Effeuille mes rêves

Excès

J’ai des prises de tête fulgurantes avec moi-même qui sont impressionnantes.

Tout va bien. Et puis je me pose UNE question (toujours la même, à propos). La question qui revient toutes les… allez, sans exagérer, je pense à ça toutes les cinq minutes. C’est mon rêve en fait mon plus grand rêve. Grand et irréalisable. Mais j’y pense quand même, je le nourris - toutes les cinq minutes - il vit en moi. Non plus pour moi. Mais bien en moi, bien ancré, monopolisant toute mon attention et ma volonté. Je n’y peux rien, c’est fait comme ça, il m’éblouit de l’intérieur.

La plupart du temps, la cohabitation se passe bien. Disons qu’elle se fait, à défaut de commenter si c’est une bonne chose ou pas. Mais parfois, elle enraye la mécanique de mes pensées. Je peux presque sentir ce moment où clac, la chaîne déraille et où tout part en vrille.

Et dans ces moments, je fais peur à voir. Je me tourne vers la seule source de réconfort immédiate que je peux maîtriser : mes cartes.

Vu le point où j’en suis arrivée, c’est stupide. Et j’en ai conscience. Elles sont là normalement pour me rassurer quant à l’avenir, m’orienter un petit peu, mais surtout me permettre de me préparer aux évènements - ça c’est ce à quoi servent normalement des cartes divinatoires.

Sauf que dans mes "moments d’égarement", leur fonction est totalement dénaturée.

Je deviens obsédée par la réponse. Et si hors de ces périodes, on peut considérer que je me débrouille pas trop mal pour lire un peu tout ça, sommairement, quand je suis prise d’un de mes excès de pensées, c’est la fin et la catastrophe.

Je ne veux plus savoir ce que me dit l’avenir, je veux le décider. Le dessiner. Le modeler selon ce que MOI je t’ai dit que je voulais, Destin !

Et ça, je suis presque sûre que c’est une offense. Dieu, la Vie, le Grand Spaghetti, peu importe. Je sais qu’il n’aime pas du tout quand je fais ça.

Le problème, c’est que c’est vraiment plus fort que moi. J’essaie d’en parler ici pour que ça sorte de moi, même si j’ai déjà évoqué ce phénomène auparavant, parce que je VEUX avant tout que ma vie change et je veux évoluer ! Mais coincée avec mes pensées rouillées, ça n’est visiblement pas possible.

Et le grand miracle que j’attends avec les larmes dans le cœur depuis toutes ces années… Eh bien, j’ai compris qu’il ne viendra pas. Il s’en fout de moi, ça me semble assez CLAIR.

Si je veux arrêter d’avoir mal, il faut… Je ne sais pas ce que je dois faire. Commencer par éviter les excès de ce genre, j’imagine. Les cartes, quand on y croit, ça n’est pas quelque chose de mauvais. C’est un soutien. Mais ce que moi j’en fais c’est mal. Il y a beaucoup de choses que je fais mal, et je m’en veux terriblement - vous n’avez pas IDÉE de la violence à laquelle je m’en veux. Parce que si je suis bloquée aujourd’hui et DEPUIS TOUT CE TEMPS, c’est de ma faute et uniquement ma faute. Le miracle a le droit de ne pas m’aimer. De ne pas m’aimer assez pour m’aider, je veux dire. Je suis censée changer les choses.

Mais je jure devant le Grand Spaghetti et ses variations que j’en suis incapable. J’ai essayé tant de choses… Des choses plus rationnelles que les cartes, je vous rassure. Des thérapies, des remises en questions par centaines (et je suis sincère en jetant ce chiffre par écrit)... Rien n’y a fait.

Voilà pourquoi je recommence à me dire que je suis nulle. Plus que nulle. Un abîme de sottise et de malveillance. Pourquoi sinon POURQUOI je ne change pas, POURQUOI je ne suis pas capable de réaliser ce fichu rêve !! !

Ce qui cloche dans mon super plan c’est que mon rêve ne dépend pas de moi. C’est quelque chose que personne au monde ne peut contrôler, malgré tous les progrès de la science. C’est quelque chose de si précieux. Qu’on recherche tous. Et j’ai de comptes à rendre à personne, j’ai le droit de vouloir cela. Pas pour dans une vie, dix ans ou même juste six mois. Maintenant.

Je sais que je ne suis pas parfaite. Mon Dieu, oui, je le sais, et je m’en repends tous les jours. Il ne se passe pas un jour sans que j’essaie d’être meilleure, sans que je fasse tout mon possible pour être en mesure de mériter ce que je demande si fort. Mais rien.

Ma vie en elle-même n’est pas moche. Je sors d’une dépression et c’est pas tous les jours facile, mais je retrouve le sourire (le vrai sourire) de plus en plus souvent.

Mais ce rêve me consume de l’intérieur. Il est différent de tout le reste. Il ne me motive pas, il est en passe de me détruire.

Et au fond de moi, il y a une petite voix qui me dit que quelqu’un, hors de la vie et du temps, assiste à tout ça. Et ne fais rien.

Je me hais pour me plaindre. Mais je jure que je vais EXPLOSER si je n’écris pas tout ça. Je jure que c’est différent, que c’est pur, que je ferai de grandes choses si mon rêve se réalisait. Oui, de grandes choses. A sa hauteur.

Mais voilà, j’écris encore et encore. Et le futur est immobile. Et le déclic ne se produit pas. Je suis fatiguée - mais si fatiguée de ce statut quo. Ça se voit à l’école : j’ai des cernes qui ne partent pas malgré un temps de sommeil correct et j’ai le regard qui se perd dans le vague. Triste. Je ne peux même plus le contrôler.

Mais allez. J’ai écrit, ça y est, j’ai grogné sur mon obsession pour qu’elle me lâche et maintenant je vais faire quelque chose de totalement différent. Tout en culpabilisant de ne pas rêviser, bien sûr (et là je capte que j’ai tapé sans m’en rendre compte "rêviser" ou lieu de "réviser" ; lapsus).

Mais vraiment, vraiment, vraiment, vraiment, vraiment, vraiment. Je suis plus que prête pour tout ça. Pour déployer mes ailes comme on dit sans vouloir faire de poésie moisie c’est exactement l’image que j’ai en tête : déployer mes ailes d’un coup, flop, comme ça, et libérer tout ce qui doit sortir.