Effeuille mes rêves

Je ne parle pas du traffic

Je crains de plus en plus violemment la foule.

Si ça continue à ce rythme, je vais arrêter de sortir. Définitivement. Même pour aller au cinéma (ce qui était ma référence de la bonne sortie à un moment) ou au restaurant (ce qui m’a toujours mise mal à l’aise mais je le faisais pour faire plaisir à la famille seulement).

C’est ironique. La virulence de ma phobie a légèrement diminué (quand je suis en crise, cependant, c’est même pas la peine d’essayer de voir si y’a eu des progrès par rapport à quand j’avais cinq ans et que je me serais crevé les yeux plutôt que de contempler ça). Mais elle est désormais relayée par une espèce d’angoisse agoraforme…

Ce n’est pas de l’agoraphobie. Pas du tout. Par respect pour ceux qui en sont atteint, je ne peux pas prétendre le contraire.

Mais plus le temps passe - plus le décompte se finalise - et plus je me rends compte de mes bizarreries. Je ne parle pas "d’excentricités trop cool genre comme les vrais gens qu’on représente dans les films/livres", non. Ce sont plutôt des lacunes. Des trous dans ma personnalité.

Des manques, oui, si on veut. Des carences d’humanité. Pas vraiment des défauts. Ni des qualités. Rien d’adorable. Rien de.

Je n’ai pas envie de me réparer. Je veux rester comme ça. Préférer une séance de méditation à n’importe quelle discussion. Je suis d’une stupidité sans fin à chaque fois que j’ouvre la bouche. J’évite de le faire en semaine, mais le week-end, chez mon père, ma mère, ou face à mon frère, on dirait qu’une autre personne prend le contrôle de ma langue.

Une personne désespérée de peur qui a besoin d’expulser quelque chose de peur d’imploser un jour.

La fille que j’étais au lycée.

La carapace que je me suis construite. Elle m’a toujours été trop étroite. Je vais m’en débarrasser maintenant. Ne pas laisser tomber ceux qui m’ont élevée (parce que contrairement à d’autres familles, ils le méritent ; je dois donc leur rendre grâce). Mais ne pas me laisser tomber moi non plus.

Faire des efforts ? Oui et non. Des sacrifices aussi. Mais l’on choisit toujours ses batailles. Il ne ressort rien de bon de se couper un bras (faire un sacrifice géant) pour un mille-pattes humain (quelqu’un qui ne le considèrera pas en tant que tel). Si j’écris d’un bloc peut-être que jamais personne ne notera cette métaphore pourrie. Continuons comme si de rien n’était. La foule, oui, me fait peur. Elle me renvoie à quelque chose à l’intérieur de moi qui me terrorise.

Pas terroriser comme dans les terreurs nocturnes que je fais où mes pires cauchemars m’atteignent jusqu’à la moelle.

Plutôt terroriser dans le sens où cela ouvre des portes dans la réalité même qui vont beaucoup trop loin pour moi. Pour mes faibles neurones de nigaude pensante.
C’est mon esprit qui encaisse quelque chose de trop douloureux. Trop acéré. Tranchant.

Peut-être qu’au fond, je n’accepte tout simplement pas mon anonymat. Que mon ego est encore trop gros pour affronter la vie. C’est possible, et j’en ai honte. Quand je suis entourée d’autres personnes (sans parler de foule, ça peut commencer dès cinq ou six), je me sens noyée dans quelque chose que je suis censée combattre mais qui gagnera à tout jamais.

Ma propre peur, probablement.

Il y a certaines choses qui ne se font pas. Serrer dans les bras son nouvel employeur par exemple. Ou lui raconter une anecdote personnelle, sincèrement, mais qui est un peu bizarre donc ça ne se fait pas dans le monde du travail. Il y a des choses qui ne se font pas. Et je passerai ma vie à ne pas les faire. Parce que je ne suis personne d’exceptionnelle. Je ne suis pas de celles qui ont un cœur aux penchants pour l’aventure et qui sortiront de ce carcan.

Rien ne semble me convenir. Partir faire le tour du monde ne m’intéresse pas le moins du monde. Mais rester coincée dans ce système qui est plus grand que tous les monstres qu’on voit dans les films… me terrorise.
Il n’y a pourtant pas énormément d’alternatives. C’est ce que je disais, insinuais du moins, l’autre fois. Qu’on vole du pain ou gagne de l’argent pour manger : on a le besoin basique de manger de toute façon.

Qu’on rit pour un trait d’esprit éminemment intelligent ou le proutprout du premier chie venu, on rit de la même façon.

Il n’y a pas énormément de finalités différentes. Les chemins sont différents. Mais je remets en question le simple fait de marcher.

Wow, et dans ces moments… ma tête est un étau. J’ai peur parce que je sais que ma mère et ma grand-mère subissent leur propre prison de leur côté. Et que je ne peux pas les atteindre. Même à travers ce journal, je ne peux atteindre personne.

Je ne suis qu’une humaine. Une impuissante.

Mais il faut continuer à vivre. Je rerentre dans l’histoire de ma propre vie : les directives pour le mémoire ont encore changé, donc cette fois ZUT ils peuvent aller se faire voir : je rendrai ce que j’ai déjà fait et puis c’est tout.
Quoi d’autre dans ma vie ? 83 jours avant la liberté. J’ai des doigts pour me masser le cuir chevelu. Je rends grâce pour ça. J’ai du travail mais je reporte à demain. Je vais méditer. Puis lire. Parce que c’est le week-end.