Effeuille mes rêves

Bancal

Je ne pige rien à ce qu’essaie de me dire mon inconscient.

Ça fait une semaine que je fais des rêves qui me mettent mal-à-l’aise.
Sans savoir pourquoi. Y’a rien qui me l’explique, on dirait qu’il fait ça comme ça juste pour s’amuser ou pour voir ce que ça fait. Pourtant, ça a été une semaine tranquille. J’étais tranquillement à la maison, j’aménageais mes journées pour qu’elles soient bien, pour prendre soin de moi et toi… et ce gros cake a décidé que trop de bien-être était indécent et qu’il fallait gâcher un peu mes nuits.

J’râle pas, c’est juste que du coup je suis fatiguée.
Et ça m’inquiète parce que j’ai un gros exam mardi, et ensuite j’en ai deux très très gros deux semaines plus tard. Et deux semaines sont limites pour les réviser (bien évidemment, j’ai passé mes vacances de Noël à les bosser mais je ne me souviens plus de rien).

Y’a que cette nuit où j’ai fait un chouette rêve.
Enfin, chouette… Y’avait un morceau qui était bien chouette. Le reste était juste… gênant. Il se passait rien de particulier. Mais c’est l’ambiance derrière, le fond émotionnel, qui me laisse un sentiment de gêne qui me saoûle.

Mais j’me prends plus la tête comme avant avec les examens.
Genre mercredi et jeudi j’ai rien fait parce que j’étais fatiguée. Hier j’ai révisé un peu. Aujourd’hui je vais au cinéma avec Van' et deux mecs qui sont des lointaines connaissances du lycée. Le film durant trois bonnes heures, je ne pense pas travailler ce soir non plus.
Mais bon. C’est comme ça.

Y’a juste hier soir où j’ai vraiment stressé comme avant. C’est passé heureusement. Je sens qu’il suffirait que je creuse un peu, que je réfléchisse cinq minutes, pour que tout ressurgisse mais j’en ai vraiment pas envie.
J’ai passé les deux derniers jours à me motiver à avancer. J’ai très peur, j’ai toujours très peur dans le fond, mais je fais de mon mieux pour montrer à cette peur que la vie vaut le coup malgré tout. J’y crois pas tout le temps. Mais j’essaie. Probablement jusqu’à la prochaine fois où je me casserai la gueule - je ne me fais pas d’illusions, j’me suis déjà trop fait avoir - mais je tiens bancalement comme ça.

J’ai acheté un nouvel attrape-rêves pour le studio.
J’ai peur d’y retourner aussi. Je sens qu’il va se passer encore un truc difficile - peut-être simplement une nouvelle claque émotionnelle à gérer - mais je me sens aussi fragile et je ne sais pas si je vais arriver à m’en sortir correctement.

J’ai peur de me retrouver à la rue. Que mes études foirent et que je doive me débrouiller à enchaîner les petits boulots toute ma vie. Niveau débrouille, je suis nullissime.
D’autant plus que je me dis que plus on a peur de ce genre de trucs, plus ça a de chance de nous arriver. Parce que la vie adore nous confronter à nos peurs. Et moi j’en ai tellement que je suis inquiète quand je me demande à quoi elle va ressembler.

Ouais, vraiment, je suis inquiète ce matin. J’me demande si je connaîtrai un jour le bonheur. Et si oui, si je devrai attendre mes quarante ans pour ça. Ce serait dur, vraiment, vivre quarante ans sans être heureuse.
J’me doute que ça doit exister, et j’envoie toute ma compassion aux personnes qui ont vécu ça, mais si je pouvais l’éviter… J’vois pas l’intérêt de me faire connaître mes souffrances à l’avance. C’est encore plus vicieux.

Ou alors je psychote totalement ?

C’est possible mais quoi qu’il en soit, le vrai bonheur n’est toujours pas là.
Alors normal que j’me pose des questions, non ?
Je sais que le bonheur ne dépend que de moi. Mais je n’arrive pas à être heureuse, simplement comme ça parce que je l’ai décidé. Je n’y arrive pas. Mais je vous jure que j’essaie.

J’commence à me dire qu’il serait peut-être temps de mettre mon journal en privé.
J’me sens mal-à-l’aise en ce moment à écrire mes secrets à des inconnus. Je ne sais pas s’ils sont tous bienveillants, et ça m’effraie aussi. Je retombe dans le cercle infernal de la peur, en fait, et je sais pas quoi faire pour empêcher ça.

C’est p’tètre à cause de l’ambiance pesante de mes rêves, tout ça.
C’est pour ça que j’aimerais bien qu’ils redeviennent NORMAUX. J’ai pas besoin d’une nouvelle claque dans la figure, franchement, ça sert à quoi ? ! J’ai mal mais je ne comprends rien. Ça serait plus constructif de me dire clairement ce qu’il faut que je change - si changements je dois faire, si la réponse n’est pas tout bêtement d’accepter les choses comme elles sont - et puis voilà. J’en ai marre de souffrir pour rien, c’est bon, j’ai assez donné là maintenant je veux me construire et construire ma vie.