Effeuille mes rêves

D'ores et déjà

J’ai peur pour ma mère.
J’essaie de lui montrer les aspects stables de la situation, sur lesquels elle peut s’appuyer. Parce que les docteurs m’ont toujours répété que la stabilité, dans cet état sombre, c’est la base de la guérison.

Mais je ne connais pas l’impact de mes mots.
En bien ou en mal.
Je suis passée par là, mais… Je n’ai pas les moyens de dire comment je me suis échappée. Ni même de le formuler en moi-même. Comment je continue à m’échapper quand ça revient.

Ça me brûle la trachée.

Et sidère mes neurones.

Surtout que cela a pris cinq ans. Je viens de lire mes premiers écrits sur ce journal, et WOW quelle CATASTROPHE !
J’ai l’impression de revenir de loin. D’une autre planète. Dans un autre univers. Lui-même antagoniste d’un autre univers cousin au quatrième degré de l’univers le plus éloigné du nôtre.

Qu’est-ce que j’ai appris dans cette capsule mentale de cinq années sans souffle libérateur... ? Beaucoup. Énormément.

Mais je ne peux le restituer. Même pas pour elle.

"Je m’en veux de ne pas avoir compris ce que tu vivais...", m’a-t-elle avoué du bout des lèvres. Ça m’a horrifiée.
De la culpabilité alors que je n’aurais pas pu être entourée de gens plus aimants ? ! Non ! Vous avez été, vous ma famille, mon seul point de référence dans ce maelstrom infernal. Je n’aurais pas pu rêver mieux. Ce n’était pas parfait pour la simple raison que rien ne l’est et que la maladie ne s’en va pas en le voulant très fort. Mais ça a été le mieux que j’aurais pu souhaiter.
Grâce à vous, j’ai pu abaisser mes défenses de fer. Celles qui me transperçaient la peau et que je croyais devoir supporter pour tenir la distance.

Je me suis aperçue que moi qui ai tant écrit ici pour ne jamais rien oublier de ce bagne… Pour m’en servir pour mieux comprendre à l’avenir… Je n’ai pas les mots.

Je ne les aurai jamais.

Car ça fait partie de la maladie : ne plus être atteignable. Elle est hors orbite. Suis-je revenue sur Terre trop tard ? Non, on ne contrôle pas ça.
Et on ne cesse de perdre les références que l’on s’était notées sur le bras. Et les démons reviennent. On apprend simplement à leur claquer la porte au nez ?

Aucun sens.

Passons à la partie : "Exposé du quotidien".

  • Une question qui sort de nulle part : Quel genre d’être humain veux-tu être ?

  • Une certitude. "Tu n’es personne". À la fois rassurant et déprimant. Faut se faire à la gymnastique de l’esprit de ne garder que le rassurant : je peux écrire tout ce que je veux, il n’y a pas d’enjeu.

  • Je suis tellement terrorisée par mon école que ces deux jours de repos que je me suis octroyée sont en train de se retourner contre moi. J’en ai tellement besoin, je ne fais jamais de pauses, même pas le week-end puisque reconstruire ma vie demande du temps et de l’énergie qui me sont pompés en semaine. Et pourtant je panique. Je ne peux pas me cacher constamment derrière l’argument "Plus que trois mois à tirer" car à chaque fois on me démontre qu’en trois mois il peut se passer énormément de choses. Surtout difficiles, en l’occurrence. Va savoir pourquoi.

    C’est normal, la peur. Mais je ne vais pas la laisser m’abattre ! Écrire est une arme. Mon cerveau - tout aussi imparfait soit-il - en est une aussi. Alors je vais l’utiliser.

    Je peux me contrôler. Un minimum.

Mettre mes papiers (notes perso) au clair. Regarder un film en finissant le paquet de bonbons. Parce que oui : j’ai le droit de craquer nutritivement parlant, parfois. Supporter l’imperfection. Lire. Planifier. Me calmer. Garder mon sang-froid. Rassembler mes outils, mes forces.

Tout va bien aller. Et quand ce sera fini, je verrai le ridicule de m’être tant inquiétée pour si peu.

Alors tout va bien, maintenant.