Effeuille mes rêves

Cyann

J’ai envie d’écrire à Cyann.

Une lettre. Comme avant. On s’envoyait des lettres, avant, parfois. Parmi les textos de la semaine - ou les appels, plutôt, on s’appelait régulièrement, le week-end. Enfin, elle m’appelait, surtout, une fois le collège fini. Elle voulait qu’on reste en contact. Et les lettres - complètement en dehors du quotidien - étaient des petits trésors dont je n’estimais à l’époque pas la valeur exacte.
Je n’ai compris à quel point j’aimais Cyann comme amie une fois que je l’ai perdue. Je l’ai laissée partir parce que je ne comprenais pas pourquoi elle pouvait m’apprécier. Je me détestais trop pour envisager qu’on puisse me voir réellement comme une amie. (Ça n’a pas vraiment changé, mais au moins maintenant je laisse les gens faire. S’approcher. Rester. Et il m’arrive même moi-même de rester. De plus en plus.).

À l’époque, toute la période collège, j’avais gâché les deux amitiés qui me tenaient le plus à cœur… Et ça m’avait détruite. C’est une blessure qui ne m’a jamais vraiment quittée, d’ailleurs. C’est à partir de là que j’ai commencé à partir en looping niveau personnalité, confiance, et estime.

Mais bref. Tout ça c’est vieux. Revenons à ce que je peux encore sauver : mon amitié avec Cyann.

Avec le recul, je vois qu’elle a fait beaucoup pour qu’on reste amies, mais que - enfermée dans mon carcan de mésestime de moi - je lui ai envoyé de mauvais signaux.
Je ne comprenais pas ce qu’elle pensait de moi. Je devenais chaque jour plus étrangère à moi-même, et je n’arrivais pas à lui dire. J’aurais voulu l’appeler à l’aide. Mais dans mon esprit déformé, Cyann était du côté des deux amies qui m’avaient faite souffrir. Complètement idiot, elle me l’a prouvé à plusieurs reprises. Et puis, ces filles n’ont jamais été contre moi, elles n’étaient simplement plus avec moi. Parties. Mais l’absence a résonné bizarrement en moi pendant de nombreuses années.

Mais ce ne sont pas les souvenirs qui comptent ici… C’est ce que je vais écrire à mon amie (je ne sais pas si j’ai encore le droit de l’appeler comme ça ?) pour tenter de renouer les liens.

J’ai envie de tout balancer. D’ouvrir mon cœur, sans aucune censure, être encore plus sincère que je ne le suis ici. Mais elle a toujours été pudique avec ses sentiments, de ce que je me souviens… Ça n’est sûrement pas une bonne idée.

Qu’est-ce que je peux bien lui raconter ?

Je n’ai que l’adresse de ses parents, en plus. Je ne sais pas si elle revient pendant l’été. Peut-être que ses parents ont déménagé, aussi. Mais je vais quand même tenter le coup.

Mais je ne sais fichtrement rien de ce que je vais bien pouvoir raconter…

...

Vanina m’a proposé d’aller la voir, pendant le week-end. Avec Paula. J’ai dû me poser un moment pour réfléchir. Spontanément, j’aurais refusé. J’aurais reporté. Juste… spontanément. Je ne comprends toujours pas pourquoi je suis aussi solitaire, quelque soit la main qu’on me tende.
J’ai besoin de faire mon chemin seule, oui. Mais j’ai parfaitement conscience qu’on ne peut pas rester seule toute sa vie. Je n’ai envie de voir personne pendant les vacances, j’ai envie de m’allonger et de laisser mon esprit vagabonder pendant des heures, pour le relâcher après tous ces mois atroces à me prendre la tête.

Finalement, je lui ai dit oui. J’irai au moins lui faire un petit coucou. J’aimerais qu’il se passe plus de choses, dans ma vie, je l’ai déjà dit. Le problème, c’est que je sais TOUT ce que je ne veux PAS - et la liste est longue ! - mais que j’ignore ce que je veux… et le temps passe. Mais une vraie amitié avec elle, et plus de complicité… ça me semble quelque chose dont j’ai envie.

Alors il faut probablement lâcher du mou de temps en temps comme on dit. Même si on ne va pas sortir, il faut que je voie des gens sinon… je pourrais devenir une espèce d’hermite ou de fantôme inaccessible à la longue. Ça pourrait donner quelque chose d’intéressant, peut-être, mais ce quelque chose serait-il heureux ?

Ce qui est "drôle", c’est que ce type de profil… l’hermite fantomatique. Il est parfaitement incompatible avec le métier que je vise.
Et j’ai une demi-journée de "stage" (du volontariat pour travailler-c’est-à-dire-non-pas-réviser-mais-vraiment-faire-ce-que-je-ferai-professionnellement-dans-quelques-années) la semaine prochaine. Je ne suis pas vraiment dans le bon état d’esprit pour y aller, en plus ça me stresse énormément. C’est pourquoi je ne me suis inscrite qu’une seule fois ; et c’est un vrai handicap de ne pas faire plus… mais bon. J’me sens vraiment pas. Cathel s’est inscrite quelque chose comme dix fois. C’est un énorme avantage, elle ne sera pas totalement dépassée à la rentrée, elle aura vaincu l’appréhension et appris des tas de choses sur le tard, contrairement à moi.

(En même temps, le voyage avec mon père grignote la moitié de la période que couvrent les inscriptions… et au retour le décalage horaire m’aura trop assommée pour pouvoir travailler raisonnablement, je pense). (Mais bon je culpabilise quand même). (Mais j’ai TELLEMENT besoin de me reposer, m**** à la fin !).

EDIT : Arf. J’ai mes règles ; d’où mon petit ton mélancolique.
Mais allez, j’me laisserai pas abattre ! Les stages à la rentrée… rien n’est joué. Je peux… quelque chose de surprenant et de positif peut en ressortir ! (Même si à chaque fois que j’ai dit ça, je me suis reçu une grosse claque).
Non, allez, vraiment. Tout va bien ! Tout va bien. J’ai eu un petit moment d’égarement, mais je vais me ressaisir.

EDIT 2 : Je demeure toujours perplexe face à ces cœurs…