Effeuille mes rêves

Coucou de la main

La nuit est passée.

J’ai voulu écrire ensuite "je me suis calmée" mais ce n’est pas vrai. Il y a toujours ce déluge qui pleut en moi. D’une eau acide qui ronge tout ce qu’elle entraîne dans son sillage un magma boueux de déception, de merdes agglomérées, de peine éternellement inscrite dans mes gènes.
Plus rien n’a d’importance. Plus rien n’est capable de me sauver ; il est trop tard maintenant.

Ça se passe toujours comme ça. Un petit chien pouilleux qui s’époumonne, la bave aux dents, les crocs retroussés, avec une allure effrayante. Ça aboie mais ça ne change rien. Ça aboie parce que ça a peur, parce que ça ne sait pas quoi faire d’autre pour montrer que ça ne va pas bien, mais ça n’a aucune incidence parce que Ça ne vaut rien.

"Ça" c’est moi.

Oui j’ai abandonné. Je le reconnais. Je ne vois pas pourquoi je devrais me battre. Gros soupir : il n’existe plus la moindre lueur d’espoir dans mon ciel qui a décidé de fermer les yeux pour ne pas avoir à s’encombrer avec ma douleur.
Mais ma douleur c’est devenu moi. L’ignorer c’est m’ignorer moi, au jour d’aujourd’hui, c’est tout ce à quoi je me résume.

C’est pour cette raison qu’on ne peut pas m’aider.

En apparence, je suis toujours la même. Je lis des travaux sur la PNL, sur le bonheur, je cherche activement à contacter un nouveau psychiatre pour ajuster mon traitement, je continue à étudier, je souris à ma famille pour qu’elle ne puisse même pas imaginer dans quel état j’ai été hier soir… mais dans le fond, je suis brisée.

Même les mots que j’écris sont brisés. Ils ne transportent plus rien - j’ai trop souvent parlé du mal qui me dévore, trop souvent braqué les lumières sur le ressentiment coupable en croyant que ça suffirait à le faire fondre. Maintenant, les mots ne veulent plus rien dire, à force de les répéter ils ont perdu leur saveur, leur soutien.

Pas de rêve cette nuit non plus. Le trou dans mon coeur s’agrandit. Exponentiellement.

Quand je me regarde dans le miroir, je vois un zombie. Quelqu’un de mort qui donne l’illusion de vie. C’est stupéfiant - je comprends mieux maintenant pourquoi les gens sont tant fascinés par la littérature/filmographie des morts-vivants.

Bref, ça ne sert à rien de recommencer à se complaindre. J’ai dit tout ce que j’avais à dire. Je continue cependant d’écrire par égoïsme.
Plus rien n’a d’importance. On ne peut plus rien pour moi. J’ai perdu. Ce n’est pas grave.

Je ne souhaite ça à personne, même pas mon pire ennemi.

P.S : Je viens d’y penser, j’étais censée l’écrire hier mais j’ai oublié. L’information, à la fac, celle que je redoutais… J’avais dit que ça s’était arrangé. Ben finalement non.
On est toujours pas dans le scénario catastrophe de la mort qui tue que j’avais envisagé dans le pire des cas, mais je suis quand même assez mal barrée pour tout le reste de l’année. Voilà. Pas de moment de répit. Pas de rédemption.
Mon hypnologue m’a dit que c’était fait exprès. Que l’univers voulait que j’apprenne quelque chose en me mettant dans cette situation délicate. Je la crois. Mais je suis quand même franchement énervée contre l’univers - de quel droit se permet-il de m’apprendre des choses dans la souffrance ? On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre mais avec du miel. Pourquoi ne pourrait-il pas y aller gentiment, avec douceur ? Je ne suis pas d’accord avec le fait que "c’est l’Univers, il sait forcément mieux que toi ce qu’Il fait". Il a toujours raison. C’est trop FACILE ça ! NOUS, on doit se remettre en question sans arrêt, NOUS on est jugés, condamnés, balottés par les caprices du temps, mais l’Univers, lui, il est parfait. Il a juste fait exprès de nous créer misérables. Il serait p’tètre pas mal de psychanalyser tout ça : pourquoi une telle condescendance ? Pourquoi un tel mépris pour la vie ?

J’ai pas envie de bosser. J’ai perdu toute ma motivation. Je sais pas où la vie veut me mener mais elle exagère franchement là - un VRAI signe de la main sur le quai de la gare pour m’indiquer quel train il faut prendre, au lieu de me pousser sous les rails en rigolant, ça serait plus intelligent.