Effeuille mes rêves

Des mots...

Le psychiatre m’a dit des choses, m’a fait prendre conscience de choses… assez perturbantes.

J’accuse le coup. Toute seule : je n’en parle pas à mes parents pour ne pas les angoisser. Mais moi ça m’a remuée.

Parce qu’au quotidien je me voile un peu la face malgré tout. Je parle de ma dépression, mais j’en culpabilise encore un peu. Quand j’écris ici, je me dis que les gens qui me lisent doivent penser que j’exagère, que je me victimise. Alors je n’écris pas tout, seulement des fragments quand je n’arrive plus à tout assumer toute seule.
Je me répète ce que Sonny n’a jamais cessé de me dire : "Mais non, c’est pas grave...". "T’es pas malade, t’as juste un coup de mou". "Si tu penses positif, ça ira mieux". En gros : "c’est de ta faute si t’es comme ça". Tous ceux qui savent de quoi il s’agit m’ont dit qu’elle a complètement tort. L’ennui, c’est que les gens qui me voient vivre au quotidien, ce ne sont pas les spécialistes. Ce sont les gens qui me disent les mêmes choses que Sonny. Les choses qui font mal. Les choses qui me font culpabiliser.

Les choses qui m’enfoncent.

Selon le docteur, donc, je suis une personne "à risque".
J’ai des pensées, comme des genre de bugs… des signes qu’il dit inquiétants. Il y a un risque que je tombe dans la pathologie, la pathologie sévère. Très lourde. Potentiellement dangereuse, mais dans tous les cas grave. Il m’a dit que vu que je suis bien suivie, je m’en sortirais - et assez vite - si c’était le cas. Mais il y a une possibilité pour que je bascule quand même.

Il n’a pas prononcé le mot. Mais je crois que j’ai compris. Je n’ai pas osé le prononcer moi non plus. Mais je peux l’écrire. "Schizophrénie".

J’ai un peu peur en écrivant tout ça. Parce que j’imagine d’un côté qu’on pense en me lisant que je raconte des conneries, peu importe pourquoi, que je ne sais pas ce que je dis. Au contraire : j’en ai une conscience aiguë. Je sais ce que ça veut dire la schizophrénie. Et c’est pour cela que j’ai peur. C’est pour cela que je me confie.

Honnêtement, je ne pense pas que je basculerai. Qu’il m’arrivera quoi que ce soit. Non.

Mais j’ai quand même peur : parce que je sens qu’il y a quelque chose qui cloche en moi, du coup. Je ne suis pas comme les autres - et ça fait bien voir d’écrire ce genre de trucs d’habitude, mais là franchement pas du tout.

Je sens bien qu’il y a un blocage en moi.

Qui m’empêche d’explorer mes pleines capacités. Que je pourrais faire plus mais qu’à l’heure actuelle… tout est juste bloqué. Sur tous les niveaux. Et ça, ça fait vraiment mal. Je n’arrive pas à mettre les mots dessus. Tout ce que je peux dire, c’est que je ne vois pas plus profonde, plus vicieuse, douleur. Un truc qui prend tout ce que je suis et qui le plonge dans les ténèbres… et en même temps j’ai l’impression que c’est tellement plus que ça. Ce n’est pas seulement que je me sens mourir, non, c’est bien plus que ça.
Je cherche une image cinématographique pour essayer de faire une comparaison qui parle… J’ai demandé à mon frère de m’aider à trouver une image (sans lui expliquer que c’est à moi qu’elle correspond) et il m’a cité les méchants dans Green Lantern et dans Les Quatre Fantastiques : le surfeur d’argent... Bon, je vois pas du tout mais peut-être que ça dira quelque chose à quelqu’un. Moi j’imaginais plus le Néant dans "L’histoire sans fin"...

J’ai toujours ce poids sur le cœur. Faut que je me change les idées. (Mais bon c’est pas aussi évident dans mon cas, ce qui est l’un des problèmes principaux selon mon psychiatre).