Effeuille mes rêves

Grandir. Vieillir. Ou mûrir ?

Vraiment. Je ne suis pas encore adulte. Mais je vais le devenir. Le devenir vraiment. Je vais y faire un passage forcé d’ici quelques mois.

Quand j’avais onze ans, je me demandais régulièrement à quel moment on se savait être devenue une femme (= adulte).

Aux premières règles ? À la majorité ? Dès qu’on commence à gagner de l’argent ? Au premier copain sérieux ?

Aucun.

Est-ce qu’on est obligé de devenir adulte, d’abord ? Sans rester dans l’état d’esprit d’un enfant de huit ans : pourquoi ne peut-on pas entretenir ses rêves de jeunesse et continuer à sentir cette flamme brûler au fond de nous qui nous pousse à vouloir sauver le monde, à être différent, à changer les choses ?

Je l’ai déjà écrit ici. Mais j’y pense pas mal en ce moment. À mon statut d’adulte. C’est un tournant. Et ça me travaille.

Je n’arrive pas à le décrire, mais j’aimerais me souvenir de ce que je ressens actuellement toute ma vie. C’est… terriblement angoissant, mais plutôt excitant en même temps.
Si ma vie doit prendre un virage inattendu, c’est MAINTENANT que ça se joue. Je ne me sens pas prête à faire quelque chose de fou. Ou de sensé. Je ne me sens pas prête à faire quoi que ce soit. Et je ne suis pas sûre d’en avoir le pouvoir. De pouvoir contrôler ce qu’il m’arrive, surtout si je n’ai pas d’idée précise de ce que je veux.

Mais ce sentiment : je sais que je vais vivre quelque chose de totalement inédit. Inédit pour moi. Par rapport à qui je suis. À mon histoire.

Je me souviens avoir répondu à la première psychologue que j’ai consulté - quand elle m’a demandé quelle est mon histoire pour initier la séance : "Je n’ai pas d’histoire. Je n’ai rien vécu. Je ne suis rien".

Simplement. En toute honnêteté. Je pensais que c’était, à défaut de ne pas être courant, normal.

Mais même en choisissant de s’asseoir dans un fauteuil et d’y passer le prochain mois sans en bouger, on vit quelque chose. Une expérience. Même si on ne fait rien. C’est quelque chose.

Depuis que j’ai six ans, j’ai eu des vacances. Mais elles ne séparaient à mes yeux que deux périodes scolaires. Non pas que je ne vivais que pour et par l’école. Mais je l’ai toujours considérée comme la priorité absolue de ma vie.
Parce qu’on m’a très souvent répété qu’il n’y avait pas plus important. Alors je l’ai pris au mot.

Il n’y a pas plus important.

Il n'existe que ça. Ce qu’il y a après ? Ces gens qui en témoignent ? Le monde du travail professionnel ? Euh… Incohérence. Je n’y pense pas. Je peux dire des platitudes là-dessus. Mais ça ne me concerne pas.

Tu ne peux contrôler que ça : tes résultats, ton assiduité, ta persévérance et ta pugnacité à l’étude.

À défaut de maîtriser tes pensées. Tes sentiments.

Tout le monde t’a promis que c’est ainsi que l’on réussissait Sa Vie. En allant à l’école, et en s’y investissant à fond.
Alors il n’y a pas à réfléchir ! Il faut étudier, encore et encore. Toujours plus étudier. Renoncer à prendre "trop" de bon temps : ce sera pour "plus tard" ! Ce temps après l’école qui n’existe en fait pas. Juste un petit loisir de temps en temps. Entre les cours, les devoirs, les révisions, les copains/copines, les gens moqueurs, la différence, le feu d’artifice dans ma tête...

Je dois - non pas être meilleure que les autres - mais donner le meilleur de moi.

Et en fait... ?

...

L’école ne fait pas réussir "la vie"*.

Elle y contribue, oui. Largement. Elle est une chance inouïe pour tous ceux qui ont la possibilité de s’y installer, peu importe le temps qu’on y reste. Elle est un des trésors qu’entretient notre beau pays moderne.

