Effeuille mes rêves

La vie est peut-être bien un théâtre

J’applaudis. Et je lance des cris gutturaux qui montrent à quel point je suis épatée.

ÇA, c’est du show !

On m’a spoilé "Pretty Little Liars". Mais alors ma propre vie, personne - PERSONNE - ne pourra jamais m’en révéler quoi que ce soit à l’avance.
Le retournement de situation qui n’arrive que dans les histoires. Le coup de tonnerre de celles qui finissent bien, oui. Celui qui annonce l’avènement d’une ère totalement nouvelle. Où le héros - aujourd’hui acteur misérable mais qui deviendra pour la légende un génie incompris - se prend une gifle magistrale en plein figure. Une de celles qui va l’étourdir au point de le faire changer de chemin. De bouleverser sa vie.

Sauf que.

Je ne suis pas une future génie méconnue. Non. Ce raz-de-marée qui vient de m’engloutir ne va pas m’inonder jusqu’à m’auréoler d’une lumière ou d’un destin qui va dessiner ce que sera mon avenir. Mon brillant avenir.

Non.

J’ai échoué. J’ai eu les résultats. Et je l’ai bien pris, curieusement. J’ai le moral ce matin ! (Hier je reconnais que c’était légèrement différent). Et puis ça a été théâtral : j’ai été affichée devant tout le monde, avec la plus mauvaise note de la classe.
Plus mauvaise que toutes celles de l’an dernier. Plus mauvaise que ce que tous les pronostics qui nous ont été donnés avaient prédis. Pour rassurer le groupe. Alors qu’il y avait (et il y a encore cette année : plusieurs personnes me l’ont dit) des élèves qui ne méritaient pas la moindre réussite/reconnaissance - mais toi ? Non, pas toi Aloha.

Tu es sérieuse. Tu n’ouvres que rarement la bouche. Tu as une image publique lisse. Regarde : quand Cathel te hurle dessus, tu ne dis rien. Tu laisses passer. Tu es une brave fille (signification du sud : tu es simplette). Tu ne peux pas échouer tout comme tu ne peux pas devenir major de promo. Moyenne. Insignifiante. Toujours. Il y a pire comme destin.

Que tu crois.

Le chiffre que l’on m’a attribué, en lui-même, n’est pas… Catastrophique, oui il l’est, mais pas condamnable pour la fin de ma vie. Je peux encore m’en tirer.
Je peux encore - au prix d’un effort qui me sera difficile à fournir mais je ne lâcherai rien - avoir mon diplôme. Si je parviens à me maîtriser.

Je le sais. Je l’assume. C’est ainsi. À moi de trouver la solution.

Mais. C’est l’humiliation qu’il y a eu derrière qui m’a scotchée.

Clouée au sol.

Je savais que je pouvais échouer. Je savais que je pourrais apprendre de cet échec. Mais alors l’humiliation, par derrière, de devoir discuter avec le Grand Patron - en essayant de mettre à profit cette expérience pour tirer de grandes leçons ses ses erreurs mais… hum, j’en reparlerai après -, de devoir marcher parmi tous les autres qui savent et qui me regardent avec des yeux remplis de compassion certes mais surtout de pitié…

Alors ça. Je ne l’avais pas vu venir.
Je l’avais imaginé. On le voit dans certains films. Mais en vrai, je me disais que c’était trop gros. On sait que le héros ou l’héroïne va s’en tirer au final. Qu’il/elle aura un coup d’éclat miraculeux lors du tout dernier match, à la toute dernière seconde, qui sauvera l’équipe et fera basculer le drame en fin heureuse.

Oui. Mais dans la réalité : ça se passe comment ?