Effeuille mes rêves

L'épée de Damoclès

Dans la catégorie "il ne reste que 24 jours mais tout peut donc va arriver durant ce laps de temps", le rebondissement d’hier est plutôt pas mal.

Le préavis que je dois donner pour rendre le studio. Normalement c’est un mois en avance. Mais avec mon école, je n’ai jamais l’emploi du temps autant prématurément (on nous rit au nez quand on le demande) : il en découle que je ne sais pas quand exactement tout ça se termine.
Mon décompte est toujours approximatif et basé sur une date que j’ai moi-même arrêté parce que j’en voulais une. Le jour probable le plus éloigné, en prenant en compte tout ce qui pourrait se produire entre-temps. Concrètement, je ne sais pas si d’autres examens sont prévus, ni ce qu’il se passera si j’apporte un certificat médical de plus, ni qui quand quoi où comment pourquoi. Je ne sais pas. Je ne sais rien.

Mais je m’en accommode.

La logeuse m’avait dit en début d’année que pour trois semaines, on n’allait pas chipoter. Elle a toujours été adorable avec moi. Donc aucune raison de m’inquiéter.
Je l’ai prévenue hier ; en avance par rapport à ce que je pouvais, et prenant en référence mes calculs ; tout en précisant que les dates fixées ne demeuraient qu’instables.
Oui mais voilà. Elle a cédé son poste à une nouvelle. J’étais tellement prisonnière de ce qu’il se passe là-bas que je n’ai même pas vu ça qui est arrivé juste sous mon nez. La nouvelle gérante est probablement très sympa (au son du message vocal qu’elle m’a laissé), mais manifestement toute jeune et fraîchement arrivée. Elle veut faire bien comme il faut. Donc dans ce fameux message, elle a été catégorique : un mois, c’est un mois.

Ainsi, les choses sont claires. Je vais probablement devoir payer le mois de juillet. Un loyer entier.

Je me sens coupable. Vis-à-vis de mes parents, de toute cette histoire, de tout l’univers en général. Je vais aller lui parler aujourd’hui, bien sûr. Je suis dans un tel état de nerf (je l’étais bien sûr bien avant cette péripétie) que j’ai peur de me mettre à craquer. D’exploser en sanglots ; ce que je me retiens de faire depuis des mois.

J’ai réussi à mettre au point plusieurs plans : ils se dégradent d’un scénario où les choses se déroulent du mieux jusqu’au pire d’entre eux.

Ça me rassure, c’est bien. Je commence à maîtriser mes émotions (très relativement, cela dit, je ne suis pas encore certaine que ça soit entièrement possible). À les gérer, pour être plus précise.

Vraiment, c’est bien, c’est un bon réflexe que je me suis façonné. Pour ne pas paniquer inutilement. Bon, l’ennui, c’est que je somatise énormément. Mes mains, mes jambes, mes épaules, mon souffle qui se coupe dans la journée… Et surtout ces cauchemars. Ces horribles cauchemars. Celui de cette nuit était bien violent ; moi qui croyais parvenir désormais à plus ou moins les maîtriser, je me suis faite complètement avoir.

Est-ce que je vais vraiment cauchemarder chaque nuit sur le mariage à venir de Sonny ? Ainsi que sur notre grand-père commun (celui qui est raciste) ?

Quatre mois à tenir dont deux qui sont censés être les plus beaux de ma vie car mes premières vraies vacances depuis des lustres. J’vais pas laisser passer ça, non. Il faut que j’expulse cette angoisse. C’est pourquoi je suis revenue ici, ce matin. Hier j’ai eu tous les symptômes d’un épisode de "Il faut absolument que j’écrive ; même si c’est pour raconter n’importe quoi et les premières imbécilités qui me passent par la tête". Dans les années à venir, je pressens que ces moments vont devenir majeurs. C’est un truc que j’ai en moi. Un truc personnel. LOIN d’être unique au monde, mais ça vient vraiment de moi. Et j’aurais fait énormément de choses folles pour le SAVOIR quand j’étais ado'.

Bref. Je vais arranger tout ça, je vais aller voir le docteur, je vais terminer cette semaine et ensuite il y en aura trois autres. Simple.

Cette menace de mort éminente - une crise cardiaque du jeune - au-dessus de ma tête est fictive. Totalement subjective.

Les mots et avis des autres ne sont que des suggestions. Je choisis ou non de me laisser influencée par rapport à la grande image finale que je me suis peinte pour tenir : les vacances. Où j’écrirai beaucoup. Où je méditerai. Ou je ne verrai personne. Où le premier quart de ma vie sera écrit ; et les trois-quarts restants seront à écrire.

Ça va. Je gère. Pas complètement, mais ce que je peux gérer (moi), je le gère.