Effeuille mes rêves

La leçon depuis le temps

Mes rêves me saoulent.

Ils s’inspirent de mes toutes petites peurs du quotidien et les décuplent puissance mille. Alors qu’il n’y a pas lieu.

Cette nuit par exemple j’ai rêvé que je me réveillais dans un camp de vacances lointain - où je n’avais pas envie d’être mais je m’y trouvais simplement pour faire plaisir à quelqu’un. J’avais conscience qu’on était dimanche et dans mon rêve il était quelque chose comme 10 ou 11 heures. J’aime pas me réveiller trop tard le dimanche : c’est la journée où je suis censée me reposer et faire ce que je veux (en général, et c’est presque vital : lire) sans penser une seule minute aux révisions ou au boulot. Alors si je me lève vers midi et que j’erre bêtement, j’ai l’impression de perdre de la vie ; du temps, palpable, de vie.
Et pour toutes les raisons déjà évoquées : la sensation de perdre du temps, c’est l’une de celles qui me hantent actuellement. Il y a pour moi une différence cruciale entre perdre du temps et prendre du temps pour ce qui compte vraiment (même pour quelque chose d’apparemment sans intérêt, comme méditer - qui est en fait complètissimement essentiel).

Donc, pour en revenir au rêve, du coup, je savais qu’il fallait rentrer chez moi, puis rentrer au studio, et que j’arriverai tard, donc, puis faire tout ce que j’ai à faire là-bas le dimanche (comme le minimum syndical de ménage)...
Et ça me stressait. Parce que le dimanche, pour trouver mon équilibre, je sais ce que j’ai à faire. Je l’ai dit : me nourrir la tête lire principalement. Je suis peut-être pénible à le rabâcher mais y’a que ça qui me plait vraiment vraiment vraiment. Mais avant de pouvoir faire ça, y’a tout plein de petites corvées à faire, d’où le fait que je rentre tôt.

Et là, dans mon rêve, j’étais totalement entravée. Prisonnière de ce que je m’efforce vivement d’éviter depuis quelques temps : les conventions. C’est-à-dire être obligée de faire telle chose parce que tout le monde le fait alors que ça me fait plus ou moins relativement souffrir de le faire.

Et je stresse souvent en rêve. Celui du chewing-gum qui me colle le palais et envahit presque toute ma bouche plane au-dessus de tous - un peu comme un vieux roi-des-rêves pervers menaçant - et du coup même si je n’en rêve pas concrètement, j’en ressens les ressentiments au petit matin.

J’ai réfléchi à quoi ça pouvait être dû. J’ai eu du mal à trouver parce que globalement je vais bien ! Je fais des efforts pour ça, je travaille dur.
Et puis j’ai relu mes derniers écrits. J’ai grimacé en voyant à quel point ils flirtaient avec le noir, mais bon c’est ce que j’ai ressenti après tout. J’aurais voulu les effacer, par honte, mais ils sont importants.

Tout ça pour dire que ça m’énerve de devoir me coltiner la nuit ce que je me tue à supprimer le jour. Les relents de peur.

J’essaie de cadrer mes pensées aussi. Toujours dans le but de limiter la peur. J’ai fait une méga grosse rechute, après tout, maintenant il faut récupérer. Il faut reconstruire tout ce qui a été démoli.

Ça se produit suffisamment souvent pour que je sache comment faire. "Heureusement" dira-t-on. Disons plutôt heureusement que j’ai compris la leçon depuis le temps.

Et certes, passer son temps à réfléchir pour tâter le terrain - mental et réel - ce n’est pas l’idéal. Mais je n’ai pas le luxe de me permettre de rester en free-style.
L'"avantage" de toutes ces rechutes, c’est que maintenant je me connais plutôt bien. Je sais comment je fonctionne. Je sais comment je dois me "réparer" (même si, suite à ce que j’ai écrit dernièrement, je suis forcée d’avouer que je n’y arrive jamais à 100%).

L’avantage de ce journal, c’est que je laisse une trace de MA façon de pensée. Pas assez détaillée pour tout comprendre, certes. Trop embrumée par moment pour retranscrire parfaitement la réalité. Mais une trace. Un schéma. Un début de quelque chose.

Et c’est pour cela que je l’ai défendu. Que j’ai refusé de laisser partir "Aloha".

Même si je ne sais plus vraiment qui je suis réellement. Ou ce que je suis, devrais-je dire.