Effeuille mes rêves

Les moustiques

L’angoisse absolue.

Ils ne veulent pas me laisser tranquille. Ils parlent de me faire revenir pour effectuer - quelle que soit ma santé - les heures auxquelles j’ai échappé (comme une évasion frauduleuse) sous l’arrêt.
Le décompte n’a plus lieu d’être donc. Je n’ai aucune idée de quand ça finira.

On me parle comme si j’étais une criminelle. "Si tout le monde faisait comme vous...". Bah écoute, aucune des fois où je me suis cachée terrorisée et en larmes dans le bâtiment parce que je ne savais pas gérer ce désastre corrosif en moi, aucune de ces fois-là, je n’ai rencontré quelqu’un qui traversait la même chose.

Mais bon. On s’est ptêtre manqués, hein ?

Je ne voulais plus écrire ici avant d’être libre. D’en avoir terminé avec ce "cauchemar". Y’a pire évidemment. Ça reste selon les définitions officielles de la torture mentale.
Mais c’est quelque chose qui se banalise de plus en plus dans notre joli vingt-et-unième siècle modernisé. Ma mère en est un exemple : au boulot, les tyrans - qu’ils soient chefs ou salariés - ne sont pas punis.

Flancher mentalement, c’est pour les faibles.

On a pourtant des définitions et des études, publiées aux yeux de tous, pour expliquer le contraire… Bonjour, voyageur dans le temps provenant du Moyen-Âge. Je crois que t’as raté deux ou trois petites choses légèrement cruciales dans la compréhension de l’humain.

Aussi compatissants que des moustiques.

J’ai amorcé une discussion avec quelqu’un d’un peu plus haut dans la hiérarchie. Mais je ne sais pas si je dois avoir de l’espoir ou pas, tout est littéralement possible avec ces personnes.
Et pourtant, ces derniers temps, je me disais que j’avais peut-être été trop dure. Les gars, il vous faut quoi pour comprendre ? On ne devrait pas attendre que les gens fassent des burn-out ou des tentatives de suicide pour réagir… Je ne compte pas faire de tentative, que ce soit bien clair. Je parle de ça à force de lire d’autres histoires que la mienne. C’est comme ces gens qui sont hyper méchants avec quelqu’un et le harcèlent : on leur dit que c’est mal et que ça fait souffrir la personne et ils ricanent de plus belle. La personne meurt et alors seulement on évoque le harcèlement. On écrit des livres. On poste des statuts Facebook. Et ces gens oublient que ce sont eux qui sont à l’origine de tout ça ; par les mille et une piques du quotidien qui ne sont en réalité ni drôles ni bienveillantes comme ils s’en persuadent.

Mais je veux vraiment changer. C’est dans ces moments-là que je me dois de le prouver.

Encore des ennuis avec ces fous ? Oui. Râler ne servira à rien. Je viens ici écrire pour mon futur et lui demander de ne pas oublier - pardonner je le peux, même maintenant.
Je viens ici pour rétablir l’ordre dans ma tête. C’est fait : maintenant je passe à autre chose. Parce que j’ai compris après toutes ces années que peu importe qu’il y ait une notion de destin, une entité gentille qui veuille sur nous ou pas : elle agit quand elle le souhaite seulement. Mes vœux et mes prières ne la feront pas changer d’avis ; alors je me débrouille MOI pour aller bien. Comme je le peux. Du mieux que je le peux. Au jour le jour.

C’est aussi simple que ça : pragmatique.

Il est dans ma nature de me laisser embarquer par mes sentiments, mais c’est pourquoi j’ai trouvé ce mot, adapté à ma personnalité, auquel me raccrocher. Pragmatisme.

On a tous les mêmes leçons à apprendre. Car on apprend avec ce qu’on ressent. C’est pour ça que les mots ne peuvent atteindre les autres aussi directement… Il faut qu’il vivent la leçon. Et il n’y a en réalité pas trente-six mille possibilités.

Et pourtant : chaque jour est un renouveau. Les tristesses d’hier peuvent se dissiper dans une joie toujours itérative et différente. Paradoxe chéri.

J’espère que la psychiatre me soutiendra cette aprèm. Pas sûre qu’elle puisse faire grand-chose contre ces &#%$ mais au moins qu’elle me dise que je ne suis pas faible. Que si j’en peux plus, c’est qu’il y a une raison. Que je ne simule pas comme ils semblent le sous-entendre.

Du coup je suis énervée contre les simulateurs et les gens qui profitent du système. Y’en a pas beaucoup parce qu’en général quand on se demande si on en est un, c’est qu’on en est pas. Les simulateurs savent très bien qui ils sont. Et ils font tant de dégâts ; parce qu’à cause d’eux, les gens vraiment dans la panade ne peuvent être facilement aidés. Le psychologique est refourgué au rang des inepties. Un pas en avant, trois pas en arrière.

MAIS. Ça. Ne. Sert. À. Rien. De ressasser. Tout ça. Fais du sport. Rentre chez toi. Continue à avancer, même le cœur et le souffle me sont aux bords des lèvres.