de comprendre 10% de leur jargon ; alors je carbure de mon mieux pour tout prendre en charge.

Cela dit, maintenant que je l’écris clairement, je me rends compte que j’exagère.

J’ai rédigé une lettre de motivation pour Cathel. Pour qu’elle parte faire son projet. Les choses se sont compliquées, et elle avait perdu espoir. Alors je lui ai dit d’y aller au culot et d’envoyer une candidature spontanée au professionnel qu’elle lorgne secrètement depuis plusieurs mois.
Elle ne l’aurait pas fait seule alors j’ai tout écrit avec et pour elle. Je veux qu’elle quitte cette famille qui l’étouffe.

Je sais que j’ai de la chance d’avoir celle que j’ai. Le mot en "ch" a réussi à s’emparer de ma grand-mère. Je suis stupide. Je n’ai pas arrêté de lui dire qu’elle ne traverserait pas ça une nouvelle fois. Convaincue par les cours que j’ai eu sur le sujet, et par les cas concrets que j’avais rencontré à l’école. Je me disais même : "C’est d’ailleurs injuste parce que tu n’es pas dans un cas dramatique où tu dois avoir peur pour ton proche malade. Tu sais qu’elle va guérir, qu’il n’est question de quelques mois. Au mois de mai, cela sera quasiment terminé".

Et je l’ai persuadée elle aussi de ça. Et j’ai eu tort.

Je ne referai pas cette erreur. Je ne vais pas contribuer à dramatiser l’ensemble de la situation (naturellement elle a tendance, elle, à le faire ; tout le temps et avec tout le monde ; elle est comme ça). Mais je vais lui apporter des éléments qui, j’espère, l’apaiseront.

Partiellement au moins.

Elle a toujours été là pour les autres. Qu’elle note ce signal que son corps lui envoie et qu’elle apprenne à être là pour elle. Ne plus courir de partout pour avoir un impact sur le monde. Qu’elle se connaisse mieux, elle, qu’elle sache de quoi elle est faite.
Son enfance difficile l’en a empêché. Elle s’est mariée jeune, a travaillé, a eu des enfants qui l’ont rendue heureuse, mais cela ne se faisait pas à l’époque de se construire soi-même. C’est encore autre chose que de construire sa vie. C’est une notion très récente ; bien que certains l’aient heureusement compris il y a longtemps.

Je suis ridicule à partager mes pensées péremptoires, hein ?

La colère me pousse à écrire. Je maîtrise très mal mes émotions, depuis que les thérapies les ont (peu à peu, au fil des ans) réveillées. Donc ce petit coin virtuel me soulage beaucoup.

Tout ça ne tombe pas du ciel. Je suis dessus depuis un moment. Il faut que je partage cette histoire que je comptais réserver pour mes documents papiers ; elle m’a trop bouleversée.
À l’époque (très récente) où je voulais apprendre à faire des rêves lucides, j’avais alors compris que (principe de base) les rêves n’ont rien de prémonitoire.
Les miens en tout cas. J’ai compris ce qu’il m’aura fallu 24 ans pour comprendre : en quelle mesure les films diffèrent de la réalité.

Ça a l’air évident, comme ça, mais c’est en fait loin de l’être.

Bref, je n’attendais plus que mes rêves me montrent "le bon" et me prédisent son arrivée. Je voulais parvenir à les manipuler parfaitement pour y faire apparaître tout ce que je voulais.
Encore une fois, ça ne prédirait rien, mais je passerais un bon moment et je pourrais échapper à la réalité qui m’étouffait de plus en plus.

J’ai travaillé sérieusement mais sans succès. Quelque chose clochait. Rétrospectivement je comprends que c’est mon inconscient qui résistait. Avec raison.

Un jour, j’ai fait comparaître dans un rêve "le bon".

J’avais envie qu’il me prenne dans ses bras. Je me suis concentrée très dur car ma plus grande faiblesse résidait dans les détails : je savais que je rêvais et je pouvais rester temporairement dans le rêve. Mais lorsque - par curiosité vis-à-vis de la puissance créative impressionnante de mon esprit - je focalisais sur un détail (l’intérieur d’une maison, la texture d’un mur, les traits précis des visages qui m’entourent...) je me réveillais. À cause de mon perfectionnisme diurne angoissant. Je n’arrivais pas la journée à visualiser les détails (TOUS les détails) alors je doutais de pouvoir le faire en rêve.

Pourtant, quand je n’y pensais pas, j’y parvenais. Comme tout le monde. Encore une fois : je m’ensevelis inutilement de pression.

Tout ça pour dire qu’un soir, tout en ayant conscience que les rêves-déclic comme dans les films n’existent pas et que je créais tout pour mon plaisir personnel, j’ai réussi à faire apparaître ma représentation du "bon".
Je voulais qu’il me serre dans ses bras, je l’ai déjà dit. Je luttais pour maintenir son visage intact et sa présence la plus présente possible.
Je me suis concentrée pour qu’il s’approche de moi. Amoureusement. Mais il a résisté et m’a regardé d’un air effrayé. J’aimais penser (même si je savais que c’était faux) qu’il y avait malgré tout une connexion entre nous, dans la vie réelle, grâce à ces rêves.

Il m’a alors hurlé :

"MAIS QUI ES-TU ???".

Sur le coup, j’ai ronchonné. Le matin au réveil. C’était juste un échec mais il en faut pour apprendre à réussir, pas de problème.

Les jours ont passé. J’y pensais. Et j’ai fini - très doucement - par comprendre.

Mon inconscient m’a directement adressé la parole.

Je ne savais pas qui j’étais. En fait, j’en ai déjà peut-être parlé… Peu importe. Et tout ce qui m’est arrivé dans ma vie découle de ça : je ne savais pas qui j’étais.

La raison de mon célibat. De ma dépression. Je me disais toujours que "ça irait" quand j’aurais trouvé l’homme de ma vie. Que le sentiment de vide venait d’une séparation d’avec ma moitié, la raison pour laquelle on est sur Terre.

Sauf que non. Ce vide n’était pas normal ; et c’était mon dragon à combattre en réalité. Je ne sais pas ce que me réserve l’avenir, si je rencontrerais quelqu’un qui arrivera à me supporter et à m’aimer pour de vrai, mais j’ai enfin compris. La vie, ce n’est pas faire ce que la société attend. C’est se découvrir et se connaître soi. Car la satisfaction et un amour de soi harmonieux et fluide, en continuité, c’est la seule chose sur laquelle on peut s’appuyer dans la vie !

Tout change, rien ne stagne. La seule chose qui est permanente : c’est que ma vie, je la passerai toujours avec moi.

C’est la seule chose. C’est moi que je dois compléter. Aimer et être ouvert au monde : bien évidemment que oui, aussi. Mais sans soi… On ne vit pas. C’est une erreur que j’ai fait pendant longtemps et mon cœur se serre quand je pense à tout ceux qui ne l’ont pas encore compris. Alors j’essaie d’écrire pour clarifier mon raisonnement.

Si jamais les mots arrivent à faire passer ce que je pense et ressens vraiment… Ce serait formidable…