Effeuille mes rêves

Je me bats contre des moulins à vent

Je fais très souvent la même erreur.

Je me donne la mission d’aider les autres. Ou plutôt de les porter. La "mission", c’est vraiment le mot. C’est-à-dire que je ne lâche rien, jusqu’à me perdre.
Mais on ne peut pas secourir des gens qui ne s’aident pas eux-mêmes, c’est la vérité. Que j’ai refusé d’entendre. Je n’ai fait en fait qu’essayer de tordre la réalité ; et c’est un travers dans lequel je tombe très très très fréquemment. Jusqu’à l’épuisement.

Et résultat : je prends tout sur moi, je néglige mes propres signaux d’alarme. Je m’aliène à la tâche et j’y mets toute mon énergie qui suit aveuglément ma bonne volonté ; jusqu’à m’étonner que ce soit moi qui flanche.

Régulièrement. Au moins uns fois par mois, je dirais.

Mais faut que je me reprenne. Il faut continuer à aider les gens, évidemment, mais il faut le faire intelligemment. On ne peut pas prendre quelqu’un par la main et l’entraîner sur le chemin - même celui qu’il recherche - s’il ne le veut pas vraiment. Je croyais que tout le monde était comme moi, avait la rage au ventre de s’en sortir à force de passer des années et des années et toute la construction de sa vie/personnalité dans le néant et la misère la plus totale. Mais c’est faux. Je vais venir en aide à des gens, dans mon futur métier, et ça sera très bien. En dehors, dans ma vie perso, je pourrais filer un coup de main, dépanner, ce genre de choses. Mais découper des petits morceaux dans mon essence et les jeter à tout va, non.

Je ne vaux pas moins qu’un(e) autre. Enfin j’imagine… Je n’y crois sincèrement pas, mais va falloir faire comme si.
Parce que je fais bien plus que donner de ma personne, c’en devient malsain pour moi. Et si j’arrêtais de me voiler la face : si j’acceptais d’écouter ce que JE désire réellement au fond de moi, et de ne pas me cacher derrière ce que veulent les autres, ça irait peut-être un peu mieux.

Ça me fend le cœur d’écrire ce genre de choses. J’ai cette obsession depuis mon enfance que si chacun faisait de son mieux pour faire du monde un joli endroit, tout serait résolu. J’ai essayé. Mais si je suis seule, à être aussi intense, je finis systématiquement par en fondre. Dans la douleur la plus absolue.

Continuer à aider, oui. Bien sûr. Mais je vais faire différemment à partir de maintenant. Je n’en peux plus de prendre tout le malheur des gens au creux des boyaux. La plupart (quand il y a une réciprocité) ne parvient même pas à comprendre - même de loin - le mien.

Je vais perdre la raison à force de faire ça, je le jure. Ce journal n’est pas témoin du dixième de ce que j’ai fait comme efforts, de ce que j’ai enduré, et de ce que j’endure encore - auto-censure pour mon anonymat y oblige.

Je donnerais tout pour qu’on me montre MON chemin, en revanche. Mais c’est ainsi : on donne cette chance à ceux qui la gaspillent, et on laisse pourrir ceux qui sont conscients de tout. J’ai conscience de ces choses qui brûlent mon esprit, à chaque pensée - même douce - que j’émets. J’ai conscience d’absolument tout. Comme si j’étais brûlée vive depuis mes douze ans.

Et ça, personne ne voit. Personne n’imagine. Je ne me plais pas : tant mieux pour eux, "les innocents". Tant mieux pour ceux qui peuvent se permettre d’avoir de futiles réflexions, une vie sans prise de tête, etc. Moi je brûle en permanence - et ce n’est pas un fait dont je peux être fière, au contraire.

Ça fait plus d’un an maintenant que le dessin animé "La Reine des Neiges" est sorti. Oui, oui, il y a un rapport direct avec ce qui précède.

Depuis le jour où je l’ai vu, quasiment toutes les personnes qui en ont parlé autour de moi ont dit qu’Elsa - la reine des neiges - était égoïste.
Pourquoi ? Parce qu’elle "pique sa crise", elle abandonne sa sœur, tout le monde, alors qu’Anna qui est tellement joyeuse et spontanée passe son temps à lui courir après.

C’est typiquement ce que j’ai expliqué juste au-dessus. Les gens ne comprennent pas. Ils ne comprennent p.tin de pas, et OUI ça m’énerve à un point pas croyable - malgré que ça ne soit qu’un dessin animé. C’est typiquement la façon de penser de tous ceux qui m’ont indirectement fait du mal (SONNY).

Cette pauvre Elsa a vécu toute sa vie (enfance, adolescence, adulescence) dans la peur. La peur qu’on découvre ses pouvoirs, la peur qu’on la rejette ou la torture en tant que monstre, la peur de tout perdre et de se perdre elle-même, à jamais. Ok, elle n’a pas vu qu’Anna était toujours là pour elle, mais elle a tout fait pour la protéger. Certes, pas de la meilleure façon qui soit, certes avec maladresse, mais les faits se sont ça.
Et les gens ne comprennent pas cette souffrance - ÇA ME REND COMPLÉTEMENT DINGUE QUE LES GENS NE COMPRENNENT RIEN, SPÉCIALEMENT AUJOURD’HUI : J’ARRIVE AU POINT DE RUPTURE ET DE SATURATION LE PLUS ABOUTI QUI PUISSE ÊTRE (et du coup j’utilise cette expression générale qui m’agace encore plus : "les gens" ; je précise donc que c’est général, et que heureusement y’a des "gens" biens, qui arrivent à piger… mais y’en a pas autour de moi).

C’est ce que m’a dit le médecin généraliste que j’ai vu l’autre fois. Quand on a une maladie physique - problème cardiaque par exemple - on est un héros, un survivant.
Quand on a une maladie mentale, on est un fainéant. On se complait dans sa maladie. On ne fait jamais d’effort.

Il n’y a pas de mots pour décrire tous les efforts que j’ai déjà fait et que je continue à faire au quotidien...
De même qu’il m’est impossible de décrire précisément en quoi mon quotidien diffère de celui des gens mentalement sains.

Mais c’est une réalité. Je n’exagère pas. Je ne me plains pas en vain. Je sais que c’est dur à croire quand on me suit depuis le début, mais c’est vrai.
Merci JI d’avoir toujours été là pour récupérer mes écrits. Merci aux personnes qui m’ont écrit (j’espère que personne ne se sent visé par ce que j’ai expulsé, parce que personne ne l’est) pour me dire un mot gentil, même parfois sans savoir quoi dire exactement.
Merci JI de m’avoir permis de m’exprimer - même si je ne cesse de bafouiller et d’être imprécise depuis trois ans, pas grave. Moi je sais ce que je mets derrière mes mots. Je sais ce que je combats. Et si jamais je ne dois jamais gagner, au moins j’aurai témoigné quelque part. Et peut-être qu’un jour quelqu’un qui vit et/ou comprend et veut se battre avec moi - où que je sois, quoi que je sois devenue - me lira. Sera là.