Effeuille mes rêves

La fin

J’ai envie de me tuer.

Je suis seule à la maison, là. Maintenant tout de suite je pourrais me tuer. J’en ai une envie corrosive.

Si j’allais à la cuisine ? Si je prenais tous les médocs disponibles ? Y’en a pas mal… Je veux me tuer, je veux en finir avec ce coeur qui saigne de l’intérieur, avec ce néant qui ronge chaque parcelle de mon âme. Mon âme qui n’est promise à aucun paradis terrestre ou céleste, mon âme qui n’est qu’un trou noir sans humanité, sans amour.

La souffrance. La souffrance. Je ne sens que de la souffrance.

Je suis bloquée. Mes thérapies n’ont pas fonctionné, les résistances inconscientes sont toujours les plus fortes. Je suis bloquée et condamnée ; jamais je ne changerai.
Aucun de mes rêves ne se réalisera jamais.

Je suis à deux doigts de me tuer. J’écris, je matraque de mes doigts ce clavier, pour ne pas passer à l’acte. Je jure que ceci n’est pas un simple appel égoïste. J’ai tellement envie de mourir. S’il n’existe pas de salut envisageable, à quoi bon continuer ?
Quand je marche, je suis courbée comme une petite vieille parce que j’ai trop mal dans mon être. Mourante d’une maladie imaginaire - je suis la honte de l’humanité, car il y en a qui sont physiquement condamnés. Je suis injuste vis-à-vis d’eux. Mais pourtant je me meurs également - j’ose l’affirmer. Je meurs.

Cachets cachets… Ils sont si proches de moi… Y’a aussi des produits d’entretien que je pourrais avaler… Pour rendre la douleur physique avant de rendre mon dernier soupir...
Tous ces cachets qui dansent devant mes yeux...
En me tuant je rendrais service à tout le monde. Sur le coup ça choquerait, mais à la fac on m’oublierait, à la maison on me pleurerait mais la vie continuerait. Elle est tellement forte quand il ne s’agit pas de me garder pour ses jeux cruels.

Je voudrais qu’on en finisse là maintenant, tout de suite. M’endormir et ne plus jamais me réveiller. Mourir de chagrin. J’y suis presque.

J’ai envie de me tuer. Je suis l’être le plus méprisable et pathétique que la planète ait porté. Me tuer…