Effeuille mes rêves

Ma nigauderie

Quand je vois toutes ces personnes fabuleuses marcher sur les tapis rouge, mitraillées de flashs, parées d’un sourire angélique, et adulée par des millions de citoyens du vingt-et-unième siècle.
Quand je vois les médias encenser les vertus de la beauté, de l’abondance, des différentes qualités recherchées au quotidien.
Quand je vois ces figures parfaites adulées pour tous les aspects de leur personnalité ; par des jeunes et des gens moins jeunes.

Quand je vois nos modèles à tous.

Je me dis qu’on ne regarde pas là où il faut.

C’est bien joli d’être admiré dans une situation où l’on paraît grand, où nos actions sont soit compréhensibles soit héroïques. C’est forcément sympa d’être vu comme quelqu’un de généreux parce qu’on se montre en tant que tel. Parce qu’on a énormément d’argent alors on en donne. D’être reconnu comme quelqu’un de courageux parce que des biographies éparpillées dans le monde disent que l’on a poursuivi son rêve et continué à chanter malgré les railleries.

Mais l’on oublie alors quelque chose de crucial.

Les situations où l’on est fort alors qu’il ne se passe rien d’exceptionnel. La banalité est elle aussi un obstacle qu’il faut apprendre à franchir. Et personne n’est là pour nous applaudir une fois que c’est fait.

Nous passons notre vie dans l’anonymat. Ce n’est pas forcément une souffrance ; mais il est certain que même si dans tous les cas on ne connaît pas son destin, on ne saura jamais que tel geste insignifiant, telle petite décision, pris(e) ce jour-là aura eu ou aurait eu un impact sur le reste de la vie. Il n’y a qu’une réalité. Le moindre impact dans notre vie impacte donc le récit narré de toute la planète.

Qui admirer le plus ?

Une rock star qui après des années de galère se retrouve finalement glorifiée, et sa vie difficile décortiquée et louangée pour la ténacité dont elle a fait preuve ?
Ou celui qui possède peu, doit se restreindre au jour le jour, mais malgré cela effectue jour après jour un geste d’apparence banal mais signifiant pour lui, sans jamais - qu’il pleuve, neige, vente, ou soit malade - s’en empêcher ?

Faire un film splendide avec un talent et une équipe de talents immenses est magnifique. Mais se lever tous les jours tôt, et supporter une ambiance de travail qui n’est ni prestigieuse, ni bonne, ni même remarquable (que l’on remarque), sans jamais être valorisé… C’est grandiose.

Les fourmis qui continuent jour après jour à faire tourner leur fourmilière m’impressionnent. De même que les humains qui continuent à suivre leur chemin même sans reconnaissance aucune.

En fait, nous sommes tous des héros.