Effeuille mes rêves

Hors la loi

(Oublions ma petite faiblesse d’hier. La blessure sera toujours là je pense, le plus sage est de m’employer à l’oublier de mon mieux.)

Je vais faire quelque chose que je m’étais promis de ne plus faire sauf en cas d’urgence. Là, ce n’est pas réellement une urgence mais tant pis.
Je vais sécher le cours difficile n°1 de demain matin.
Je ne sais pas si je l’ai précisé, mais quand j’écris "cours difficile", ça sous-entend difficile sur le plan moral. En règle générale, pour le moment, mon redoublement a cet avantage que j’arrive à suivre un minimum. Mais ces cours-là sont plus délicats. Ce sont les TD, en gros. Parce qu’il y a Jareth, parce que je m’y sens mal-à-l’aise pour plusieurs autres raisons… Parce que tous ces motifs m’effraient.

Bref. J’ai bien réfléchi, pesé le pour et le contre, envisagé les conséquences, et j’ai pris ma décision.
Ça n’a l’air de rien, comme choix, mais il y a tout un symbole derrière. Je me rappelle ce qui m’a poussé à commencer le ratage de cours compulsif l’année dernière : exactement pareil que maintenant. Et ensuite, c’était allé crescendo jusqu’à ce que je ne puisse plus m’empêcher de manquer au moins un cours par semaine. Quand c’était pas plus (et souvent c’était plus). Au final, je m’étais amputée de toute volonté et me rendre à la fac était trop dur. J’avais fini par me résoudre à abandonner.

C’est très mélodramatique tout ça, juste un petit souvenir pas forcément très agréable, mais ce coup-ci ce n’est pas pareil.
C’est juste pour cette fois. Parce que j’ai besoin d’un break. Parce que dans mon corps je sens qu’il y a un problème. Bon, pas vraiment un "problème" au sens strict du terme, mais un blocage assez violent qui se prépare, disons.

Un blocage que je connais bien maintenant. Que j’ai appris à craindre car il me fait penser à ce proverbe chinois que j’apprécie particulièrement : "Vous ne pouvez pas empêcher les oiseaux du malheur de voler au-dessus de vos têtes, mais vous pouvez les empêcher de faire leurs nids dans vos cheveux", qui me fait lui-même penser au film de Hitchcock vu à travers mes yeux déformés d’enfant. Un blocage plutôt menaçant donc qui a toujours eu de grosses conséquences quand je ne l’ai pas écouté, donc cette fois je ne ferai pas cette erreur.
Je pourrais me forcer malgré tout à y aller, après tout, mais à quel prix ?

Je suis peut-être faible, je suis peut-être sans vie sociale décente, je suis peut-être hors la loi, mais je suis au fond seule avec moi-même et on en reviendra toujours à ça dans la vie quoi qu’il se passe. C’est toujours à nous-mêmes que l’on doit rendre des comptes, ni plus ni moins. Donc si je refuse de prendre soin de moi, de rester à l’écoute de mes besoins, il faudra forcément en payer les conséquences et ce ne sont sûrement pas elles qui vont arranger les choses.

Si on enlève ce cours difficile, le reste de mon emploi du temps est assez attractif.
Cette semaine à la base lourde et chargée sur tous les plans devient presque enthousiasmante. Je reste à la maison lundi et mardi matin, où je peux faire le plein de ce sentiment de sécurité dont je suis en manque grave, puis je rentre tranquille au studio et je poursuis courageusement et normalement ce qui était prévu. Tout va bien aller. Cette semaine va bien se passer.

Oui, ça va être une bonne semaine. Faut parfois savoir faire des choix pas très jojos pour aller mieux.
Et puis n’exagérons rien : ce n’est qu’un séchage de cours unique et contrôlé. La symbolique qui va derrière n’est qu’une vue de mon esprit.