Mais ce n’est pas elle qui apprend les leçons de la vie. L’optimisme réel, sans tomber dans le déni de réalité. Comment aimer quelqu’un sans l’étouffer. Comment être vrai avec soi et les autres tout en sachant se protéger. À quel point tout le monde a de la valeur. Le bien-être. Le bonheur.

L’école ne construit pas la façon de penser. Elle ne détermine pas qui on est. Jamais. Ce n’est pas elle qui fait que nous devenons une bonne ou une mauvaise personne. Ou un être humain complexe. Entre un tout noir ou blanc : un "gris".

Et je vais continuer à croiser la route d’adolescents. Il y en aura toujours autour de moi, comme si cette période était vouée à ne jamais complètement disparaître, au moins dans ma mémoire.
Seulement : à partir de maintenant je ne pourrai plus communiquer avec eux. Ils auront encore leur barrière à franchir. La barrière de l’affranchissement. Et ils ne sauront pas ce que je sais. Ce que je ne peux pas leur dire ; leur transmettre. Mais ils l’ignoreront : tout comme je l’ignorais à leur âge car je pensais savoir ce qu’était la vie. Même quand on me disait le contraire. Parce qu’on me disait aussi que j’étais mature. Alors j’ai cru comprendre…

C’est génial, la vie !

Mais quand on est au fond du trou, on ne parvient pas à l’imaginer. Même quand on n’a plus rien à quoi se raccrocher, il est possible que la roue tourne. C’est incroyable. À quel point il existe de nuances dans les états d’esprits.
Et c’est ça qui est dingue : quand on est ado, on ne connaît que les plus violents. Les plus extrêmes. Alors on croit qu’on doit absolument ressentir de l’extrême pour vivre. Mais en fait, on se rend compte petit à petit qu’il existe tout un autre univers au milieu. Le milieu d’une ligne fermement tracée au lieu de ce qu’on croyait être un cercle fermé.

Et c’est merveilleux. Même sans être extrême.

Enfance, adolescence, adulescence… Je peux l’imaginer. J’ai toujours su imaginer ce que je serais. Mais je l’ai toujours fait en me voyant étudiante.
Quand on me demandait d’imaginer où je serais d’ici une période qui dépassait mes 25 ans… Je bloquais. Je me rends compte que je bloque toujours. Mon esprit zappe la question. "Bah, on verra !". Sauf que je ne vois pas.

Enfant, adolescent et adulescent. Ils présentent un dénominateur commun. Mais l’âge adulte ? Quand tu y es, impossible de revenir en arrière.

Jamais vu un adulte heureux.

Mes parents travaillent comme des dingues. Ils sont loin d’être malheureux mais… ce sont des parents quoi. La vie a l’air tellement lourde quand on a autant de responsabilités. Éduquer la chair de sa chair. Veiller sur le petit être innocent qu’on a mis au monde et qu’on essaie de protéger de la moindre forme de vicissitude ici-bas. En vain, car on accouche d’un enfant et pas d’une marionnette. Il/elle va faire ses propres expériences, bonnes mais aussi mauvaises, c’est inévitable.

Est-ce que la vie d’adulte célibataire est la même ?
Est-ce que la maternité c’est quelque chose vers lequel je me dirige dans tous les cas, inconsciemment ? Malgré mes récriminations actuelles ?

J’entrevois maintenant ce que peut être la vie. Et je me dis que j’en ai tellement, de choses, à vivre ! Je n’aurais jamais le temps d’embarquer un enfant dans l’équation. Du moins d’en fabriquer un. Je n’en ai pas le plus petit désir, par ailleurs.
Peut-être adopter, un jour, lointain, si jamais l’instinct maternel naît réellement chez moi. Il y a tellement d’enfants seuls qui cherchent des parents… Pourquoi contribuer à emmener sur Terre quelqu’un qui n’a pas demandé à y être ? Alors qu’il y en a tant qui y sont, et qui y sont bien embêtés, déjà ?

Embêtés, comme je l’ai été. Enfin… à différents niveaux, évidemment. Mais je retiens de mon adolescence que je n’ai jamais demandé à venir sur Terre. Ça s’est fait sans mon consentement.

Est-ce pour ça que je ne veux pas d’enfant ? Pour être sûre de ne pas perdre la stabilité que j’ai difficilement acquis ? Pour sauvegarder l’âme de celle que j’ai été ?

