Effeuille mes rêves

Déception

J’ai les intestins en compote.

Je suis tellement déçue que j’ai l’impression que tous mes organes ont fondu.

L’exam' que je pensais avoir loupé… Bah non seulement je l’ai loupé, mais je suis la seule de la promo à être à côté de la plaque.

J’ai honte, j’ai peur, et je suis dégoûtée, et tout ça se mélange en une bouillie infâme que je n’arrive pas à digérer ; même en me disant que je suis en vacances, même si le moment que j’ai tant attendu depuis plusieurs mois est enfin arrivé.

Je crois que la bouillie a gâté le goût de mes vacances pour tout l’été.

Je me suis mise dans un état pas croyable pour tout ça. J’ai fait énormément de sacrifices : je n’ai plus de vie parce que j’ai tout misé sur mes études. Mes nerfs sont dans un état… je suis certaine que si l’on me disséquait, on trouverait à la place des morceaux de cellules calcinées. Tout un système court-circuité. Il a suffit que j’ai le malheur d’être humaine une seule fois, que je sois trop épuisée nerveusement pour travailler de manière constructive, et tous mes efforts ont été réduits à néant.

Je vais avoir cette boule de stress dans le ventre tout l’été, maintenant.

Parce que si je ne l’ai pas au rattrapage… Je triple mon année. Je me retrouverais plus seule que jamais, je perdrais encore du temps et de l’argent en quantité, je ne pourrais probablement pas assumer tout ça et je devrais quitter cette filière. Pour faire quoi ? Pour aller où ?

Ma vie c’est ça maintenant.

Je suis nulle.

Mon père m’a suggéré de contacter le prof et de lui expliquer ce qui s’est passé, mais je ne peux pas.
Déjà, je n’oserais jamais. Même avec des enjeux aussi gros. La direction nous a clairement fait savoir que c’était mal et que ça rendait fou tout le monde, donc en plus de ça les représailles seraient sûrement catastrophiques et… non, je ne peux pas. C’est pas juste pour les autres, en plus, ce genre de comportement.

Non, j’ai pas le choix, il faut que j’y arrive.

Mais j’ai l’impression de ne devoir mes succès qu’à la chance, vicieuse, qui reprend tout dès qu’elle en a l’occasion, et mes échecs à la grande justice.
J’ai l’impression d’être une minable. Je ne devais pas échouer. Je ne devais pas.

Il faut que je me donne une période de repos. Quinze jours, c’est ce que j’avais prévu, au minimum. Peut-être revoir à la baisse le nombre de choses que je comptais rebosser avant la rentrée pour me concentrer sur cette matière. Je serai toujours à la ramasse. Je ne m’élèverai jamais au-dessus de ma condition.

J’admire tellement les gens qui s’en sortent parce qu’ils "se donnent les moyens" comme on dit. Je ne comprends pas cette expression. C’est ce que j’ai fait, de toutes mes forces, il y a des jours où j’y croyais même de tout mon cœur, et je me suis plantée quand même. Et ça fait toujours aussi mal. Et je n’arrête jamais de croire à des choses qui n’existeront jamais.