Effeuille mes rêves

Bilan pré-Noël

Je n’ose pas compter le nombre de médocs que je prends. Mon corps me fait peur. J’ai peur qu’il me lâche, d’un coup, qu’il claque comme un élastique trop tendu.

J’ai vu le médecin. Il m’a prescrit une analyse de sang longue comme un anaconda. Mais c’est une bonne chose. J’imagine que comme ça si quelque chose cloche vraiment, je le saurai.

En attendant un pronostic plus définitif, il m’a dit que soit c’est de l’angoisse profonde (mais bon vu le nombre et la lourdeur des symptômes...), soit, plus probable, ce sont les effets secondaires des médicaments. Qui commencent à être très handicapants. Quand je suis en stage, par exemple, c’est l’enfer, ça m’empêche de travailler correctement, au maximum de mes capacités. Et les gens le remarquent. Mais je ne peux rien dire…

J’ai pas réellement eu le temps de me poser jusqu’à présent. Le week-end est passé à une vitesse folle, je ne me souviens plus de rien. Je sais juste que j’ai passé les cinq derniers jours à organiser absolument tout ce que je faisais, pensais, vivais, histoire de tenir le coup. Trouver à chaque problème sa solution. Et si la solution est trop grosse : la découper en morceaux petits et faciles à mettre bout à bout pour y parvenir par étape. Un pas après l’autre. C’est ça qui m’a sauvé la mise en stage. Et à l’école en général. Parce que ça commence à être trop difficile pour moi seule. Je me suis mise à pleurer juste avant le début du cours, l’autre fois. Je ne pouvais juste pas m’arrêter. La prof m’a prise à part et m’a conseillée d’expliquer à la direction ce qu’il se passe en ce moment. À la nouvelle direction, aussi, quand je serai dans la nouvelle école. Visiblement, elle ne pense pas que je risque de me faire virer à cause de ça.

Bon et puis sinon, forcément, c’est Noël.

Hum. Alors je ne suis pas comme ces filles toutes fofolles qui répètent chaque année : "Han, Noël, c’est ma fête préférée, j’aime les cadeaux, j’aime la neige - bouh on n’a pas de neige ! -, j’aime l’hiver, j’aime le COCOONING (elles ont tendance à user et abuser ce mot), j’ai gardé hihihi mon âme d’enfant, j’ADORE les cadeaux ! Pour Noël, je regarde toujours tel et tel film, écoute telle et telle musique et puis je fais telle et telle chose Spéciale Noël, ouaiiis !". Ainsi de suite.
Je me crispe en voyant tout ce monde qui d’un coup envahit les rues, toutes ces chansons éternellement identiques (qui me font systématiquement penser à ces films/livres où les habitants d’un village sont coincés dans une boucle temporelle qui leur fait vivre encore et toujours la même journée) et sirupeuses, toutes ces décorations du même genre, etc etc. J’ignore la télévision encore plus que d’ordinaire parce que je sais qu’on ne peut pas tomber sur un téléfilm sans monsieur à barbe blanche fournie habillé en rouge ou émission édition spéciale Noël.

Cependant.

Je ne partage pas non plus l’opinion des anti-Noël. Ce n’est pas parce que moi ça ne me fait ni chaud ni froid que les autres sont à côté de la plaque à se laisser enthousiasmer par ça.

Les gens ont besoin de repères. Tout le monde en a besoin, et certains plus que d’autres. Cette fête, à mon sens, c’est à cela qu’elle sert. À donner un repère. On le prend ou on ne le prend pas, c’est la décision de chacun. Mais elle est individuelle.

Ce qui craint, c’est quand on ne sait pas quoi faire de ce repère (un peu envahissant, quand même). Quand on est pas au clair avec soi.
Par exemple, moi avant quand Noël signifiait repas de famille forcé avec tous les énergumènes presque caricaturaux qu’on retrouve dans chaque famille… euh, non. C’était pas possible non plus. Je détestais trop ça. (Pas les gens, mais juste le concept de gros repas de famille).
Et heureusement, j’ai des parents compréhensifs. Quand ma maladie s’est déclarée, un jour je leur ai dit clairement qu’ils faisaient ce qu’ils voulaient mais que moi il y avait des situations qui me déclenchaient des crises trop lourdes et dangereuses et que je ne pouvais plus faire certaines choses. Je fais beaucoup d’efforts pour plein de trucs, mais du côté de ma mère tous les repas de famille (hors ceux avec mes grands-parents) sont passés à la trappe. Définitivement. Et depuis, Noël, s’est simplifié chez nous. Tout s’est simplifié : on reste simples parce qu’on est des gens simples, point. On ne se prend pas la tête et on fait ce qu’on a envie. En fait, on passe même un très bon moment, comme ça. Le soir je me couche toujours tôt parce que mes médicaments m’empêchent de veiller ou de boire la moindre goutte d’alcool. Mais pas besoin de tout ça. Les repères que la société érige comme des murailles, comme des diktats incontournables, aussi, y’aurait des tas de choses à dire dessus… mais bref ; pas aujourd’hui.

Moi en tout cas, je ne pourrais pas faire plus. Je ne parle même pas du jour de l’an. "La fête où faut absolument s’amuser sinon tu rates ta vie". Et où "faut" crier. Hum.

Parce que Noël c’est censé être ça avant tout : une fête où l’on célèbre l’amour de sa famille, la joie, la générosité envers les gens, etc etc.
Mais comment peut-on bien le faire si on se prend la tête avec les cadeaux à offrir, les gens qui ne nous entourent pas vraiment, et le casse-tête des repas à préparer ?

Je ne parle que de mon cas parce que je ne connais que celui-là. Personnellement, je ne peux pas faire tout ça.

Et puis l’amour des gens, la gentillesse, etc etc, ça devrait être toute l’année comme ça. J’vois pas pourquoi ce serait l’apanage d’un seul jour en plein milieu de l’hiver.
Toute connotation religieuse mise à part, évidemment. Les symboles religieux c’est autre chose : moi je ne suis d’aucune religion, donc forcément je vois ça différemment que ceux et celles qui ne sont pas dans ce cas.

Bon après, je sais que j’ai de la chance d’avoir eu l’opportunité de simplifier les choses dans ma vie à ce point (même si c’est dommage qu’il ait fallu attendre la maladie).
Je ne raconte pas tout ça pour fanfaronner, c’est juste que je sais que plein de gens sont malheureux pendant cette période et je pense fort à eux.
Simplifier les choses m’a aidée, mais tout le monde n’en a pas la possibilité j’imagine. Mais bon : Noël reste un jour comme un autre. Enfin je ne suis pas bien placée pour donner des conseils. Mais faut pas se prendre la tête comme ça. Accepter ce qu’on ressent, la façon dont les autres gèrent leur barque bah c’est leur souci.

J’envoie des gros bisous à tous ceux qui lisent ces mots et se sentent mal à cause de Noël.

Encore une fois, je ne veux pas faire de morale à deux balles ou écrire des trucs bien niais (alors que c’est principalement l’un des trucs qui me hérissent le plus pendant cette période : les niaiseries infondées ; dites, mais non pensées). Mais bon je pense vraiment ce que j’ai écrit : aimer les gens, c’est toute l’année.