Effeuille mes rêves

Personne d'autre

Elle est toujours là.

Malgré tout.

Et la gorge qui se serre. Et l’envie de pleurer que j’ai combattu chaque année. Et la loque en moi qui ressurgit.

"Tu t’isoles beaucoup quand même...
- Oui mais j’ai beaucoup de travail. Pour l’école et pour moi. Après le diplôme ça ira mieux !
- C’est ce que tu dis depuis cinq ans...
- Oui bah j’ai été malade, quand même. Mais je m’en sors plutôt bien !
- Pas tant que ça puisque tu veux plus faire de choses avec nous".

...

Bon ben la réponse est non. On ne peut pas échapper au conditionnement de la société, voilà. À moins de se retrouver dans certaines conditions très particulières, ce n’est pas envisageable.
Va falloir fêter Noël. Même si ça n’a AUCUN sens. Il y a des fêtes qu’on n’a pas le droit de refuser. C’est comme ça. C’est là où l’on en est après des milliers d’années d’évolution.

Je n’en veux à personne, attention !
Surtout pas à ma famille. Ils réagissent ainsi parce qu’ils m’aiment. Même si je ne comprendrai jamais, moi, pourquoi qui que ce soit peut m’aimer.

La dépression est actuellement l’un des sujets que j’étudie pour les cours. Je résume ainsi vite fait la situation mais j’ai passé ces deux derniers jours à la travailler à fond pour maîtriser mon sujet.
Et je me rends compte… Que ça a TOUJOURS été plus grave que ce que je croyais jusqu’à présent.

Ce n’est pas la première fois que je le dis. Parce que sporadiquement j’ai ouvert les yeux. Mais le conditionnement autour de moi… J’ai cru que le voir suffirait à le dissiper. Ce n’est pas le cas.
C’est un travail de chaque instant.

Et je suis encore malade. Et la raison est simple : quand la maladie est apparue, j’ai cru tous ces gourous qui prétendaient savoir mieux que moi. Sonny. Paula. Tous les autres.
J’ai voulu être quelqu’un de bien et je n’ai pas réalisé que ce faisant je sacrifiais ma propre santé. Au plus j’allais mal, au plus je souriais pour le cacher. Cohérence zéro.

On croirait peut-être que je romantise ou dramatise la chose. Que je suis tombée dans le côté cliché : à me cacher derrière ce qui est devenu une excuse ; ou à entretenir ma faiblesse constitutionnelle voire ma fainéantise auto-entretenue.

La vérité est que c’est précisément le fait d’avoir anticipé ce genre de réaction, à treize ans, qui m’a plongée et maintenue dans cet état.

La vérité est là. De tout temps, à chaque instant, tout le monde n’est pas prêt à la recevoir. Peu importe l’âge ou l’expérience. Il y a des choses qui échapperont toujours.

Je sais que je vais m’en sortir.
Mais en attendant… Elle règne. Elle rit de mes efforts, elle grignote des petits bouts de moi, par-ci par-là, elle me bat aux larmes quand tout le monde détourne le regard et me fait ainsi passer pour folle quand les yeux se reposent sur moi et que je pleure sans raison.
Je m’isole aussi pour continuer à la combattre. Mais personne ne comprend ça. Pas le droit de rechuter. Pas le droit de récidiver. Un p’tit cou de mou ? Oh, ça arrive à tout le monde. Ça s’appelle une déprime. Fais un effort. Fais un effort.

On dirait que je suis la seule à apprendre quoi que ce soit de cette chose.

Mais c’est ma faute, quelque part.

J’ai tout minimisé. Avant même que le diagnostic soit là, j’ai minimisé. À vouloir être forte, à vouloir épargner de la souffrance, j’ai tout pris sur mes épaules.
Et je ploie aujourd’hui.
Saleté. Je sais que je vais y arriver. Mais combien de fois encore je devrais me planter un couteau dans le cœur pour chaque remarque assassine sans le savoir que l’on balancera ?

Et les mots sont impuissants. Ils n’ont jamais expliqué ce que c’est. Ils ne le feront jamais. Le seul moment où ils auraient pu m’aider : c’est quand j’ai imprimé la liste des symptômes.
Mais quand je l’ai montrée, à bout de syllabes, le cœur au bord des lèvres, on m’a répondu : "Non : dis-moi avec tes mots à toi".

Ils ne sont jamais venus.

C’est complètement dingue. Je m’excuse constamment d’être malade. Même à l’école ! J’ai foiré une immersion professionnelle notée une fois à cause de ça. Et la prof, quand je lui ai expliqué (avec des FAITS et de la sincérité ; pas d’apitoiement) ma situation… Elle a répliqué que ça n’avait rien à voir.

Tu n’as pas changé de traitement, récemment ? Bon ben c’est pas ça.

Comme si c’étaient les antidépresseurs qui guérissaient quoi que ce soit. Tu parles. C’est moi qui fais tout.

Je pense à toi, Future-Moi, dans ces instants. Je ne sais pas ce que je vais devenir.

Est-ce qu’on demande à celui ou celle qui a une maladie de Crohn de "faire un effort" ? De "se contrôler" ? Bien sûr que non : c’est absurde !
La maladie ne se contrôle pas. Elle se gère. Je gère. Super bien, même. Mais j’ai besoin d’une p.tain de la-ti-tu-de.

Il n’y a que JI qui m’ait jamais donné ça.

C’est ridicule. Quand on parle, on se plaint ; quand on se tait, on se fait piétiner.

Tout ça, c’est parti à cause du mémoire, Future-Moi. Je crois que je n’ai jamais travaillé la moindre session de mémoire sans être dévorée par le stress. À part hier. Exception de 5h bénies qui confirme la règle ?

Quoi qu’il en soit, c’est toi et moi. Maintenant. Tout le temps. C’est toi et moi, Future-Moi. Pas le choix.