Effeuille mes rêves

Neuf, dix ou onze

Bon je suis un peu agitée quand même. Il faut avouer que cette histoire de médicaments me préoccupe pas mal : j’ai compté ; j’en prends 9 (voire 10 selon comment on compte) différents par JOUR.
Et je ne compte pas en dose/cachets parce que ça ferait beaucoup plus. Quoi qu’il en soit, c’est énorme pour une nana de 23 ans.

Les analyses n’ont rien révélé de particulier mis à part que je manque de fer. J’irai donc me procurer un complément alimentaire d’ici la fin de la semaine qui vient, et il me faudra prendre encore une gélule supplémentaire, en plus de tout le reste.
Au moins, ça m’enlève l’appréhension de quelque chose de plus grave. Je suis bien soulagée : c’est déjà ça !

Je suis encadrée médicalement, je vis dans un pays où j’ai accès aux soins, donc je ne flippe pas totalement en ce qui concerne les médocs.
Mais bon tout de même… Dix par jour… Et le truc, c’est que ça ne s’améliore pas vraiment. Je ne me sens pas en bonne santé. Pas à long terme en tout cas ; je ne suis pas écroulée de fatigue pendant la journée, mais j’ai besoin de rester au calme, de ralentir la cadence, ce genre de détails insignifiants en apparence mais qui me font sentir, moi, que quelque chose se passe au cœur de la machine.

Je suis jeune, quand même. Mais j’ai le rythme de vie d’une grand-mère. Et je dis ça, mais même ma grand-mère est trois fois plus active que moi (véridique).

Ce n’est pas le nombre de médocs qui m’impressionne : c’est le fait que le mental a lâché, craqué (littéralement : j’entends presque comme un "crac" psychique quand mes barrières lâchent et que je tombe en rechute), et qu'ensuite le corps a suivi. Que les deux ne fonctionnent pas bien. Qu’ils soient aussi synchrones dans leur affliction. Que je ne puisse pas me reposer sur l’un quand l’autre flanche.

Cependant, je ne suis pas à l’agonie non plus. Dès que ça ira mieux, j’arrêterai les médocs (pas les anti-dépresseurs et les neuroleptiques, bien sûr, ça ne se stoppe pas comme ça) et les choses iront probablement mieux.
Ce qui m’inquiète, c’est qu’il ne me reste que sept jours de vacances, et je sais que ça ne me suffira pas pour me retaper une santé correcte pour l’avancée de mes études.

La prof que je suis allée voir avant les vacs, en pleurs, désespérée, m’a conseillée d’en parler à la direction. J’ai peur de le faire, très très peur. Peur qu’ils ne me soutiennent pas. J’ai toujours tout fait toute seule. Ma famille sait, mes potes savent mais… j’ai toujours été seule avec ma maladie, en fin de compte.
Principalement parce que les gens n’arrivent pas à imaginer ce que c’est. Je ne leur en veux pas d’ailleurs : moi-même, si ça ne m’était pas arrivé, je ne l’aurais probablement pas compris.

En parlant de ça, Sonny m’a envoyé un texto pour Noël. Je lui ai répondu, très simplement, juste un "joyeux Noël" neutre et banal… elle m’a répondu qu’elle était contente d’avoir de mes nouvelles.
C’est peut-être moi qui ne vois pas les choses comme il faudrait ? Parce qu’à mes yeux, dire "joyeux Noël" à quelqu’un, ce n’est pas prendre/avoir de ses nouvelles. Avec ce texto, qu’est-ce qu’elle sait de ce que je traverse actuellement ? RIEN. Ça fait des années qu’elle refuse de voir ce qui EST dans ma vie. Ou ce qui n’est pas. Ça fait des mois que je ne lui dis plus rien, et là avec un "joyeux Noël" tout con et aseptisé, envoyé uniquement pour ne pas lui faire de la peine, elle croit SAVOIR que tout va bien. Ça m’énerve. Ça me blesse. Je n’ai pas envie d’attirer son attention particulièrement sur moi ; évidemment je ne veux pas qu’elle sache que je l’ignore depuis quelques temps, et je ne veux pas qu’elle me plaigne ou autre, mais ça me dégoûte qu’elle soit aussi aveugle à ce que je suis devenue. Alors qu’elle dit m’aimer.

On me l’a déjà dit : ça ne sert à rien de me focaliser comme ça sur Sonny, les contrariétés, ou la maladie. Et c’est vrai. J’ai juste écrit tout ça pour expulser, mais je vais maintenant passer à des choses plus joyeuses, et poursuivre ma journée là-dessus !

J’ai réussi à terminer une histoire que j’avais commencé quand j’étais au lycée. J’en avais un peu parlé, il me semble. Elle n’est vraiment pas extraordinaire, voire simplement bonne, mais elle me tient à cœur. Même pas "me tenait", non : me tient.
J’ai publié le dernier chapitre hier, et le fait concret d’avoir réussi à terminer une tâche dans laquelle j’ai mis tant d’énergie, depuis le lycée (ça fait plus de six ans donc)... ça fait vraiment du bien !

J’ai d’autres histoires en tête, mais j’ai peur de me lasser, à force de manquer de temps pour m’y investir, et de recommencer ce même cercle vicieux. Parce que ça me travaillait, mine de rien, de savoir ce petit récit inachevé.

Donc je vais écrire dans mon coin, je pense. Sporadiquement. Mais sans rien publier avant que ça ne soit fini, comme ça… Pas de pression.

J’appréhende un peu la nouvelle année. Ce qu’elle pourrait m’apporter, mais surtout ce qu’elle pourrait ne PAS m’apporter.
Je me souviens avoir l’an dernier ou celui d’avant fait une liste de vœux que je voudrais voir se réaliser pendant l’année… C’est bête, mais j’avais bien aimé. Je vais faire quelque chose de légèrement différent, cette fois : je vais faire une liste de toutes les choses incroyables - et bonnes - qui pourraient m’arriver. Me surprendre. Ça va me faire du bien d’imaginer ma vie autrement. Quoique changer d’école, c’est déjà pas mal, hein ! Mais ça m’a amené plus d’angoisse qu’autre chose, vu comment les choses se déroulent (je n’écris rien à ce propos par peur d’être démasquée, mais ça ne se passe pas super bien).

Prochain écrit, donc, ou celui d’après.