Effeuille mes rêves

Incompris

Je m’auto-saoûle.

Dix minutes que je me parle toute seule, avec un faux accent caricatural de racaille. "Vas-yyyyyy là tu t’prends pour qui gros ?". C’est ridicule je ne sais pas pourquoi je fais ça. Je ne sais point. Pointi pointu. Je lis tout haut mon texte avec un accent de racaille, aussi, là encore, wesh, ok, c’est bon, Aloha ooh Aloha arrête !
"Yo va t’faire m..." mmmmmoui on lui dira !

C’était censé être un exercice pour booster ma créativité. Mais que dalle.

Je n’ai pas de créativité. Sniff. J’ai essayé d’écrire tout à l’heure mais j’avais l’impression de perdre mon temps. Après tout, je ne compte pas être publiée un jour : alors pourquoi est-ce que j’écris ? Pourquoi est-ce que je m’enterre chez moi pour un tête-à-tête avec mon ordi dont je sais qu’il n’en sortira rien qui ne verra la lumière du jour ?

Parce que je suis une solitaire. Ça pourrait être un élément de réponse. Je suis grave solitaire. Mais quand je dis "grave", c’est pas une tournure de phrase, c’est GRAVE.
Une extrémiste solitaire. Et je m’étonne de ne rencontrer personne… La vérité c’est que je suis un ermite. Et que c’est ma nature, impossible de changer ça.

Alors ermite je serai. Ermite j’assumerai.

Ça m’embête quand même de me mettre à culpabiliser même quand j’écris. Ici, ce n’est pas pareil. Je n’écris pas. J’expulse.
Je bloque dans les écrits de fictions.

Je commence à peine à me mettre dans mon histoire que je me dis qu’elle est trop nulle et que pour telle et telle raison je n’en viendrai jamais à bout. Super, le comité de soutien interne. Au taquet. Je me noie dans ces univers que je crée, je me laisse aspirer par eux. Les mots ne sonnent plus juste au bout d’un moment alors je suis obligée de m’arrêter. Et je regarde l’heure et je me dis : "Wow, où a filé le temps que tu as passé devant ton ordi à écrire des trucs que probablement personne ne lira ?"(parce que même si je publie sur Internet, je n’ai pas vraiment de lecteurs)

Mais écrire ça me plaît. Je ne prétends pas avoir du talent (j’ai conscience de ne pas avoir de talent, et je vis presque bien avec cette idée), quelque sursaut ponctuel d’orgueil tout au plus, mais j’aime bien écrire. Mais écrire sans lecteur a-t-il un sens ? Heureusement que JI me soulage d’une partie de cette problématique.

Demain je vais au ciné avec les filles. Je vais revoir "Vice versa", j’ai trop aimé ce film. J’hésite à prendre des notes. Elles vont se moquer de moi si je le fais, mais bon après tout… Les ermites sont des incompris.

Je continue à faire des cauchemars.

Le plus récurrent est celui qui suit (il est également extrêmement pathétique alors âme sensible s’abstenir) : je suis dans un décor qui ressemble à notre beau pays, la France, mais à échelle plus petite. Beaucoup beaucoup plus petite : les distances sont tellement raccourcies que pour aller de Paris à Londres ça ne prend que quelques secondes (en volant, bien entendu, je ne me déplace oniriquement qu’en volant).
Dans mon rêve, je cherche quelqu’un. Mon amour. L’homme fait pour moi - et blablabla ça ne marche pas comme ça, une relation ça se construit, je le sais, mais dans mes rêves je vois les choses en grand que voulez-vous. Je le cherche à Paris puis je me rends à Londres où je suis persuadée qu’il se trouve.

Parfois il a un prénom. Je l’appelle. Avec un air un peu désespéré. Parfois non : pas de prénom. Parfois je me mets à l’appeler pendant que je suis en plein dans une aventure onirique, à la recherche de comment sauver des gens la plupart du temps.

Mais toujours : il n’apparaît pas. Ou si, en fait, pour être honnête, mais très très rarement.

Et ça me rend triste, surtout au réveil. D’où la classification de ce genre de rêve dans la catégorie "cauchemars".

J’imagine que ça veut dire ce que ça veut dire : que tant que je resterai prostrée chez moi, rien ne bougera. Je le sais et c’est évident. C’est logique. Mais c’est juste plus fort que moi : je ne peux pas sortir, je ne peux pas m’inscrire sur un site de rencontre… Je ne peux pas.

Alors je suis punie avec des cauchemars.