Effeuille mes rêves

Ça déborde grave

Il reste trois mois.

Les pépins ont recommencé à fuser cette semaine. Mais c’est ce que je me suis dit, calmement : "Il ne reste que trois mois". Quelle bonne nouvelle. Pas assez de temps, donc, pour que tout parte en vrille, hein ?

Eh bien SI.

Les pépins pleuvent et ce soir au lieu de suivre le planning que je me suis gentiment fait pour profiter au maximum de mon temps libre, je suis roulée en boule au pied de mon bureau à pleurer.
Tout s’accumule, tout s’accumule. C’est moi-même qui l’ai dit : y’a jamais de pause dans la vie. Du coup il est improductif de se plaindre des soucis qui tombent mais on peut décider comment réagir. Bon, je n’ai pas été assez forte, j’ai eu le réflexe de ronchonner avant de relativiser donc je suis recalée pour cet examen-là.

Faut dire qu’aujourd’hui est une journée particulièrement pénible. Et le plus ironique, c’est que j’étais persuadée qu’elle ne serait qu’une formalité à passer, que demain serait la pire journée de la semaine ! Demain n’est pas encore passé, donc tout est possible, mais ça ressemble beaucoup à l’une de ses leçons qui dit que je ne peux jamais savoir à l’avance de quoi sera fait un jour nouveau. Même avec de jolis plannings tout bien faits.

Donc un malus. Une baffe. T.U. N'. E.S. P.A.S. I.N.T.EL.L.I.G.E.N.T.E. Alors pourquoi aurais-tu cette fois-ci compris comment affronter tes démons ? !

C’est vraiment pas cool n’empêche. Devoir se prendre par la main constamment pour que les angoisses me lâchent - quelques minutes seulement.

Et dire que je supporte ça depuis 12 ans. Ça fait fort dit comme ça, mais si j’ai tenu c’est parce que pendant la grande majorité du truc j’étais totalement coupée de la réalité. Je ne suis pas une héroïne. Même pas un bon second rôle, en fait, au plus j’y pense. Et sûrement pas un méchant charismatique au passé sombre qui se révèle adorable une fois que le gentil lui a parlé cinq minutes.

Trois mois encore à tenir, et - même si je sais que l’apocalypse peut effectivement arriver étant donné les circonstances (ET SUBITEMENT LA RÉVÉLATION = TU M’ÉTONNES QUE JE FASSE DES CAUCHEMARS ENCORE ET ENCORE !!!) -, je serai libre.

Serai-je vraiment libre ? J’en doute, franchement.
Ça existe, dans la vraie vie, cette notion ? Mes parents se tuent au travail depuis toujours. Je n’ai jamais rencontré qui que ce soit qui bien qu’il assume des pressions régulières et quotidiennes les qualifie de normales et aime sincèrement le train quotidien qu’il mène.

Personne. Je ne connais que les menaces, les terreurs, le son de la dignité qui se craquèle quand je ne réussis pas à à la fois calmer mes pensées ET répondre normalement à Untel qui vient de me poser une question et se demande pourquoi j’ai ce regard vide ("ouh mais elle est bizarre celle-là ! Simplette, aussi, sûrement.").

Avant je me réfugiais dans mes rêves, de jour ou de nuit, mais maintenant ce n’est plus possible. La nuit, cauchemars automatiques, pas la peine de revenir dessus ; et le jour quand je suis écartelée par l’angoisse, qu’on me tient piégée dans un coin et que je ferme les yeux pour penser à quelque chose de bon, on me tabasse allègrement.

Ça ne s’arrête jamais. JAMAIS.

Et maintenant : j’en ai pleinement conscience.

Heureusement… Plus que trois mois.

Tant de choses peuvent encore se produire. Et moi je suis en équilibre précaire sur une planche de bois pourrie sur un ballon qui se gonfle et se dégonfle sans prévenir selon son bon vouloir.

Je ne sais pas si je vais tenir.

Bon, allez, la séance auto-apitoiement est terminée !

Je refais un planning, je rejette les révisions des exams de fin de semaine pour ce soir (c’est vraiment pas malin, mais tant pis), je me cale avec un bon livre et c’est juste une question d’assurance.

Je peux le faire, je n’ai pas envie mais visiblement mon avis on s’en fout royalement, donc je vais le faire et puis c’est tout.

Argh.

Allez.

Tenir un journal permet précisément, selon des études, de retourner ses sentiments en faisant ce que je viens de faire. Se défouler du négatif et ressortir avec une touche agréable.
En l’occurrence, il va me falloir toute une partition. Bon. Allez, je le fais en rangeant avant de lire parce que sinon je ne vais pas avoir le temps et ça va m’énerver tout demain aussi.