Effeuille mes rêves

L'immersion à faire

L’immersion professionnelle d’hier a été un monstrueux désastre.

Déjà, le matin, je me suis levée en sachant que quelque chose n’allait pas. J’ai exécuté toutes mes nouvellement-créées stratégies pour combattre la morosité et garder le sourire. Mais toutes ont échoué.

Je me suis enfoncée de plus en plus dans la tension sourde et nauséeuse, l’incommodité infecte, et le mal-être honteux.

Car il y a quelque chose, que dans ma hâte, j’ai oublié.

Je suis toujours malade.

On ne guérit pas d’un déclic imaginaire. On ne guérit pas même si on le veut instantanément très fort. On guérit, certes. Ce que j’ai vécu n’était pas une rechute. C’était un soubresaut d’agonie de mon affection.

Donc c’est bon signe. Tout aussi pénible que cela fut à vivre.

Je me suis comportée n’importe comment avec la personne avec qui j’ai travaillé. J’ai fait une prestation abominable. Je n’avais pas la force de sourire. Tout à coup morbidement attirée par le silence, j’ai fui mes collègues et mes profs. Sommée par des pulsions dont je pensais m’être débarrassée, des pulsions d’autolyse. De suicide.
Je suis allée jusqu’à me cacher, dans les locaux, pendant une heure. Telle une enfant. Mes pensées… mes pensées sautaient de vrai en faux. J’avais du mal à les fixer. Je perdais le contact avec la réalité. J’ai eu franchement très peur. J’ai repensé à ce diagnostic de pré-schizophrénie. Je l’ai écarté toute seule mais… on ne décide pas de ce genre de choses soi-même. J’ai eu peur de perdre soudainement la tête et la maîtrise de mes gestes. Pour toujours.

Alors, j’ai pris un nouveau rendez-vous avec la direction. Je ne sais pas encore comment je vais expliquer ça en version "non flippante" mais je n’ai pas vraiment le choix.
Je ne retournerai pas aux urgences comme l’an dernier.

La ou les dates restent encore à fixer. J’ai aussi repris un rendez-vous avec ma psychiatre. Dire que j’étais tellement euphorique que j’étais à deux doigts d’arrêter les médicaments...
Plus je vais bien et le temps passe, et plus j’oublie. Ce journal a été un réflexe vital, rétrospectivement : je peux me souvenir. Me souvenir que je n’ai jamais fait semblant. Que c’est vrai : je travaille dur au quotidien. Que j’en ai effectivement bavé, quoi qu’on puisse me dire et me faire croire. Que toute cette épreuve ne sera pas vaine. Si je ne la minimise pas. Oui, il y a pire. Mais je vis malgré tout avec.

Aujourd’hui, ça va aller. Demain, nouvelle immersion professionnelle. J’appréhende. Mais du schéma général que je peux esquisser quant au fonctionnement global de ma vie : après la crise d’hier, ça devrait aller.
Je ne suis pas sortie d’affaire. Mais demain, ça devrait aller. Même si forcément : j’appréhende maintenant.

Je peux le faire. Même si ce n’est pas évident. Même si ce climat social absolument malsain de négativisme m’étouffe chaque jour un peu plus.

Il faut le faire.

P.S : Je suis une grosse tricheuse ! Dès que je n’ai pas d’idée de titre, maintenant, je prends le premier mot de mon écrit ainsi que le dernier et les relie par "à". Je changerai peut-être le mot-liant mais la méthode m’amuse. Je m’amuse d’un rien.
Bon, il faut du coup que mon post-scriptum finisse lui aussi par "faire" sinon ça va me hanter. Pas trop dur : il est midi, j’ai le repas à faire.