Effeuille mes rêves

Dégourde

Mes yeux saignent.

J’ai passé la journée à essayer de comprendre l’administration. Comment est-ce que le tout marche avec cohérence - parce que c’est l’État, tous les trucs officiels, légaux, donc c’est forcément logique. Quel est le fil conducteur de cette réflexion humaine étalée sur plusieurs siècles, dont on a pu voir les triomphes et les erreurs. Quelles sont les connexions entre cette profusion de lois... ? En vain.

Je ne comprends pas. Bon, j’ai 25 ans et je ne connais rien de la vie ET ENCORE MOINS de la façon dont marche un pays. Ça, je le sais, c’est imprimé bien profond dans mon cerveau tout fondu.
Mais pourquoi personne ne se révolte ? Il y a des gens tellement intelligents dans ce monde ! Pourquoi moi qui suis toute petite, bête et inutile, je suis la seule à m’énerver ?
Ma mère a eu le malheur de passer pendant que j’étais en pleine effusion de rage. ON L’A FAIT EN 1789 LES GARS, ON EST FORTS ; QU’EST-CE QU’ON ATTEND ? On demande (gentiment ; on n’est pas non plus obligés de le faire à la trauma) au gouvernement que tout le monde s’assoit autour d’une table et reparte du début !
On garde ce qui marche, les fondamentaux, bien sûr, l’humain, mais on reprend chaque système un par un et maintenant qu’on a un peu de recul sur les choses on peut concilier pratique, réalité, logique et respect de l’autre.

Évidemment je le sais que ça n’est pas possible, en vrai.
Évidemment.

Mais les situations où tout le monde sait qu’il y a un problème mais tout le monde l’accepte ce qui fait qu’au final rien ne change alors que tous pensent pareil… Ça me rend dingue. C’est un huit-clos de la vie. Abominable. C’est pas ça la vie. C’est pas… Condamnable comme ça. Du moins, ça n’est pas censé l’être.

Et moi je ne sers à rien dans tout ça puisque je ne comprends rien.

J’aimerais me retrousser les manches et le faire moi-même. Me faire craquer les doigts assise derrière mon petit bureau et consacrer du temps à comprendre, réfléchir, solutionner. Mais je n’en ai pas la capacité intellectuelle. Et même si je trouvais le meilleur plan du monde je ne saurais pas comment en parler, comment communiquer, comment défendre le projet ni rien.

J’ai tellement mal, tellement mal aux yeux. Je vais me reposer, tant pis, il faudra replonger dans tout ça demain. Je me parle bien. Je m’apprécie comme je suis. Mais je ne suis vraiment pas dégourdie.