Effeuille mes rêves

Ça fait de moi le Grinch ?

Une chance sur vingt que ça marche mais il faut que je tente le coup.

Cette année est la dernière. La dernière où je fête Noël.

Du moins, c’est ce que je vais essayer de faire comprendre à ma famille.
Ça va être délicat parce que pour l’anniversaire, déjà, ça m’a pris deux ans. Mon anniversaire, je veux dire. Uniquement. Mais c’était mon anniversaire, qui ne concernait que moi, donc, alors j’en fais un peu ce que je veux. Quelque part ?
Y’en a qui rêvent d’une fête incroyable pour ce jour-là. Moi, je ne désire qu’une chose : c’est qu’on l’oublie.

Mais Noël ça concerne tout le monde. Toute la famille. Mes grands-parents… Ils sont très ouverts d’esprit mais bon faut pas toucher à la famille. Ça va être très compliqué.

Ça ne veut pas dire que je veux/vais moins les voir ! Pas du tout ! Ce sera toujours la période des vacances, donc je compte toujours leur rendre visite. Et plus d’une fois. Et sincèrement. Parce que j’en aurais envie. Pas à cause de conventions qui me font me sentir mal.

C’est le repas que je veux éviter. Et le fait qu’on m’offre des cadeaux. Ce n’est pas de l’ingratitude. Le geste d’amour me touche. Mais il laisse derrière une culpabilité étrange… Que je n’arrive pas à expliquer.

Je vais en parler à ma psychiatre. On va travailler là-dessus. Sans problème ! Mais j’y pense depuis un moment maintenant et Noël est une fête. Aucune fête n’est obligatoire, n’est-ce pas ? Sinon ce n’est plus une fête. Alors j’ai le droit de choisir de ne pas la fêter.

Passer un moment complice avec ma famille : aucun problème ! Mais pourquoi pas toute l’année ?

Ce qui m’a angoissée, mais d’une force que je ne soupçonnais pas pouvoir un jour se révéler, c’est le shopping.

Dire que je déteste le shopping… Ce serait encore un euphémisme.
J’en suis à un point où si j’avais de l’alcool chez moi, je me servirais une bonne rasade avant chaque sortie spéciale achat.

Cela ne concerne pas les livres. Bien évidemment. Mais les livres, c’est ma vie. Le reste… La terreur.

C’est mon frère qui m’a appris à faire du shopping. "Ça, c’est sombre et à la bonne taille ? Je l’essaie - parce que je n’ai pas le choix - et si la taille correspond je le prends. Et pas besoin de revenir avant minimum un an comme ça".

Je ne comprends pas les autres méthodes.

Je ne les condamne pas (heureusement qu’il y a des gens qui sont moins compliqués et qui savent se faire plaisir). Mais je ne comprends pas le concept.

Enfin, si. Je comprends et vois bien que les personnes qui sont bien habillées, avec un loin soigné, dégagent quelque chose en plus. De la beauté extérieure, c’est vrai. Un peu plus de confiance peut-être. Une meilleure image.

Mais il est là mon problème : l’image.
Les autres ont déjà une image différente de ce qu’on est quand on reste naturel et qu’on se contente de vivre chaque jour qui se lève (ce n’est pas un reproche : personne n’est télépathe donc c’est inévitable). Alors si EN PLUS on rajoute un paramètre "d’image sociale"... On ne s’en sort plus ! En tout cas, moi je ne m’en sors plus.

Je me perds dans cette part externe à soi qu’on essaie de maîtriser. Je n’y arrive pas. Ma psychiatre m’a convaincue d’arrêter d’essayer, d’ailleurs.

Pour en revenir à Noël… Je n’ai jamais fait partie des gens surexcités par cette période. Mais je n’ai non plus jamais fait partie du courant inverse. Les personnes qui - pour des raisons qui leur appartiennent - la dénigre à cause de son côté commercial etc etc.

Quand j’étais enfant, bien sûr, j’adorais recevoir des cadeaux. J’adorais les vacances et j’adorais cette période où seuls les nouveaux jouets que je découvrais comptaient alors dans ma vie. J’étais une enfant. Il aurait difficilement pu en être autrement.

Mais. Malgré mon bonheur, je me souviens que je me préparais chaque année à ce que mes parents me disent que le Père Noël n’était pas passé. Et que je ne lui en voudrais pas - parce que je pouvais imaginer au moins trois raisons concrètes pour légitimer ce choix - donc qu’il fallait que je me prépare psychologiquement à cette éventualité. Parce qu’il sait ce qu’il fait, le Père Noël, alors je ne serais pas triste.

Les cadeaux sont un bonus. Ils l’ont toujours été. Je pensais devoir les mériter, mais en même temps j’avais conscience que beaucoup d’enfants en méritaient aussi mais n’en recevaient pas. Ma réflexion n’allait pas plus loin, mais elle était marquée.

D’habitude, donc, je ne suis pas particulièrement en joie pour cette période. Pas plus que d’ordinaire du moins, parce que j’essaie de l’être toute l’année.
Mais si ça enthousiasme d’autres personnes… Pourquoi pas ? Tant mieux !

Mais cette année, recevoir tous ces mails… Entendre ces allusions quasi-omniprésentes… Voir toutes ces décorations - certes belles mais - qui sont toujours les mêmes et qui soufflent à la Culpabilité (qui est une entité à part) dans mon cerveau que cela consomme beaucoup beaucoup d’électricité… Me rendre malade parce que je ne suis pas sûre que les cadeaux que j’ai choisis sont bons… Me préparer à en recevoir alors que je ne les mérites pas spécialement… Penser à tous ceux qui se réfèrent à Noël comme à un miracle, alors qu’au fond ce n’est qu’un jour comme les autres pour lequel on a choisi de s’exalter et d’aimer…

Ça ne me semble pas logique.

Faire des cadeaux sur commande. Parce que "ça se fait". Ce ne sont pas de vrais cadeaux que j’offre. Je voudrais offrir de vrais cadeaux, c’est-à-dire pendant l’année. N’importe quand. Quand on sait que ça va faire plaisir.

Comme ça : ça reste une surprise et ça sert.

Par exemple quand notre proche nous parle de telle chose qui lui a tapé dans l’œil mais qu’il hésite à se le prendre. Si on connaît bien la personne, on peut savoir si ça va lui faire vraiment plaisir ou pas. Et lui offrir sur le coup ou un peu plus tard.

On n’est pas infaillibles, bien entendu. Mais bon ça me paraît plus… Moins stressant. Parce que oui, c’est encore de stress dont il s’agit.

S’il faut se fixer une date pour agir, je préfèrerais donner à une association de d’argent à chaque période de décembre. Continuer à donner ensuite pendant l’année quand/si on peut, bien sûr, mais là au moins cela aurait un sens. Un sens !

Bon, je vais déjà essayer de faire ça. Pour cette année, c’est trop tard, tout est prêt. Mais dès l’année prochaine : interdiction de me faire un cadeau. Sauf si c’est un papier écrit qui dit qu’on a fait un don à une association.

C’est mièvre, je sais. J’en suis désolée, je n’aime pas ça. Mais ce n’est pas de la générosité de ma part. Je ne le prétends même pas. C’est… Une autre bataille. Pour faire taire ma culpabilité. En faisant ce qui me paraît être juste. Vis-à-vis de moi seulement : je suis toujours ravie de voir qu’il existe encore des gens qui aiment et savourent la période de Noël.