Effeuille mes rêves

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On désire toujours ce qui nous manque.
Ou bien on est toujours en manque de ce que l’on désire, je ne sais pas.

J’ai soif de la vie.
Une soif profonde, abyssale, allumeuse mais intouchable. Elle est là, tout le temps. Dans mes yeux, elle se projette sur ce que je regarde, dans mes oreilles elle se niche au creux des sons qui se logent dans mes pavillons, elle se glisse dans les goûts des aliments dont je me nourris voire m’empiffre quand j’ai quelque chose de trop fort à compenser, elle réveille de vieux souvenirs grâce aux odeurs véhiculées jusqu’à mon nez.

Mais c’est dans mes pensées qu’elle déploie ses ailes. C’est mon imagination qui la rend si puissante, si exclusive.

Je deviens vampire par cette soif. Je tente de vampiriser la vie : je plante mes crocs dans chaque jugulaire substantielle, dans chaque palpitation passant à ma portée, c’est dingue de ne s’en rendre compte que maintenant. Quand je mets en scène des images où je meurs, c’est pour me sentir plus vivante et surtout parvenir à le reconnaître (et à le faire reconnaître). Quand je rêve, éveillée ou endormie, c’est pour essayer de matérialiser l’énergie qui m’anime, qui anime les gens, qui anime le monde.
Mon existence toute entière se cristallise autour de cette ponction indolore.
Je vais essayer d’être plus concrète. Lorsque je suis en face de quelqu’un, je ne pense pas à sa beauté extérieure ni même à ses charmes provenant de l’intérieur. Je suis obnubilée par sa vie : comment fait-elle pour tenir debout ? D’où lui vient cette force qui l’a conduite face à moi ? Quelle est la part qui l’a façonnée et quelle est celle qu’elle offre à l’univers de part sa simple présence ?
Quels sont les sentiments derrière ce masque inexpressif qui m’est présenté ? Quelles pensées ?

C’est ça. Les pensées des gens m’obsèdent.

Au début, c’était parce que je n’avais pas confiance en moi et que cette absence d’estime me persuadait que les autres me lacéraient sans cesse d’un regard désapprobateur. Mon adolescence c’est ça.
Aujourd’hui je ne suis pas beaucoup plus vieille qu’une adolescente mais cette période de la vie me fascine. Les adolescents me fascinent. Ils renferment tellement de beauté en eux, tellement de potentiel, tellement de surprise et de… vie. Une profondeur qu’ils ont peur d’explorer, qu’ils découvrent en même temps qu’ils découvrent le monde. Des milliers de papillons de petites pensées qui en surgissent pour se frayer un chemin timide jusqu’à l’émergence de leur conscience. Un entonnoir qu’on remonte, à l’envers. Des papillons qui selon comme ils sont traités élèvent ou rabaissent une existence.

C’est ce livre qui me fait délirer. Blog, de Jean-Philippe Blondel. Qui me donne un grand coup de pied dans le buisson où sommeillaient mes propres papillons. Ça parle de blog bien sûr mais aussi de journal intime. Des pensées juvéniles fascinantes, la vie qui passe et qui arrive à me prouver à travers cette fiction qu’elle laisse pour tout le monde une trace indélébile, qu’on a tous une histoire.
Qu’elle est encore LÀ. Avec moi, même quand j’ai peur. Qu’elle l’a toujours été. Le creux et le vide ne sont pas à craindre.
J’en veux plus.
J’en veux toujours plus.
J’ai dû m’arrêter de lire pour venir l’écrire ici. Ça s’échappait de moi, mes doigts pianotaient tout seuls sur les pages déjà porteuses d’un message, j’avais besoin de capter mes pensées à moi même si la plupart d’entre elles se sont envolées. Je voudrais plonger dans les profondeurs des gens. Je suis attirée par les étincelles qu’ils y cachent, sous les papillons, sous les buissons épineux, sous leur gardien personnel, le monstre des abysses… Il y a une étoile brillante à chaque fois différente même si dans le fond on vit plus ou moins les mêmes choses, même si on possède les mêmes désirs secrets, les mêmes aspirations, la même base génétique avec les mêmes qualités, les mêmes défauts…

C’est pour ça que je veux travailler pour les gens. En les aidant, je peux toucher cette étoile pendant un infime moment : l’instant d’un sourire.

P’tin ça fait grave psychopathe ce que j’écris là en fait. Nooooon, on ne flippe pas, je ne suis pas une tarée ! J’vais manger ou kidnapper personne. Je crois que c’est juste un cri d’amour pour mon espèce. J’vous aime. Vous avez tant de lumière.