Effeuille mes rêves

Pas assez de logique pour un titre clair

J’ai complètement perdu le contrôle.

En même temps, la vie ne fait jamais de pause. Même pour les vacances. Donc oui il va falloir trouver un moyen de rebondir.

Parce que de toute évidence : j’ai fait jusqu’à présent mon maximum ET j’ai reçu de l’extérieur le maximum de ce que j’aurais pu espérer recevoir.
On m’a laissé prendre des vacances. C’est tout. Le reste (la solitude méditative, les conversations inutiles évitées, le repos neuronal absolu, etc etc), j’en avais rêvé mais c’était trop demander.

Maintenant, si j’attends "le moment" où je me sentirai entière pour pouvoir repartir d’un bon pas, les bases à plat, je vais perdre du temps.

Et c’est une sensation extrêmement irritante, je n’apprends rien à personne en l’écrivant.

Peut-être même qu’être fissurée est normal ? Inévitable. Qu’on ne peut juste biologiquement et/ou psychologiquement pas être heureux de façon spontanée. Que même les beaux jours c’est un choix. Je ne sais pas. Mais suis-je obligée de le savoir ? Non. Alors tout ce dont j’ai besoin, c’est d’un plan. Une ligne de conduite.

Oublie ces photographies de gens que tu étudies comme modèles d’humanité.
Un exemple, il faut un exemple sinon ça ne veut rien dire. Quand je vais au cinéma, par exemple. Pour voir un bon blockbuster (je cherchais le mot en français : superproduction, tout simplement !). Prenons… Oui, prenons une personne dont je me souvienne réellement. Je me souviens m’être un jour assise derrière une bande de potes. Moi je ne sais plus avec qui j’étais, mais peu importe : eux avaient à peu près mon âge (la vingtaine) et étaient clairement là en sortie cool entre amis. Bon. Disons qu’ils étaient à peu près cinq et prenons celui qui est assis tout à gauche de sa bande, juste devant moi.

Il y a eu un moment pendant le film où j’ai décroché. Rien d’anormal vu qu’il durait quelque chose comme deux heures et que l’attention n’est pas faite pour ne pas faire de pause (bien que les entractes au cinéma restent un crime à mes yeux ; et mon amie suisse m’a dit que ça existait encore).
Donc ce garçon, lui, était à fond dans le film. Pas du tout dans le sens pénible, hein, je veux dire qu’il réagissait pile aux moments où il fallait. Il était en phase, quoi. Soupir quand le héros fait une connerie, un petit glapissement quand le film surprend le spectateur, etc etc.

Mon attention s’est donc naturellement portée sur lui. Momentanément, bien sûr, je ne suis pas une psychopathe. Quoique ça aurait simplement démontré que j’étudie la nature humaine, ce qui n’a rien de honteux… Mais bref, ce n’est pas le sujet.
J’ai cogité car quelque chose me titillait, donc, et soudain j’ai eu l’impression dérangeante qu’il regardait le film. Alors que moi, je ne faisais que regarder ce même film.

Et ça m’a perturbée.

Je veux dire : lui était à fond dans le film. Enfin, non, pas à fond, justement. Il était juste dedans ; dans sa peau à lui, en train de regarder un film, de suivre une histoire et des images. Il réfléchissait clairement à l’intrigue, l’histoire, la cohérence, les excuses pour les manques de cohérence et les trous dans le scénario, les hypothèses. Sans être un fanatique de la franchise : c’est simplement qu’il est au cinéma pour voir un film, donc il voit ce film. Sa vie reprendra après et il vivra sa vie avec la même attention qu’il a porté pendant deux heures à ce film.
Moi ça ne marche JAMAIS comme ça. Je regarde un film… Et je me regarde en train de regarder le film. J’ai des morceaux de rêves nocturnes qui reviennent, qui se couplent aux problèmes diurnes, et qui font naître de nouvelles questions (auxquelles je ne peux pas répondre tout de suite vu que la majeure partie de mon attention est sur le film quand même). Oui, je suis l’histoire, mais y’en a en parallèle au moins deux autres en tête et quelques essais sur divers sujets qui traînent dans le tas. Oh mais tiens et puis ce truc me fait penser à cette notion métaphysique hyper éloignée de tout ce qui m’entoure actuellement et du coup je prends cette scène suivante et je te la mélange avec ce que j’ai lu hier et aaaaaah oui j’imagine que les mangues doivent rêver de papaye de temps en temps en antarctique… Que des choses de cet ordre-là.

Je ne sais pas si c’est normal. Épuisant, oui, mais ça le fait à tout le monde hein ?

D’un point de vue extérieur, j’ai l’air de quelqu’un qui regarde le film du début à la fin sans penser à autre chose qu’à l’univers qu’il propose. Non ?

Je ne sais pas. Je pensais que c’était normal mais quand j’en ai parlé à mon frère et à mon père… Ils ont ouvert de grands yeux ébahis. Ah, non, ça ne vous le fait pas à vous. Bon. Tant pis hein !

Et voilà, et alors le pourquoi de cet écrit je n’en ai aucune idée j’ai tenté de m’assagir et d’écrire un petit morceau d’histoire (deux pages). Ça m’a mise dans cet état ; va savoir pourquoi !

Bon, mais enchaîne ta journée maintenant. Allez, hop ! Et atteeeeeends, en partant sors la poubelle et prends ta sacoche de bonheur oui voilà c’est bien merciiii amuse-toi et n’accepte pas de bonbons d’étrangers (ni de bonbons tout court parce que t’as repris du poids !).