Effeuille mes rêves

Essoufflée

J’ai couru, sortie d’immersion professionnelle, pour rentrer chez moi.

C’est au moment où je me suis effondrée sur ma porte d’entrée que je m’en suis rendue compte. Mais ça va SUPER bien. En fait.

C’est maintenant que je souffle comme un bœuf que je capte avoir une fois de plus fui le monde. Comme très souvent.
C’est quand même dingue cette tendance ! Un humain est censé être social, au moins à un certain degrés ! C’est prouvé. C’est biologique et compagnie. Moi j’ai des envies de socialiser à peu près autant de fois que j’ai mes règles.

Et encore.

Mais je ne me vante pas, j’en parle simplement ici. Avec mes mots. Tout modestes soient-ils. Ici où je peux écrire sans filtrer tout ce que je veux dire.

Donc voilà : j’ai cavalé pour échapper une fois de plus aux gens de mon entourage (même si je déteste utiliser cette expression généraliste).
Mais je m’en porte vraiment vraiment bien. J’en ris. Je respire à nouveau. Mes seuls moments de fierté, en réalité, je m’aperçois que je les ai quand je suis seule. Quand je me prends par la main et que je me dis : "On se caaaaaaasse !".

C’est drôle parce que : la raison de ma fuite ?

On a essayé de me réconforter. Enfin, j’allais plutôt bien. Fatiguée, mais normal après une lourde journée. Mais on a évoqué l’examen devant moi. On m’a directement questionnée dessus. Pouvais pas me boucher les oreilles et réciter/réinventer mes cours de sixième en anglais. J’ai voulu éviter d’en parler - pas parce que je me sentais mal ou quoi mais tout bêtement parce que je n’avais pas envie de revenir là-dessus ; j’ai fait le tour du dilemme - mais pas très adroitement, je le reconnais, et du coup j’ai eu droit à une séance de remontage de moral…

... Qui m’a plus étouffée qu’autre chose !
Dans le sens "angoissée", avec plein de guillemets, hein. Pas saoulée ; au contraire, c’était gentil. Donc je retiens la gentillesse. Qu’on a eu à mon égard. Plus que les mots.

"Oui mais t’es toujours toute tordue, aussi, t’as le thorax plié en avant comme si t’osais pas respirer, faudrait faire ça ça ça et ça ou bien essayer de...".
Oui. Oui. J’ai fait. Ça aussi. Oui. Ça aussi. Je me gère mais ça prend du temps. Et si on parlait d’autre ch... ? Ah. Oui. Tu as raison. Ok.

Mais bon ! J’ai serré les dents, j’ai ravalé mon cri de "Libérée Délivrée : Maintenant Faut Me Foutre La Paix", et je me suis éclipsée dès que possible.

Mais je ne refuse pas non plus tout contact. Je ne me souviendrai peut-être pas de cette période, un jour, alors il ne faut pas non plus exagérer. On pourrait probablement croire que je repousse activement tout le monde, mais non. Je reste un minimum conviviale.
C’est quand j’ai l’opportunité de terminer proprement la conversation que je pars en courant. Ou plutôt quand on la termine avec moi. Parce que je ne ressemble pas toujours à une personne civilisée et posée dans ses baskets quand je m’exprime…

(On m’a carrément soupçonnée de faire un AVC une fois. Pour situer le niveau du truc.)

Ce matin, en fait, c’était vraiment génial. Je note régulièrement dans mon planning mes humeurs, pour essayer de voir un peu à quelle fréquence apparaissent mes crises : en l’occurrence 10/10. Ça n’a peut-être aucun sens, aucune valeur, mais ça m’aidera je pense dans mes coups de mou à voir que non tout n’est pas si terrible.
Ce planning est vraiment sympa, je ne regrette pas de l’avoir acheté. Je note mes emploi du temps en premier mais ensuite, "tout est possible". Je gribouille. Dans un coin, je lâche quelques mots pour décrire ce qui se passe - je préfère réserver à mes journaux le décortiqué de mes pensées et sentiments. Je fais des fiches de synthèse sur qui je suis, qui je veux être, ce que je dois travailler (en tout domaine). Je capture TOUTES mes pensées quotidiennes (j’ai même appris un alphabet codé exprès sur internet pour pouvoir écrire même quand je suis en public et que je ne veux pas qu’on sache ce que je note), et ensuite je les trie. Ça me fait avancer. J’aime bien.

Je peux faire plus de choses, ainsi. Gérer les contrariétés en gardant un repère. Un cap. Je ne sais pas si c’est sain, cette façon de penser. Mais je fais avec.

Cette aprèm' était émotionnellement chargée - émaillée de jolis petits défis - mais j’ai vraiment bien géré, je suis contente !

C’était pas parfait. Mais même en travaillant sur l’intégralité de ma personnalité, il me restera des défauts. C’est normal. Faut pas non plus que je psychote là-dessus (c’est un peu ce que j’avais commencé à faire ces derniers mois).

Cool. Zen. T’es arrivée plus ou moins où tu voulais. Encore quelques efforts, et ça ira tout seul.

Et puis dans cinq mois… Dans cinq mois, je veux sentir la différence. Sentir la différence !