Effeuille mes rêves

Je veux vivre autre chose que cette vie

Je suis allée à la plage - avec Paula et notre pote commun.
Comment dire ? Je me suis ennuyée. C’est mauvais à dire mais leurs conversations ne m’ont rien fait au niveau des tripes. C’est peut-être moi qui en attends trop de la vie. Il y avait une bande de kékés qui fumaient la chicha à côté de nous, et pareil, ils parlaient fort donc j’entendais leur discussion et je n’ai pas arrêté de me dire : "Je veux vivre autre chose que cette vie", moi aussi. Ça devient une nouvelle obsession cette phrase.
Surtout que j’ai appris que Paula avait un copain ! Et devinez comment il s’appelle ? Jareth, bingo ! C’est dingue quand même ces clins d’oeil vicieux que la vie peut nous faire parfois.
Je n’ai pas envie de les revoir… Je suis mauvaise, hein ? C’est pas comme si je pouvais avoir le luxe de choisir avec qui traîner. Mais au moins, j’ai pu voir que Paula n’avait plus aucune emprise sur moi. Et aussi qu’elle avait enfin la vie dont elle avait toujours rêvé : une meilleure amie qu’elle peut appeler "ma femme", un copain, des soirées à gogo, plein de potes, des ragots, un beau métier à l’horizon… tant mieux pour elle. Je me dis que si elle a pu avoir la vie qu’elle avait si longtemps désiré, pourquoi pas moi ? C’est vrai que j’attends quelque chose de différent, même si je ne sais pas exactement quoi encore, mais ça doit être possible non ? Je ne suis pas une personne pire que Paula tout de même !

Je veux vivre autre chose que cette vie.

En même temps, je me dis que répéter ce leitmotiv en espérant un miracle est juste le meilleur moyen de m’assurer que ledit miracle ne se produise pas.
Je suis donc bloquée.

Mon frère me dit que je recommence avec Sonny ce qui s’est passé avec Paula. Chaque fois que je reçois un message d’elle, je me sens déprimée, incapable, stupide, sans intérêt. Et j’en parle et ça fatigue mon entourage.
Là elle me parle encore de son concours de médecine. Et quand je tente de lui remonter le moral, elle me répond qu’elle connait déjà tous les arguments que je lui présente. Du coup, je ne sais plus quoi lui dire. Je comprends sa douleur, mais j’ai l’impression à chaque fois d’être une cousine abominable.
Faut que je fasse attention avec ça, en tout cas. Peu importe ce que je ressens, ce sont mes proches qui comptent avant tout. Je les ai saoûlés une fois, je ne dois pas recommencer.

Je sors avec mon frère, ce soir. On va revoir Avengers ! J’avais adoré ce film. En plus, j’adore traîner avec mon frère ; je ne m’ennuie jamais avec lui ! Je ne me pose même pas la question, en fait. Pas comme avec les autres gens. Je ne ressens rien au niveau des tripes, mais je me sens bien quand même.
Le souci, ce sont mes médicaments. Ils m’endorment un peu quand je les prends ; je vais devoir donc faire très attention sur la route. Et rester éveillée durant le film - ce qui ne devrait pas être difficile, vu que je sais qu’il est passionnant mais que je n’ai plus assez de mémoire (toujours faute aux médocs) pour me rappeler ce qu’il se passe.

On va bientôt y aller, d’ailleurs. Il faut que je me dépêche de noter tout ce que je voulais noter… l’ennui c’est que je commence à oublier.

Tiens, mon frère a commencé la série "Once Upon A Time". Il a tellement accroché qu’il ne lui reste plus que le dernier épisode à mater. Je suis contente d’avoir quelqu’un avec qui en reparler ! J’hésite à me la reregarder. D’un côté, ça pourrait tasser ce sentiment de malaise triste que j’ai quand j’y pense, mais de l’autre ça pourrait l’agraver.
Je suis vraiment un cas social… pas foutue de pouvoir apprécier sa série préférée normalement.

D’ailleurs je me demandais : est-ce vrai que nous sommes tous différents ?
Ne sommes-nous pas tous plutôt uniques mais façonnés par nos différentes expériences de vie ? Je trouverais cette idée déprimante. Ça voudrait dire qu’au fond, la vérité est qu’on est tous pareil, point.

Bon, allez, je vais me préparer maintenant. J’espère vraiment que ma vie va changer ; sans que je perde ce que j’y aime bien sûr.