Effeuille mes rêves

Déchéance

Je suis trop nulle.

Oui, je sais… Encore une rechute…

C’est pas ma faute, sérieux. C’est plus fort que moi ce sentiment, ça me prend tout l’être, ça vibre quelque part qui est plus loin que mon corps, plus profond que ma pensée. Je ne peux pas échapper à un truc comme ça, même en pensant très fort à autre chose. J’ai essayé, et ça m’a fait physiquement mal, après. J’ai hurlé dans un coussin pour que ça parte.

C’est le mot DÉCHÉANCE qui me revient en boomerang. Il m’effraie beaucoup ce mot. D’habitude, je ne me sens comme ça que pendant les examens, mais là ma rentrée n’a même pas commencé, j’ai eu mon résultat de rattrapage (je passe !), je devrais être heureuse et détendue mais je suis comme un lapin qui sait qu’il va se faire écraser par un gros camion conduit par un mec bourré abruti par la drogue.

J’ai des sensations horribles dans mon corps.

Ma tête qui m’échappe, comme si elle s’effondrait comme un vulgaire château de cartes.
Mon corps qui enfle, va savoir pourquoi.
Ma respiration qui se coupe par moments, automatiquement.

Je peux pas prendre rendez-vous chez le psychiatre pour l’instant parce qu’il y a un mois de délai, et d’ici là ça sera pendant les cours, et je n’ai pas mon emploi du temps. Et si je rappelle pour annuler je vais me faire engueuler par cette connasse de secrétaire ; franchement j’ai pas la force de me faire pourrir.
La psychologue… j’y ai pensé, mais j’avais abandonné l’idée parce qu’au bout de deux ans de thérapie rien a changé.

Je suis perdue.

En plus, mon frère est méchant avec moi. J’ai envie de pleurer, de me griffer, de faire une connerie et d’aller écraser un chauffard bourré et drogué.

J’avais jamais réalisé avant ce soir à quel point je suis seule. Je veux dire, j’en parlais de temps en temps, mais quand on m’envoyait des messages de soutien ou que je touchais deux mots à quelqu’un après, même sans entrer dans les détails, j’arrivais à me persuader que ça allait mieux.
En fait, je ne faisais que reporter le problème. On m’a toujours dit que parler résolvait 98% du truc mais avec toutes ces thérapies que j’ai fait… ça n’a servi qu’à prouver que ce qu’on dit est faux.

Qu’est-ce que je peux faire ?

Ça a fait rire beaucoup de gens, mais je me suis tournée vers le seul truc qui pouvait encore m’aider : la foi. Je suis sûre qu’on a levé des yeux au ciel et qu’on m’a secrètement méprisée pour ça. Mais je ne voyais aucun autre recours… Et même ça, ça m’a lâchée.
Dieu n’existe pas. Ou alors il m’ignore et il ignore des tonnes de gens qui souffrent mille fois plus que moi et c’est un… j’vais pas dire le mot pour pas avoir d’ennuis, mais voilà. Ça se fait pas. Quand on créé des gens, on les laisse pas macérer dans leur merde sans solution, c’est pas correct.