Effeuille mes rêves

Ode

Je culpabilise à mort.

Mon père m’a dit : "J’ai peur que vous gâchiez votre adolescence". J’avais envie de pleurer et de répondre : "Moi aussi".

Mon père voudrait qu’on voyage avec mon frère.

Mais je ne m’en sens pas la force. Vraiment, je ne m’en sens pas. Je SAIS que c’est ce que je devrais faire, mais je n’y arrive pas, et je m’en veux je m’en veux je m’en veux…

Je hais cette p.te de maladie. Je la hais parce que non content de me faire souffrir, directement et indirectement comme maintenant, elle fait souffrir mes proches.

Je la hais parce qu’elle me pousse à dire que je suis encore malade. Et ça me tue de l’avouer. Ça me tue de savoir que je ne suis pas normale (normale dans le sens humaine ; j’adorerais être "normale" mais différente, moi-même, tout ça) et que je n’ai pas la capacité de passer outre, d’être plus forte.

Je sais qu’il y en a des biens plus courageux que moi. Mais je n’ai jamais été de cette trempe.

J’ai accusé le coup en ce qui concerne des centaines de petits trucs qui rongent la patience et la sanité de l’esprit mais pour le plus important il n’y a plus personne.

C’est sûrement pour ça que je n’obtiens pas ce que je veux de la vie. Parce qu’elle sait que je suis trop lâche et que je ne le mérite pas.

Mon père est un ange de s’inquiéter. J’aurais préféré qu’il ne se rende compte de rien. Qu’il continue à nous imposer la présence de notre belle-mère (il veut qu’on parte avec ELLE et SES enfants l’année prochaine… je crois que c’est le pire des scénarios (!!) ; mais bon, comment refuser...) sans se douter qu’elle nous énerve au plus haut point, qu’il continue tout ça, mais qu’il ne se pose pas de questions sur notre bonheur.

Papa, si jamais un jour, que je disparaisse ou non, tu tombes sur ces écrits, je prie pour que tu me pardonnes.

Je te jure, je te JURE, que je fais de mon mieux et je te JURE que je ne mitonne pas. Comme à Sonny, je ne te donne aucun détail sur ce que je vis pour pas t’inquiéter et te rajouter des soucis (d’ailleurs y’a que à tous les psys que je suis allée voir que j’ai donné quelques détails, personne d’autre que je côtoie ne sait ce que je traverse) et je ne dis pas tout ça pour me faire plaindre ou quoi mais parce que je n’ai AUCUNE arme et vous non plus même si je sais que vous me soutenez vous ne pouvez rien faire.
C’est un combat. Et faut me laisser le temps de le gagner. Si tu as trouvé ce journal, tu as dû lire que plusieurs fois j’ai voulu mourir, plusieurs fois j’ai été au plus bas, mais je me suis pas laissée emporter.

Ce que j’essaie de te dire, Papa, c’est que même si j’ai pas la vie ou la jeunesse que les enfants de tes copains ou des autres jeunes, tu m’as rendue heureuse, même si ça n’efface pas la douleur qui en dehors de la famille m’écrase, et ça ça vaut tous les voyages du monde.
Je vis pas comme les autres mais ce n’est pas grave. Il ne faut pas que ça soit grave pour toi parce que sinon je m’en voudrais. Il ne faut rien regretter car il n’y a rien à regretter ; tout ce que tu m’as donné je l’ai reçu ne t’inquiète pas pour ça.

Je n’ai besoin que d’amour et tu m’en as donné plus qu’il n’en faut pour trouver la force de vivre.

Je suis désolée de pas réussir à sincèrement aimer notre belle-mère (je l’appelle comme ça pour ne pas révéler son nom sur Internet). J’ai vraiment essayé fort. Je ne la déteste pas non plus. C’est juste que je ne l’aime pas, le courant n’est pas passé, je n’ai jamais compris pourquoi toutes ces petites détails qui la concernent m’agacent autant mais bon c’est comme ça.

Par amour pour toi, je m’efforce de ne jamais la juger et de garder à l’esprit que tu l’as choisie, qu’elle est gentille et quelqu’un de bien malgré mes ressentis (je le sais, ça, y’a aucun souci ne t’en fais pas), et que DONC au fond je dois sûrement bien l’aimer un petit peu mais à la surface… bref, à la surface, de toute façon, je suis assez torturée donc je ne vois pas lucidement les choses.

J’espère que tu comprendras tout ça. En fait, dans mes mots, ici, il n’y a rien à comprendre. Tout est si compliqué dans ma tête. C’est bien plus grand et embrouille que ce que je tente maladroitement de capturer avec mon clavier. Et ça fait mal. Et ça ne sort pas dans mes textes comme ça devrait.

Ce qui compte c’est que je t’aime et que je n’ai jamais souffert quand j’ai partagé un moment père-fille avec toi, même le plus petit d’entre eux.

Et Maman, si toi aussi tu passes par là… Bah on n’en a jamais parlé, mais c’est la même chose. Là j’ai apostrophé Papa parce qu’on a eu une discussion mais c’est exactement la même chose. Tu es la femme la plus forte de cette planète et je t’aime tellement. Tu n’as pas idée à quel point je suis reconnaissante de tout ce que tu fais ou ES pour moi.

(Et j’espère que tu seras pas triste parce que j’ai écrit tout un paragraphe à Papa, ça veut pas dire que je t’aime moins, c’est juste que j’ai les nerfs fragiles ce soir et c’est éprouvant de laisser sortir tout ça sur Internet et je ne n’ai pas les épaules de le refaire - je t’aime tout autant que Papa et je t’estime tout autant, c’est plus qu’évident pour moi, mais excuse-moi j’ai les nerfs trop fragiles je ne sais plus ce que je dis, je suis émue et je pleure un peu et je m’aperçois avec horreur à quel point tout ceci est cucul, mais bref j’espère juste que tu sais tout ça) (que je t’aime je veux dire bien sûr, on s’en fout que ça soit cucul au fond puisque c’est vrai).

J’y passerais la soirée si je voulais vraiment écrire (tenter d’écrire) tout mon amour pour mes parents, mon frère, mes grands-parents, ou quelques autres et rares personnes. Ce journal ne devant normalement ne jamais être lu par quiconque me reconnaissant (et étant donné que toutes ces effusions me font pleurer) je vais m’arrêter là et essayer d’aller noyer ma culpabilité… je ne sais comment.