Effeuille mes rêves

J'abandonne l'humanité !

C’est f-i-n-i. Je renonce.

Je me désiste. J’abdique. Je DÉMISSIONNE.

Je laisse tomber les relations inter-humains. La communication. La communication inter-humains. C’EST FINI.

Pas la peine de développer, je ne trouve même pas mes mots ici… Stupide & idiote. Le journal d’une demeurée.

Je n’arrive pas à expliquer alors je vais balancer des faits. Fais-toi une idée, Future-Moi ou lecteur/lectrice, la mienne est déjà dessinée et repassée au feutre :

Quand un prof m’interroge. Je connais la bonne réponse. Je sais ce que je dois dire. Mais je dis autre chose. Les mots qui me sortent de la bouche ne sont jamais les bons. Alors que je ne stresse pas. Il n’y a pas d’enjeu. Pas de pression. Je suis simplement physiquement incapable de formuler une bonne réponse.
Alors que je bosse sans arrêt. Que je révise et m’astreint au travail chaque jour. Ça ne sort pas. Ça ne sort jamais.

Ma pensée grésille. Il suffit de si peu… Quelqu’un d’autre qui pose une question pendant mon immersion professionnelle. Un prof qui interroge à son tour la personne avec qui je travaille. Ou cette personne même, parfois. Je sèche. Tout ce que j’ai su ardemment tatoué dans mes neurones qui font partie de mes valeurs, de ce que je veux transmettre dans la vie, de ce que je veux qu’on retienne de moi : envolé !
Ne reste qu’un légume. Une simplette sans attrait qui ouvre la bouche en grand et écarquille des yeux imbéciles.

J’me suis effondrée contre la porte d’entrée tout à l’heure. Plus de force. Je me suis alors aperçue que je ne respirais plus depuis 14h. Je le savais que ça allait être une journée difficile. Rien que parce que le directeur que je crains allait être là. Mais cette journée a particulièrement mal commencé.

Sauf mon réveil. J’ai rêvé de dragons et de vouivres. C’était génial.

Mais bref. Je savais que ça allait être dur, mais j’ai été positive. Je me suis dit que j’avais survécu et donc je survivrai encore. Que j’avais compris mes erreurs et que maintenant ça allait aller.

Eh ben non. Non. Tout mot qui sortira de ta bouche sera d’une stupidité abyssale. Alors je fais ce vœu : à partir de maintenant, je ne prononcerai pas le MOINDRE mot qui ne soit pas capital à mon existence sociale. Dire bonjour : c’est utile. Penser quelque chose de gentil et le dire parce que ce serait dommage que la personne concernée l’ignore : oui aussi. Poser des questions (même stupides : je sais être incapable de trier) c’est pour cela que je suis étudiante et même dans la vie en général je trouve ça pertinent.
Mais donner ton avis sur quoi que ce soit ? Dire que l’école te saoule dès qu’elle fait une boulette (les conditions du mémoire vont encore changer… mais les explications viendront encore plus tard) ? Parler de quelque chose qui te touche vraiment, même aux gens avec qui tu traînes (on appelle ça des amis, espèce d’andouille...) ?

Non.

Le silence. Le silence m’habillera. Il ne me rendra pas plus intelligente mais j’aurai une meilleure opinion de moi. Au moins, quand tu te tais, tu ne dis pas de conneries.
Tant pis pour mon rêve de rencontrer de nouvelles personnes. De voir d’autres univers. De comprendre d’autres âmes. De trouver potentiellement quelqu’un de spécial qui me trouverait spéciale aussi. J’vais me contenter d’être une spécialiste du silence. Et puis c’est tout.

Heureusement que j’ai économisé pour m’acheter des livres à la Fnac. J’écris depuis une heure environ et la boîte est restée à côté de moi. Je pose ma tête dessus toutes les cinq minutes. Ça m’apaise de savoir que des livres que j’aime sont dedans. Oui, je m’en fous du reste. Mon esprit. je n’ai que mon esprit. Aussi sot et imparfait soit-il. Je me dois de le respecter. De le nourrir. D’en prendre soin.

Parce que jamais il ne trouvera le moindre individu, à l’extérieur, qui le comprendra. Non que les autres soient stupides ou désintéressés : JE suis stupide et inintéressante. Façonnée comme ça. Du coup, je commence à rechercher dans mes lectures des histoires de golems. J’me sens vachement proche.

Y’a que ce que je créé dans ma tête qui vaut quelque chose. À mes yeux seulement, bien sûr. Mais c’est déjà ça. C’est fictif, c’est irréel, mais c’est tout ce que j’ai.

J’vais ouvrir la boîte Fnac et faire ce que je fais toujours quand je suis triste : feuilleter, renifler, toucher mes livres. Le monde est trop beau pour que je lui impose la pesanteur nauséabonde de ma parole.