Effeuille mes rêves

Étriqué

Les informations passent sous mes yeux sans plus s’arrêter.

Je n’en retiens aucune non plus. Je n’ai plus la force.

On ne peut pas me reprocher d’être épuisée : j’ai taffé toute l’année sans jamais lever le pied pour de bon. Je sais que je ne suis pas la seule dans ce cas, mais je ne suis pas capable de penser aux autres pour le moment. J’en ai marre, marre, et re-marre.

Vanina m’a dit qu’un acteur que j’apprécie beaucoup se trouve à Cannes en ce moment même. Quand elle m’a dit ça, je suis devenue complètement folle : j’ai très sérieusement eu la tentation de tout lâcher, de prendre ma voiture, et de filer à Cannes. Juste voir des gens. Juste voir des gens rire.

Pas une idée en l’air, comme ça. Pas un délire du tout. J’ai dû me retenir de ne pas obtempérer.

Mais en même temps, ça n’aurait pas été une bonne idée parce que tout m’énerve depuis quelques temps.
Les gens surtout m’énervent. Je dis ça sans aucune condescendance, je sais que ça vient de moi, et d’ailleurs moi-même je m’énerve BEAUCOUP aussi.

J’ai révisé toute l’année et j’en peux plus.

Je radote, je sais. J’ai tellement de choses à dire, au fond de moi, mais tout reste bloqué. Même l’écriture ne me débloque pas ; je suis dans le surcontrôle perpétuel et je suis fatiguée - si fatiguée - de ne jamais lâcher prise réellement. De me construire dans un esprit qui voit loin mais qui est pourtant si étriqué.

Le pire, c’est que le pire reste à venir.

Cette semaine, je suis restée à la maison. Mais pour les deux suivantes, je dois revenir au studio, plus seule que jamais.
Vous le savez, ça ne me dérange pas vraiment d’habitude. Mais là… je me sens morte. J’ai besoin de voir de la vie autour de moi sinon j’ai peur de cesser d’exister. J’ai déjà le cœur tout sec. Je pourrais disparaître tout à coup, j’en suis sûre, comme quand Harry Potter met sa cape d’invisibilité, sauf que je ne réapparaîtrais jamais plus.

Paradoxalement, je n’ai envie de voir personne à la fac. Ils me rendent tous dingue. En fait non, je me rends dingue toute seule, ils n’y sont pour rien les pauvres, mais c’est comme ça, je crois que je vais exploser au premier mot de travers.

En plus, j’ai fait une connerie. J’ai séché vendredi… Envie de me donner des baffes.

Je n’en dors plus la nuit. Encore une année clôturée en moi-même. Je suis incapable de m’ouvrir au monde. Incapable. Et c’est bien gentil de me donner des conseils du genre "tu devrais sortir et aller en boîte, faire comme moi !" (je deviens vachement aigrie maintenant quand je pense à Sonny), mais ça ne change pas fondamentalement qui je suis. D’ailleurs, je n’écoute plus les conseils. Je suis fatiguée des conseils. Des "tu devrais faire ceci ou cela" parce que j’ai essayé tant de trucs qui n’ont pas fonctionné… on m’a raconté tellement de conneries, même sans le faire exprès…

Je suis juste fatiguée. Tous mes défauts font surface quand je suis à bout comme ça : les râleries, le pessimisme, le syndrome j’aienviedetedonneruneclaqueAloha...

Y’a toujours cette voix en moi qui est violente envers moi-même… Je suis toujours en train de me faire violence, toujours… et je suis si fatiguée de ne vivre que pour me frapper…

Je voudrais tant être sauvée. Mais j’ai déjà compris que ça n’arriverait pas. J’ai fait tout ce que j’ai pu, j’ai couru le plus long possible, mais je me suis étalée par terre une fois de trop et je n’ai pas la force de me relever.

Je vais mourir ici, au sol. Je vais me laisser dépérir. Parce que je suis un esprit étriqué qui a été verrouillé dans sa prison noire interne. Y’a pas de clé pour sortir de là.