Effeuille mes rêves

Parlons de Schrödinger

L’univers essaie de m’envoyer un message.

Je m’initie aux films français en ce moment. L’envie de faire de belles découvertes cinématographiques du pays.

Et celui que je viens de voir se finit sur quoi ?

C’est sûrement moi qui deviens un tout petit peu obsédée. Oui, c’est même sûr. En même temps, ce journal est bourré de mes obsessions. De mes pétages de câbles. Mes manies. Mes complexes. Mes craintes. Mes tourments.
On ne peut pas prétendre que je sois la plus rationnelle des filles. Dans tout ce que j’ai construit, ici, sur Internet, il y a des bouts de moi que je n’apprécie pas. Être une espèce d’ermite psychopathe terrorisé par tout ce qui est procédé civil et bienséant en fait partie.

J’oscille entre deux états. Comme le chat de Schrödinger.

Dans le premier, je suis détachée de tout.

Les sentiments qui font vivre une personne, les buts qui la caractérisent, les joies du quotidien… la petite lueur plus ou moins vive dans les yeux des gens qu’on observe dans la rue, le bus, ou en cours, et qui signe leur contentement d’être en vie. Leur passion. Leur absence de lourd questionnement omniprésent parasite de toute tentative de simplement vivre, ressentir.
Cette lueur-là chez moi on ne la voit pas quand je me pose toutes mes questions.

La seule qui reste en suspens est : "À quoi bon ?".

À quoi bon être passionnée par… je ne sais pas. Les livres. Disons. À quoi bon être passionnée par les livres comme je le suis ? Je ne connais personne qui n’aime pas lire.
Ce n’est pas un exploit.
Tout le monde lit de temps en temps. Et je ne lis pas des trucs hyper prises de tête et pointus en science ou en littérature non plus. Je n’ai pas une culture incroyable grâce à ça.

Une autre passion alors ? Le chant. J’aime le chant. Mais je chante extrêmement mal. Malgré tous ces cours que j’ai déjà pris. Alors à quoi bon continuer ? Je ne suis pas faite pour chanter.

Je ne fais qu’expliquer ce que je ressens. Je ne déprime pas. Je vais très bien, même ! J’adore écrire dans ce journal, ça me permet de poser mes idées.

Il y a des rites sociaux qui me foutent la chair de poule.

Bon, pas de suspense, celui dont je parlais au début, on l’aura compris, c’est encore le mariage. Dans ce film, il y a eu la fameuse scène du "je m’y oppose !". Et après tout est parti en sucette. Je me suis dis que l’univers essayait peut-être de me dire que quelqu’un allait vouloir bousiller le mariage de a pote et que mon but était de [description d’un plan génial] pour l’arrêter ?

Mais en même temps, je sais TRÈS BIEN que je vais aller à ce mariage… et qu’il ne va rien se passer. Enfin, si, ma pote va se marier ; mais rien de fou ou d’imprévu quoi.

Donc pourquoi, Univers, tu viens me harceler ?

Il doit y avoir un message caché que je ne vois pas.

Parmi les rites qui me dépassent, il y a celui du restaurant. Je déteste aller au restaurant. C’est viscéral. Ça me lasse, m’assomme, m’abat, me démoralise pour les trois jours qui précèdent et suivent, etc. Avec ma famille, si ça reste un évènement ponctuel et rare, ça passe. Mais en dehors de ça, c’est quelque chose que j’appréhende.

Quand je suis dans cet état, rien ne semble avoir d’importance. Je suis une simple spectatrice de tout. Quand quelqu’un se réjouit de quelque chose, je n’arrive pas à me mettre à sa place et à comprendre pourquoi c’est amusant d’avoir gagné un prix de photographie, pourquoi il/elle rit pendant un repas avec des amis, pourquoi l’on s’intéresserait à tel sujet qui au fond - quand on prend beaucoup de recul - n’a pas d’importance.

Avec suffisamment de recul, rien n’a d’importance. Et dans ces moments-là, rien ne me paraît important.

Dans le second état - moins fréquent que le premier - au contraire : je comprends.

Je vis ces petits moments de joie. À Port Aventura par exemple. Je savais que je passais pour une fille chanceuse, même si je savais aussi que la réalité était tout autre - je ne suis pas malchanceuse, mais pas particulièrement brillante dans la vie non plus.
Quand vendredi je rigolais avec Paula et Charlize, autre exemple. Je passais pour une fille qui prenait du bon temps avec ses amies. C’est vrai que j’ai passé un bon moment. Mais en fait… eh bien, la situation était un peu plus compliquée que ça.

J’ai toujours cet espèce de recul. Quoi que je fasse.

Mais dans ce second état, il ne régit plus mes sentiments et mes pensées. Je sais qu’il est là, je le reconnais, lui dis même coucou, mais il ne m’influence pas plus que ça.

Voilà.

Je ne me rappelle plus comment j’en suis arrivé là. Ah oui. En me relisant.

Quand je relis certains de mes écrits (j’espère que ça ne fait pas trop prétentieux… en même temps sur un journal intime on écrit d’abord pour soi), je discerne clairement cette dichotomie.
J’ai envie de me lancer dans la vie. D’y plonger, comme si j’étais au bord d’une piscine. Mais alors je pense à tous ces gens qui ressentent ou ont déjà ressenti la même chose que moi. Ce recul existentiel. J’ai envie de leur crier : "Je comprends ! Je suis comme vous !". Mais en acceptant de vivre, en cédant momentanément à l’allégresse, je perds ma crédibilité.

J’ai l’impression de trahir.

Trahir ces personnes à qui je ne peux pas expliquer que j’ai été dans le même état qu’eux mais que je m’en suis sortie. Qu’on est à égalité. Parce qu’ils s’en sortiront un jour.
De les trahir parce qu’on aurait pu me raconter n’importe quoi, quand je me sentais ainsi, je n’aurais cru personne.

Les trahir parce que je suis passé à une autre étape. Je suis sur une colline d’où je peux les voir mais eux ne me voient pas.

C’est ça. J’ai la sensation qu’on ne voit pas qui je suis vraiment quand on me regarde.

Ne partons pas trop dans tous les sens. Pour en revenir à ce que je disais, j’ai l’impression de faillir à ma mission en me taisant. D’avoir traversé tout ça en vain.

D’où mon besoin d’écrire sur Internet. Je me doute bien que ce n’est pas en tapant "comment aller bien", "comment être heureux", ou "comment vaincre la dépression" sur Google qu’on viendra ici lire mon témoignage insignifiant.

Mais je ne vois pas ce que je peux dire de plus. Je n’ai toujours pas les mots.

Et il y a beaucoup de râleries, dans ce journal, beaucoup de négatif expulsé et au fond je ne pense pas que ça soit vraiment moi. C’était une sale période aussi. J’espère que je vais arriver à me sauver, et à en aider quelques autres au passage.