Effeuille mes rêves

Je préfère les chats, merci

Je suis une personne normale.

On est tous normaux. En fait. Différents, oui, mais normaux.

Je sais pas si ça devrait me rassurer. Mon psychiatre m’a dit qu’au fond de moi, je désespérais d’être normale. Que ce que je voulais c’était une maison, un chien, un bon boulot, etc…
Quand il m’a dit ça, j’me suis offusquée. Je me suis sentie trahie. Trahie parce que j’ai grandi avec ma différence - la différence qui fait que je suis moi, qui m’a aidée à me construire, celle qui fait que si on me l’enlève je meurs. La différence qu’on a tous en nous, propre à chacun.

Et elle est tout sauf normale.

C’est pas parce qu’on possède tous ça qu’on est tous pareils, je suis pas d’accord.

C’est d’ailleurs pour ça que j’ai toujours pas pris un prochain rendez-vous pour le moment - et que c’est mort pour un boooon moment - il m’a ÉNERVÉE. Grave. Comme si - après tout ce que j’ai vécu - j’étais assez naïve voire STUPIDE pour penser qu’en ayant une vie de ce genre - une vie dans laquelle il n’y aurait rien qui me ressemble, il n’y aurait pas mon étincelle - je serais forcément heureuse ! Comme si ça ne dépendait que de ça !

Il m’a vraiment prise pour une tache.

Sauf s’il a dit ça dans le sens où -> je désire ne pas me montrer comme je suis pour paraître "normale" (dans le sens banale et comme tout le monde) et ne pas attirer l’attention sur moi. Là oui, je suis d’accord.

Mais le joli tableau de la femme parfaite prédessiné (prédestiné) m’a toujours fait lever les yeux au ciel. Je ne critique pas ceux et celles qui se le sont peint (maison-chien-beauboulot...). Je dis juste que ça n’est pas forcément ce à quoi moi j’aspire, Monsieur le Psychiatre. Ce n’est pas ça, mon rêve. Mais tant mieux si c’est celui d’autres ! C’pas là où je veux en venir.

Pour exprimer toute cette bouillie brûlante qui montait en moi, je lui ai répondu que j’étais plus chat que chien… Il a ri. Pas pour se moquer, juste pour dire "oui mais dans le principe, vous comprenez ce que je veux dire". Non, j’comprends pas. Remarque qu’il a quand bien fait son travail encore une fois, parce que visiblement il a mis le doigt sur quelque chose d’énormissime.

Pour que j’me réveille plus d’un mois plus tard. Avec la tête qui vibre en zigzag. Doit y avoir un truc.

Qu’est-ce j’baragouinais déjà ? Ouais voilà j’ai la tête en vrac-compressionné aujourd’hui. Je suis dans ma phase où je veux m’exprimer mais tout ce qui sort de mes doigts ou de ma bouche est… "nul". Loin de la réalité, ma réalité. Déformé. J’essaie de lutter contre l’inertie qui me bloque quand j’ai trop de choses intenses dans la tête.

Toute ma vie, j’ai désiré ne PAS être normale. Je ne voulais en rien incarner cette image aseptisée qu'"on" (je ne sais pas qui est ce "on" mais il existe et il est dangereux) semblait attendre. Mais je sais que TOUT LE MONDE pense à ça. Personne ne veut être normal, personne ne veut être réduit à cette chose vaguement humaine et sans aucun intérêt qui a été fixée comme étant le modèle ultime. Et heureusement, d’ailleurs, parce qu’il craint ce modèle.

Personne n’est un mouton, contrairement à ce que prétend la condescendance collective.

Bon sang "condescendance collective", je sais même pas si ça veut dire quelque chose… Mais c’est le mot qui sort de ma tête lacérée par les mots qui tombent au compte-gouttes sur mes doigts. Je garde mes yeux fixés sur l’écran quand j’écris ici parce que j’ai l’impression d’être en sang des pieds au sommet du crâne.
Je pourrais saigner des oreilles si j’écrivais pas ce qui a là-dedans.

Bref; j’peux pas dire à quel point les mots ont du mal à sortir… c’est horrible. J’ai l’impression que mes yeux vont fondre tellement je me concentre pour ne pas lâcher le fil de mes pensées. Ne surtout pas lâcher l’affaire. Pas comme toutes les autres fois où j’ai eu ensuite la sensation de me lâcher… moi. Continue, Aloha. Aussi insensés que tes propos puissent paraître.

Aussi insensé que ça soit de se parler à soi-même.

Je parle d’un truc important - du moins important pour moi. Moi qui suis comme toi, comme elle, comme tous MAIS SÛREMENT PAS comme cette imposture, aussi fausse que glauque dans toutes ses paillettes… revomies.

Je reprends :

Je veux être invisible quand je le décide mais je ne le serai jamais . Le psychiatre s’est trompé.

Et c’est vital de l’écrire ici, aujourd’hui, et maintenant !

Parce que ce que je veux être normal, c’est la réalisation de mes rêves. Mon rêve, actuellement, toute ma vie est focalisée sur un rêve en particulier.

Et je m’en fiche s’il n’est pas dans "leur" normalité anormale. Je m’en fiche, sérieux.

J’ai une volonté dévorante qui certains jours comme aujourd’hui me pousse au bord du gouffre de… pas de la folie, non. De la déraison.
Le rêve, il est là, il existe. Il attend. Jesaispasquoi. Mais il est là. Il va pas me lâcher comme ça, jusqu’à ce que je le réalise. C’est un fragment de moi, il ne peut pas partir, donc il doit se réaliser. Il doit venir à moi, très bientôt… très bientôt…

J’ai de la croûte de magma dans la tête. Un genre de petit monstre (constitué de toutes mes peurs, mes doutes, face à l’avenir) l’a conçu au fil des années noires et il en a tartiné chaque recoin de mon intérieur, faisant comme une isolation. Du coup, je suis sclérosée dans cette vision de l’avenir où mon rêve ne parvient pas à se délivrer de tout ce beurk et où il débarque bien trop tard dans ma vie.

Dans cette vision, je me contente malgré tout de son arrivée tardive. Mais quelque chose est parti. Et ça, je ne veux pas.

Je veux récurer le beurk. J’veux pas qu’il m’engloutisse et m’enterre dans le déploiement d’une vie que j’aurais vu venir mais que je n’aurais pas pu empêcher. NON. Je refuse d’être condamnée, je refuse de me soumettre à "on".

Je veux que mon rêve se réalise maintenant. Et je me fiche de ce qu’on en dit autour de moi. Je m’en fiche. Viens.