Effeuille mes rêves

Pas de docteur

J’ai appelé le docteur mais le secrétariat est fermé.

Je crois sérieusement qu’il va falloir songer à m’interner. Littéralement. Je suis en train de péter un câble d’une force qui me fait très peur. Je suis toute seule à la maison, il en faut peu pour que je fasse quelque chose de grave.

Je dis pas ça pour qu’on s’inquiète pour moi. Je dis pas ça pour me faire remarquer.

Je dis ça parce que je n’ai personne à qui parler.

On est samedi en fin d’aprèm, aucun docteur ne peut me parler.

J’ai hurlé dans ma couette pendant une heure. J’ai pleuré si hystériquement que quand je me suis vue dans le miroir je ne me suis pas reconnue. On dirait une folle, vraiment. J’ai écrit un texte d’une violence inouïe que je n’ose pas retranscrire ici.

Je ne sais pas quoi faire.

Je ne sais pas…

J’ai la sensation terrible que cette année, au lieu d’être un tremplin vers une vie doucement plus saine, sera un enfer. C’est pour ça que je songe à l’internement. Mais si je fais ça, mes études seront mortes, je n’aurai plus d’avenir. Si je me fais interner… Mon Dieu, j’y songe pour de bon.

J’ai tellement mal, j’en peux plus. Et rien ne change, rien ne bouge, J’EN PEUX PLUS.

Je peux même pas en parler à ma famille pour avoir un sourire ou quoi. Mon frère est sorti fâché contre moi, et mon père va bientôt rentrer… accompagné de la belle-mère, ils vont se moquer de moi (gentiment mais voilà quoi c’est pas le moment) et je vais pas le supporter. Et de toute façon, ça lui fait trop mal de me voir dans cet état, je le sais, je serais cruelle de le lui imposer.

Les amis… Ils ne comprennent pas, ils ne savent pas. C’est même pas la peine de songer "sortir pour m’aérer l’esprit", je vais me mettre à hurler dans la rue, je le sens. Si je mets les pieds dehors, je me jette sous un bus.

Je suis désolée de vous infliger ça…

Y’a pas de docteur.

SOS suicide ne répond pas. J’en suis réduite à appeler SOS suicide, bon sang… J’y crois pas.

De toute façon, tous ceux que j’ai vus et aucun résultat. Je vais probablement finir ma vie comme ça. Seule. Dépressive. Un poison et un parasite pour tous ceux qui entreront en contact avec moi.

Je voudrais tant mourir. J’ai tellement peur de ce que je suis. Je me dégoûte tellement. Je dégoûte les gens aussi.

Mon vœu d’anniversaire, comme tous les vœux importants qui pourraient changer les choses que je fais, ne se réalisera pas.
Et je vais sûrement me faire interner dans l’année.

Je sais pas quoi faire…

Est-ce que je dois me présenter à l’hôpital psychiatrique de la ville ? Comme ça ? Sans rendez-vous ?
Juste dire : "Écoutez, je crois qu’il faut m’interner". Et sombrer à tout jamais à l’abrutissement chimique promis par les cachets ? Sans même avoir dit au revoir à ma famille…

J’ai pensé à fuguer. Je pourrais, là, maintenant, tout de suite, mais j’ai des images qui me viennent et qui sont pas jolies. On pourrait faire n’importe quoi de moi dans la rue. Alors non, c’est pas possible.

Je pourrais aller voir ma mère et lui parler mais elle part en vacances dans une heure, ça serait trop égoïste.

Je sais pas quoi faire pour m’en sortir.