Effeuille mes rêves

Internet

Que deviendront tous ces écrits éparpillés sur Internet dans 20 ans ? 100 ans ?

Internet est déjà tellement riche, mais tellement récent. Je me suis peut-être trompée mais en cherchant vite fait j’ai trouvé 1989 : apparition du premier site Internet de l’Histoire.

Donc en admettant que ce soit ça, Internet a deux ans de plus que moi. Soit 24 ans. Mon tout petit cerveau n’est pas capable de s’imaginer combien de pages ont été créées depuis ce temps, et encore moins comment va évoluer l’utilisation ainsi que la viabilité de la chose : peut-être qu’une grosse météorite va frapper la Terre comme dans tous ces films de catastrophes affreusement pessimistes et effrayants et que notre survie sera précaire et très difficile et que donc la question ne se posera pas. Internet, ça sera le temps où l’on était insouciant, où les pays riches profitaient à fond de la vie. Le summum de ce qu’aura été l’évolution humaine. C’est pas ça qui aidera à trouver de quoi manger alors on en aura plus rien à foutre.

Mais pour moi, un tel scénario ne se produira jamais. Non pas que j’aie des informations secrètes, c’est juste que me dire que quelque chose comme ça pourrait vraiment arriver me terrorise beaucoup trop. Alors je n’y pense pas.

Je penche plutôt pour deux autres cas de figure potentiels :

    Le premier : on a fait encore une fois un bond considérable dans l’avancée technologique. Et on n’utilise pas plus Internet qu’aujourd’hui on se sert du minitel. Quelques passionnés peut-être surfent encore sur le web pour se distraire, pour rigoler en voyant des petits bouts de notre époque révolue, mais 95% de la population est complètement passée à autre chose.

    Deuxièmement : Internet est aussi ancré dans la vie quotidienne qu’aujourd’hui. Et dans ce cas je me demande : qu’est devenu ce journal ?

Voilà où je voulais en venir avec cet écrit. Dans 100 ans qui lira ce journal ?

Quel genre de personne tombera sur les fragments de ma pensée ? Est-ce qu’ils auront de la compassion pour ce que j’ai vécu ? Ou est-ce qu’ils se moqueront de moi, me mépriseront, comme je le crains à chaque fois que j’imagine quelqu’un me lire ?
Est-ce qu’ils souriront en découvrant une partie de la vie d’une "ancêtre" ? Seront-ils émus ? Ou indifférent ? Comment ne peut-on être autre chose qu’indifférent face à une fille qui dit avoir 22 ans mais qui les a perdus depuis près d’un siècle ? On ne pense déjà pas toujours MAINTENANT que c’est une vraie personne qui se tient de l’autre côté de l’écran. Comment dire à ces lecteurs du futur que oui, j’ai eu de vrais sentiments, aussi forts, profonds et importants que les leurs. Que la nature humaine est ce qu’elle est, que c’est pas parce que je suis une vieille que si on se rencontrait je ne comprendrais pas leurs problèmes.

La technologie avance et change, mais ce sont toujours les mêmes histoires que l’on vit encore et encore.

Je pense à la discussion avec mon psychiatre, hier. Une phrase qu’il a dit m’a fait tiquer. Comme si parce que j’étais jeune, je pensais forcément que "ma mère ou lui ne peuvent pas comprendre ce que je vis, parce que ce sont des vieux". N’importe quoi.

Je ne lui ai même pas répondu.

La séance ne s’est pas super bien passée en même temps. Il me disait des trucs, je voulais discuter, échanger, argumenter pour comprendre, mais je n’arrivais pas à aligner deux mots.

Je me suis mise à penser à tout ça parce que j’ai rouvert un carnet qui date du début de ma dépression. Un journal écrit où - comme ici - j’explique grossièrement (sans jamais toucher du doigt ce qui fait vraiment mal) ce que je ressens. Où je radote beaucoup donc et où je suis tellement à bout que je me plains sans aucune retenue.

Mais je sais que ça n’est pas moi, ça… Je sais que je suis et fais beaucoup d’autres choses, plus courageuses, plus louables, mais je ne les note pas.

Alors, c’est vraiment cela qu’on retiendra de moi au final ?

Moi-même quand je relira mes carnets dans 30 ans, est-ce que je me souviendrai de tout ce que j’ai enduré entre ces lignes ?
Tous les sacrifices que j’ai fait pour ne pas blesser les gens, pour les aider, tous les services que j’ai rendu à cœur ouvert. Tous les sourires que j’ai offert, à chaque seconde de ma vie, même quand ça n’allait pas, pour donner un peu de chaleur. On me l’a encore dit récemment : "Mais en fait, toi, tu souris tout le temps !". Un prof.

Je ne recherche pas l’immortalité. Qu’on ne se souvienne pas de moi quand je partirai me va très bien. Je ne veux juste pas qu’on se souvienne de moi erronément.