Effeuille mes rêves

Du pâté

Je suis initialement venue ici pour m’auto-insulter.

Mais j’ai dit que je ne le ferai plus. Mmmph. Donc je ne le ferai pas.

Comment dire ? Comment rester sur les faits sans plus avoir cette impression d’essayer de se faire passer pour une victime chouineuse ?

En gros : j’ai eu, l’an dernier, une période où de gros symptômes physiques sont venus se greffer à ma dépression et envahir peu à peu mon quotidien. Ce n’était pas des symptômes ÉNORMES genre aaaah pauvre enfant elle saigne des yeux ou elle se tord sur le sol avec de la bave dans les oreilles !
Non. C’était des tous petits trucs. Le genre de trucs que toi - en ton fond intérieur - tu sais que ce n’est pas normal par rapport à ce que tu expérimentes dans la vie, mais tu sais aussi que le docteur va te regarder avec de grands yeux et te dire d’arrêter de faire ta chochotte. Bon, en tout cas, le mien, c’est ce qu’il a toujours fait. Ça n’entache pas mon admiration pour les médecins ; simplement je dois me débrouiller pour survivre, moi, dans ce corps, alors je trouve cherche des solutions.

Et donc ce matin, d’autres petits symptômes de ce genre sont revenus.

Je dis petits. Mais c’est toujours la même histoire de grenouille ébouillantée vive.

J’en ai eu le soir où j’ai connu ma note de diplôme. J’ai pensé que c’était la pression qui retombait, tout bêtement. J’ai laissé faire. C’était un peu comme un secret honteux.
Mais c’est revenu. Et je sentais que ça montait, ça montait. Alors j’ai pris peur et je suis rentrée chez moi. Au bout du rouleau. Je suis tout de même venue à bout des trois cinquièmes de la journée, mais le dernier cours je ne pouvais juste pas. Physiquement. Je veux dire : bien sûr j’aurais pu m’y traîner de force quitte à garder tout du long les yeux dans le vide et ne participer à rien ; mais je n’aurais pas pu (cette fois) faire semblant.
Et j’ai pas mal paniqué aussi. Par rapport à l’année dernière et à ces affreux cauchemars que je fais sur mon pronostic depuis.

Je suis rentrée. Oh bon sang, mais ça ne traduit même pas le tiers de ce que je ressens ! Je m’angoisse à mort pour ma grand-mère ainsi que pour ma mère (elle a rencontré un nouveau boulet dans la chaîne administrative qui la cadre). Je dois trouver le moyen de tenir encore 27 jours sans que personne ne sache rien. Parce qu’on ne va pas me faire de cadeau maintenant : on ne m’en a jamais fait. Il faut que je réprime les hurlements hystériques en moi qui menacent d’exploser à chaque fois que quelqu’un ouvre la bouche.

Bref, on va s’arrêter là.

Ma mère m’a suggéré de ne pas aller en cours demain. J’en ai été horrifiée, mais finalement je crois que c’est le mieux.

Tant pis pour ma résolution d’assister jusqu’à la fin (depuis ma dernière crise) à tous les cours et toutes les immersions professionnelles.
Juste tant pis.
J’ai passé mon aprèm blottie dans mon lit à trembler de peur. Mais en réalité, qu’est-ce qui se passe ?

Je vais rater deux cours. Deux. Sur tous ceux auxquels j’ai assisté en six ans et ceux que j’ai bossé derrière chez moi. Je compte les rattraper. Et si jamais je suis trop épuisée pour ça : les prendre en photo et les mettre de côté pour plus tard. Après l’été. Ce n’est quand même pas un crime ? !

La vérité, brute et pas belle, c’est que je m’en veux. Je m’en veux parce que je n’arrive pas à être cette fille joyeuse et courageuse que je rêve d’incarner.