Effeuille mes rêves

Malotrue

J’vais me comporter comme une véritable sauvage demain - pire que ça : comme une malotrue.

Première fois de ma vie que je ferai ça consciemment.
J’en suis pas fière, croyez-moi ça va me faire tout drôle.

Mes instinct primaires prennent le dessus, pour une fois je ne contrôle pas tout. Enfin, "pour une fois"... Pour une fois ils lacèrent le masque que je m’épuise à porter en public disons.
J’avais pas envie de sortir pour fêter le premier de l’an à la base. Elle est chiante la Aloha hein ? Je sais, et j’suis désolée de ça. Mais c’est comme ça : j’voulais avoir l’appart' pour moi toute seule, chanter à tue-tête, et puis regarder des films. Et en avoir rien à foutre d’attendre minuit pour me coucher, en avoir rien à foutre de pas avoir de vie, arrêter de faire semblant. Sauf qu’on m’a tellement mis la pression que j’ai accepté d’aller à la seconde soirée qu’on m’a proposée - même si je sais que je ne vais probablement pas beaucoup m’y amuser (j’aime beaucoup les filles c’est pas ça le souci mais voilà quoi j’me sens jamais à ma place - 'fin bref c’est pas le sujet !). Et comme je l’ai expliqué dans mon dernier écrit, avec Facebook, me pousser à faire quelque chose… c’est le meilleur moyen d’être sûr que je ne le fasse pas.

Objectivement, c’est pas du tout pour faire ch!er mon monde que j’agis ainsi.
C’est juste que ma tête est programmée comme ça. C’est un réflexe con. Mais j’me demande si tout le monde ne l’a pas en fait. Comme tout ce qui compose ma personnalité, ça n’a rien d’extraordinaire.

Bon voilà : c’est comme ça.

Du coup, je traîne un peu des pieds. Je ne suis pas stressée comme quand je dois aller avec des gens que je ne connais pas mais le… l’appréhension - c’est un terme faible mais j’en ai pas d’autre - qui vit dans sous mes méninges sous la forme d’un vieux dictateur misanthrope et qui me donne des ordres (et paradoxalement, ceux-là ils sont inscrits dans mes neurones donc j’ai énormément de mal à y échapper) prend le contrôle. Il me dit qu’il ne tiendra pas toute une soirée avec un beau sourire et des étoiles plein les yeux, il refuse de signer pour ça. La muraille commence à se fissurer, ça se voyait un peu pendant le repas de famille de midi (je suis vraiment vraiment inquiète pour le gros de demain). Alors il veut m’obliger à arriver en retard. Un peu. Symboliquement. Mais j’ai honte, ça se fait pas franchement…

Et puis ma copine m’a dit de ne rien apporter niveau nourriture ou boisson.
Et j’vais le faire. Ma mère dit que ça n’est pas poli. Mais le dictateur il me dit lui qu’il fait déjà une énorme concession en se bougeant les fesses pour venir - genre c’est un fardeau… Genre je fais une faveur aux filles. Il raconte vraiment que des conneries ce connard ; mais voilà, c’est lui qui a pris le pouvoir depuis…

Wow. Ça fait je sais pas combien de temps qu’il se prélasse sur le trône cet empaffé.

La petite voix qui me dit que je patauge dans la mouise, c’est lui.
Mes cris d’agonie, ceux qui reviennent si souvent me vriller la tronche, c’est à lui que je les dois.
Les flagellations mentales pendant la dépression, c’était lui, ça je m’en souviens avec clarté.

Ce type essaie de me tuer au quotidien. Me pousse dans mes retranchements avec son animal de compagnie favori : la Peur.

Vous savez, la peur qui naît de vos propres neurones, celle qui fait ployer votre propre corps en retournant vos tripes, soufflant tout optimisme et s’insinuant dans chaque parcelle de votre organisme… c’est la plus vicieuse.
C’est elle qui fait que je tombe parfois. Malgré tout ce que je mets en place parallèlement à ça pour m’en sortir. J’suis pas conne. J’suis pas une feignante, une geignarde. Enfin, si, mais j’essaie vraiment de m’amender. De changer.

Mais la Peur a toujours réussi à m’embrocher avec ses crocs avant que je puisse l’euthanasier.

Je ne sais plus pourquoi je raconte tout ça. Ouais, d’un côté en me rendant à cette soirée, j’empêche le dictateur et la Peur de gagner. Ça me console.
J’espère que la soirée me fatiguera pas trop. Je me suis fait un programme de révisions serré et j’peux pas me permettre trop de libertés. Ou alors il faut que je me lève tôt pour les rattraper - et mardi matin ça ne sera pas possible.

Il faut que je trouve la force quelque part de sourire demain. Toute la journée. Même si je ne supporte pas les dîners de famille, même si rester quelques heures chez une copine et me détendre simplement m’est impossible.

J’me donnerais des baffes certains soirs, j’vous jure.