Effeuille mes rêves

Les juges et les lois

J’ai choisi minutieusement ma réaction.

Je me suis enfermée dans ma chambre. Calée dans un coin, entourée de bouquins, j’ai passé vécu mon week-end à lire.
J’avais déjà fait allusion à "L’Histoire Sans Fin". Ce film qui m’a juste traumatisée pendant toute mon enfance (et donc pour toute une partie de ma vie). J’ai incarné la seule scène qui m’ait positivement marquée là-dedans. Quand l’enfant se cache du monde pour lire.

Digressons. Impossible que Future-Moi l’oublie ! Le loup. Bon sang. Le loup… Rien que regarder la photo - encore aujourd’hui où des progrès incroyables ont été faits en matière d’effets spéciaux - me fait monter les larmes aux yeux. À l’époque, je hurlais comme si ma vie en dépendait et je courrais voir mon père en pleurant. À chaque fois.
Mais avec mon frère, on aimait regarder ce film.
Tout m’horrifiait pourtant. Mais c’était magique. Et le lecteur pouvait entrer dans une histoire. Il m’a entortillée ce film. Il y a des passages dans la vie - surtout dans l’enfance - où l’on sent les choses changer. On sent que notre destinée prend un certain tournant, même si l’on n’est jamais réellement capable de l’identifier.
Ce jour-là, alors que la nuit tombait et que mon père travaillait dans son bureau… Inoubliable. Mes propres cris me hantent encore.

Et puis le cheval, sérieux. Et puis ces SATANÉES statues ! Je te jure, Future-Moi, que j’y repense encore aujourd’hui. Au challenge des statues. La confiance en soi.

D’ailleurs à chaque fois qu’on me dit que je manque de confiance en moi… JE PENSE À ELLES. Et des années après : j’en frémis encore !

Je n’ose même pas joindre d’image.

J’étais une enfant heureuse. Mais à chaque fois que le film en arrivait là… un frisson glaçant parcourait mon corps. Le loup l’avait fait naître, les statues le diffusaient. Tout le long du fil de ma vie, semble-t-il. Je n’étais pas comme aujourd’hui. Gamine, je vivais harmonieusement avec moi-même.
Mais cette scène avait quelque chose qui provoquait systématiquement en moi le même sentiment que je ressens à chaque fois qu’une catastrophe se produit dans la vie réelle.

Le cœur qui lâche.
Mais ça n’est pas marrant comme dans l’attraction de Disneyland. Il n’y a pas de mots pour décrire l’abîme auquel j’échappe alors - de justesse.

Et c’est à ça que je pense alors que je me suis offert un week-end génial loin de tout ce qui concerne mes études ? ! Exactement ce dont j’avais besoin ?

Pfff !

J’ai réfléchi. J’ai repensé à ce que le directeur m’a dit. Aux regards pleins de pitié qui sous-entendent les pensées qui vont avec. Au pied-de-nez cosmique. Aux conséquences. Aux messages amicaux auxquels j’ai mis un point d’honneur à ne pas répondre.

J’ai eu de la chance.

Je n’ai malheureusement pas noté toutes les phases d’élucubration qui m’ont traversé l’esprit. J’espère que c’est dû à la fatigue et non à l’oubli.

Mais, pour conclure une bonne fois pour toute cette affaire : qu’ils aillent se faire voir.

Ma volonté s’est encore plus raffermie. Qu’est-ce que je m’en fous de ce que les autres peuvent penser. En fait. Et à quoi ça sert de ne pas avoir confiance en moi, à la fin ?  ?  ?
Je m’interroge sur le sens du monde, mais je fais preuve d’une incohérence beaucoup trop flagrante-aveuglante-criarde pour passer son chemin en sifflotant gaiement et s’en sortir simplement.

Maintenant, on est toutes les deux. Ces fichues statues : on les dépasse !

Y’en a marre à la fin de mettre son énergie n’importe où. C’était un voyage sympa, et je ne prétends pas que tout va miraculeusement changer du jour au lendemain. Ou que je regrette de l’avoir entrepris.
Mais à partir de maintenant, on va être authentique. L’ironie étant que je savais que c’était la solution. L’une des solutions, puisque rien n’est définitif. Mais il me fallait une bonne claque pour m’apercevoir qu’en fait NON je ne l’appliquais pas.

Sans blague. J’ai une vie à construire. On m’a assez raconté de conneries comme ça.

Ce fameux mémoire dont je parle de plus en plus… Une espèce de rumeur bâtarde a circulé comme quoi il fallait le rendre quasi fini cette semaine.
Oh oui, bien sûr, que j’ai paniqué. Je suis loin de l’avoir ne serait-ce que commencé puisque le règlement a changé au dernier moment. Et le coup de l’exam' m’a assommée. La rumeur disait que cela provenait de la direction. Qui ne fait pas toujours d’annonce officielle pour les trucs importants. "Au fait : ramenez X personnes à X endroit à X date où il vous sera interdit de passer vos exams". ... Hum. Ce que j’appelle rumeur est donc possiblement fondé.

Mais tu sais quoi ?

Je m’en fiche.

Je rendrai ce mémoire avec du retard. Au pire. Je vais m’y mettre dès que possible. Être sérieuse, oui. Mais pas ce week-end.

La véritable date - solide comme un pilier de marbre - est elle certaine et déterminée pour mars. Alors j’ai le droit, pour une fois, de ne pas courir après les échéances. C’est vraiment ridicule cette course à la perfection. Même ceux qui font les lois en enfreignent parfois quelques-uns.