Ou parce qu’à force d’étudier le processus d’accouchement en cours j’ai fini par le trouver non naturel ? Va savoir.

Le week-end, mes parents ne se vautrent pas dans un lit pour lire un bon livre. En fait, ils lisent très peu (comparé à moi). Est-ce normal ? Ou est-ce un choix ?
Ma mère surtout, elle travaille tout le temps. Même à la maison. Peut-être pas 100% du temps, mais suffisamment pour que je me demande comment elle arrive à tenir le coup nerveusement. Pourtant je sais ce que c’est de travailler dur. Je n’ai jamais rechigné à la tâche. Mais je l’avoue : je fatigue.

Quand on devient adulte, est-ce qu’on dévie fatalement vers la fatigue ? Les week-ends coincés à faire du ménage, de la paperasse, du travail en plus, de la visite de courtoisie à certains amis ou à de la famille ? Et encore : uniquement quand on n’a pas d’enfant.

Paula est mon seul exemple. Paula. Qui vit en négatif. Traverse le temps en voyant tout en noir. En rendant noir ce qui ne l’est pas. Paula qui travaille tout le temps, parce qu’elle débute. Elle a besoin d’argent pour devenir pleinement indépendante. Mais gagner de l’argent, au début, c’est dur. Alors elle se défonce au boulot.

Ça n’a plus aucun rapport, mais tout ce blabla a commencé par un souvenir heureux. Un souvenir d’enfance. Les BDs W.I.T.C.H.

À l’époque, c’était un vrai phénomène dans ma vie. Un phénomène. J’adorais ça. La magie. Les sorcières. Ça m’obsédait. Entre Charmed et Harry Potter. Aujourd’hui, ces noms veulent dire quelque chose mais ce que cela signifiait pour moi à l’époque… même en le décrivant, ce ne serait plus pareil.

Cela n’existe donc plus.

Et bientôt, c’est toute la partie de mon enfance liée à mon adolescence liée à mon adulescence qui va passer à la trappe. Les souvenirs subsisteront. Mais pas les sentiments.

Le sentiment de puissance. D’assurance. De possibilités infinies.

Je grignote mon temps jusqu’à la mort. Ça a l’air gênant dit comme ça, mais la mort ne m’a jamais fait peur. Je l’ai trop souvent désirée. Aujourd’hui, je ne l’attends plus. Je n’y pense plus. Mais savoir qu’elle m’attend ne me dérange pas.

Bref. Super joyeux. On en revient un peu au quotidien ?

En vitesse : le rendez-vous avec la direction que j’attendais avec impatience s’est déroulé de manière super étrange et ne m’a PAS donné le moindre milligramme de solution.
Jareth part à son tour à Toonville pour trois semaines ! Trois semaines à avoir l’esprit tranquille de ce côté ! Même si - à mon grand regret et ma grande consternation - je parle toujours trop de lui.
Je vais me mettre à bosser. La rentrée est passée. Les premiers cours sont passés. Je ne veux pas prendre de retard. Le discours que j’ai pondu plus haut hante cependant mes jours et mes nuits. Sans que cela ne vire au cauchemar ; il faut bien que je pense à quelque chose.
Je vais voir Mirys dans quelques jours. Je vais même aller chez elle. Et je ne stresse (presque) pas. J’ai l’impression que je vais prendre le train… non pas pour aller en Suisse mais pour me rendre dans une partie de ma vie dont je ne reviendrai pas indemne. Cf blabla ci-dessus.
Tout pue le négatif à Passamaquoddy. Les gens, je veux dire. Ils ne sont pas méchants. Mais ils sont négatifs, dans leur attitude ou leur façon de penser. J’essaie de me détacher de ça. Mais je trouve dommage de finir ainsi mes derniers moments étudiants : dans le même combat permanent que je mène depuis treize ans.

Mais je me porte super bien mis à part ça !

Je réfléchis. Je fais des simulations à blanc - qui ne mènent nulle part - sur mes projets de vie. Je vis au jour le jour. Et ça va très bien.

                          * La Vie. Ça n’existe pas d’ailleurs "La Vie". C’est la vie.