Effeuille mes rêves

Personne

J’ai vu le psychiatre tout à l’heure.

Ça pue un peu, ce qu’il m’a dit, pour être directe.

Les histoires comme quoi je pourrais devenir schizophrène… bah ça s’arrange pas. Y’a des signaux alarmants encore visiblement. Rien de grave, j’ai rien fait de mal, mais y’a des petits trucs qui lui font sonner l’alarme dans un coin de son cerveau, des petits trucs qu’il peut pas laisser passer.

Du coup, mon traitement a été réajusté. Augmenté, légèrement, pendant mes "crises", celles auxquelles je fais allusion ici et celles que je tais.

J’ai envie de pleurer.

Après tout ce temps, je suis tellement pas sortie d’affaire encore. Je sais que y’a plus grave ailleurs et tout mais je ne peux pas construire ma vie tant que j’ai mon cerveau qui déconne comme ça et j’ai tellement envie de passer à autre chose et de vivre enfin… mais c’est juste pas possible pour le moment.

Là, je dois me battre. Encore, encore, encore, et - oh allez ! - encore.

Je le cache à ma famille pour pas les inquiéter. Mais j’ai peur de cette évolution tordue, déjà, parce que si je regarde les faits ben les choses empirent doucement mais sûrement. Et puis j’ai peur de jamais m’en sortir.

J’me sens seule.

J’me rends compte qu’en fait j’ai PERSONNE pour parler de tout ce qui m’arrive.

Avant j’avais ma famille, mais j’ai voulu les rassurer sur mon avenir alors je minimise beaucoup ce que je ressens.
Les amis ne comprennent pas. Du coup, je n’ai plus tellement envie de les voir. Y’a trop de gêne quand je commence à dire "Non, je peux pas boire d’alcool. Non mais non n’insiste pas… Non. Mais non mais… je peux pas. Ça me met minable. Oui, même un petit verre. Mais non c’est pas ça… Mais non. C’est… C’est à cause des cachets. Tu sais.". Idem pour pas rentrer trop tard (les cachets m’endorment et vers 22h je suis plus bonne à rien). Du coup, je ne peux pas parler de grand-chose sans mentir. Et je n’arrive pas à mentir comme ça.

C’est pour ça que je suis si chiante avec ces histoires de célibat. Je m’en fous d’avoir un copain juste comme ça. Ce que je veux vraiment, c’est quelqu’un pour me soutenir parce que je sens que je flanche grave là.

J’aimerais tellement avoir quelqu’un qui comprenne…

Quelqu’un en vrai. Quelqu’un avec qui je pourrais me laisser aller. Quelqu’un qui me prendrait dans ses bras, me laisserait pleurer en me caressant les cheveux, et qui m’embrasserait sur le front en me jurant calmement que ça va passer, que je vais m’en sortir. Quelqu’un qui ne serait pas dégoûté en sachant tout ce que je pense, tout ce que je traverse.

Mais bon, y’a personne.

Je suis toute seule pour cette épreuve. Et elle est pas prête de finir, visiblement.

J’vais ptètre aller me cacher dans mon lit pour pleurer un peu, finalement.