Effeuille mes rêves

Déménagement

Il faut que j’organise mon déménagement.

C’est chaud parce que je finirai mes examens genre deux jours avant la dernière date dispo pour un état des lieux.

Et j’ai pas mal de trucs quand j’observe bien les alentours. Ça va pas se faire en cinq minutes.

Ça me saoûle de devoir tout faire en catastrophe. Je sais pas par où commencer, j’ai pas le temps de réfléchir, bref ça m’énerve.

En même temps, j’ai que des trucs essentiels… Salle de bain, cuisine, cours, et quelques livres et dvds pour me divertir et c’est tout. Mais ça prend de la place et surtout c’est chiant à transporter.

Bon, c’est surtout Mme Flemme qui parle.

Je vais ramener deux cartons ce soir, déjà. Ensuite deux autres la semaine prochaine. Peut-être un aller retour en plus pendant la semaine de révisions, selon la quantité que j’ai pu rapatrier avant, et le reste se fera pendant le peu de temps qu’on m’a laissé.

J’espère que je vais tout faire comme il faut.

Ma grand-mère tient absolument à m’aider, comme chaque année, mais ça me gêne de faire appel à elle comme ça.
Elle a tellement envie de m’aider que je ne peux pas m’enlever de la tête que c’est une forme d’esclavagisme, de profitage (ça se dit pas mais tant pis).

Je vais lui demander des conseils pour nettoyer ma cuisinière (qui est dans un état lamentable) mais je tiens à m’en occuper toute seule.

Parce que je suis indépendante sans vraiment l’être.

Je rentre le week-end, par exemple. Je n’ai pas de job à côté. J’ai conscience d’avoir une chance immense, et j’en profite !
Mais d’un côté, j’ai également conscience d’être très dépendante encore alors qu’à mon âge beaucoup de jeunes volent déjà de leur propres ailes.

On peut pas comparer deux expériences, deux vies qui n’ont rien à voir, mais j’ai quand même ce sentiment d’avoir quelque chose à prouver, au fond.

Je prouve déjà que je peux m’en sortir seule, d’une certaine façon. Je suis seule la semaine. Je sais que je pourrais être seule le week-end, si je voulais, mais tant que je peux ne pas l’être je choisis de profiter encore de ma chance.
J’ai plein de copines qui n’ont jamais vécu seules. Et elles ne supportent pas de le rester. Ça, j’avoue, c’est ma petite fierté secrète : je peux le faire.

Moralement, je sais tenir le coup. J’ai déjà été seule en moi-même pendant tellement longtemps, qu’en fait, c’est l’inverse qui me paraîtrait improbable : vivre en colocation, avec qui que ce soit.

Mais malgré ça, je sais que je ne suis pas indépendante.

La paperasse, tout ça, ça me passe encore par-dessus la tête. Et large. Je n’y comprends rien et ça m’énerve. Mais je vais m’y mettre à partir de maintenant.

Parce qu’il faut bien que je devienne adulte.